Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Fernand, Gaston, Besnard naît le 12 avril 1901 au lieu-dit rue de Meneuil à Mont [1] (Loir-et-Cher – 41), à 11 km de Blois, fils de Georges Besnard, né en 1852 à Mont, vigneron, et Eugénie Leclerc, née en 1857. Il a trois frères, Eugène, né 1879, Modeste, né en 1885, Gustave, né en 1889, et une sœur Marie, née le 1er mai 1891.

Petit vigneron, Fernand Besnard ne possède qu’un hectare de terre.

Il est célibataire.

Son incorporation pour effectuer le service militaire est ajournée en 1921 et 1922 pour « faiblesse ». Il en est définitivement exempté en 1928 pour « faiblesse irrémédiable ».

Il adhère au Parti communiste vers 1923 sous l’influence du bûcheron communiste E. Brinas.

Comme Fernand Besnard s’occupe également d’assurances agricoles, il acquiert une certaine influence dans la région.

En 1931, avec son camarade Léon Sausse, il est à l’initiative de la cave coopérative de Mont qui est une réussite.

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Cave coopérative de Mont-près-Chambord. Presse hydraulique
mobile et cuves en béton. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

À l’époque du Front populaire, Fernand Besnard se montre un militant actif du mouvement Amsterdam-Pleyel et contribue à la constitution de nombreux comités antifascistes à travers le département.

En d’octobre 1937, présenté aux élections cantonales dans le canton d’Ouzouer-le-Marché, il obtient 258 voix, soit 17 % des suffrages exprimés.

Une note non datée de Jaudel (?) dit de lui : « Dirigeant doctrinaire, entreprend d’éduquer les jeunes sur la base des œuvres classiques du marxisme. »

Le 10 février 1940, malgré son « insuffisance musculaire », il est « pris bon pour le service auxiliaire » par la commission de réforme de Blois qui ne constate « pas de signes cliniques de lésion ». Il est affecté eu dépôt du train auto n° 8 de Dijon où il arrive le 16 avril.

Le 21 ou 22 juin 1941, Fernand Besnard est arrêté par les Allemands [2], conduit à Romorantin et rapidement transféré au camp de Royallieu à Compiègne (Oise), Frontstalag 122. Enregistré avec le matricule n° 122, il fait partie du premier contingent de détenus qui inaugurent ce camp de police (Polizeihaftlager), gardé par la Wehrmacht.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Fernand Besnard est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45236 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Fernand Besnard.

Il meurt à Auschwitz le 8 ou 9 août 1942 (dans la nuit ?), d’après  le registre d’appel (Stärkebuch) et son acte de décès (Sterbebücher), établis par l’administration SS du camp.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de sa commune. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 9-09-1987).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 73, 364 et 395.
- D. Lemaître, notice in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Editions de l’Atelier/Editions Ouvrières, 1990-1997 CD-rom, citant : Arch. Dép. Loir-et-Cher, série M, élections – Arch. FNIRP – Bulletins des comités antifascistes du Loir-et-Cher – Témoignages de Paulette Brinas épouse Thèves, Léon Sausse et Georges Larcade.
- Archives départementales du Loir-et-Cher (AD 41) ; fiche d’arrestation de Fernand Besnard, dossier 891 (cote 1375 W 64), fichier alphabétique des déportés du CRSGM (cote 56 J 5) ; site internet du conseil général, recensement de Mont (cote 2MILN R167, année 1906 vue 53/56, année 1901 vue 12/56) ; table décennales (cote 5 MITD 1 R39, vue 233/250) ; registre des matricules militaires, bureau de recrutement de Blois, classe 1921 (cote 2 MI 48/R168), matricule 1348 (vue 383/549).
- Site officiel de la commune de Mont-près-Chambord.
- Son nom et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 82 (18884/1942).
- Site Mémorial GenWeb, 41-Mont-près-Chambord, relevé Monique Diot Oury (2005).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 15-09-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] La commune de Mont devient Mont-près-Chambord en 1918. Lors de la première guerre mondiale, afin d’éviter toute confusion dans le service postal qui se développait, le ministre de l’Intérieur a décidé, par une circulaire du 27 avril 1918, de modifier la dénomination des communes portant le même nom. À l’époque, quatre communes de France portaient le nom de Mont. Le conseil municipal, alors sollicité, a décidé de lui ajouter « près Chambord » du fait de sa situation géographique.

[2] L’ “Aktion Theoderich : L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est définit le bolchevisme comme «  l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre. Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante.

En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. 131 d’entre eux, arrêtés entre le 21 et le 30 juin, font partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.