JPEG - 68.2 ko
Droits réservés.

Fernand, Auguste, Barthélémy naît le 25 mars 1911 à Paris 4e, fils d’Auguste Barthélémy et de Flore Rimlinger. Il a – au moins – une sœur.

Il commence à travailler comme apprenti-orfèvre, puis devient ouvrier en orfèvrerie.

À partir de 1928, Fernand Barthélémy est contrôleur d’atelier (contrôleur de fabrication en métallurgie) aux usines Renault de Billancourt (Boulogne-Billancourt [1], Seine / Hauts-de-Seine – 92). Adhérent au syndicat des techniciens de la Métallurgie de 1936 à 1939, il est délégué syndical CGT. Adhérent au Parti communiste en 1936, il est également trésorier  dans un secteur de l’usine Renault en 1939.

JPEG - 116.4 ko
Boulogne-Billancourt. Place Jules-Guesde.
Carte postale écrite le 16 novembre 1942. Coll. Mémoire Vive.

Il se met en ménage avec Renée Robert, née le 5 janvier 1910 à Rennes (Ille-et-Vilaine), mécanicienne. Ils ont d’abord une fille, Josiane, née le 11 janvier 1929 à Paris 15e

Pendant un temps, la famille habite au 33 bis, rue Nationale à Boulogne-Billancourt.

De la classe 1931, il est exempté de service militaire.

Le 30 juillet 1938 à la Garenne-Colombes (92), il épouse sa compagne, Renée. Ils auront un deuxième enfant, Pierre Fernand, né le 23 juin 1940 à Courbevoie.
Le 24 novembre 1938, le grand mouvement revendicatif que le Parti communiste veut lancer contre les décrets-lois du gouvernement Daladier annulant les acquis du Front populaire doit débuter aux usines Renault, pour culminer en grève générale quelques jours plus tard. Avec d’autres cadres syndicaux (Yves Kermen…), Fernand Barthélémy lance le mot d’ordre de débrayage dans certains ateliers (ex. : département usinage moteurs n° 7). C’est ce que révèlent des interrogatoires menés ultérieurement auprès de l’encadrement de l’usine par la police qui enquête sur des « entraves au travail ». Cependant, Barthélémy ne figure pas sur la listes des 300 employés de l’usine arrêtés par la police pour ce motif.  Pendant un temps (en novembre 1939), il travaille chez Bréguet.

À partir de 1940 et jusqu’au moment de son arrestation, Fernand Barthélémy est domicilié au 29, avenue Joseph-Froment à La Garenne-Colombes.

Le 29 mars 1940, Fernand Barthélémy est arrêté sur son lieu de travail à Aubervilliers pour distribution de tracts communistes et conduit au dépôt de la préfecture de police (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice, île de la Cité). Le 1er avril, il est déféré à la justice militaire sous l’inculpation d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. Écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e), il s’évade de la colonne d’évacuation des détenus au cours de l’exode, en juin 1940.

Après l’armistice, il rentre chez lui et trouve du travail aux taxis Autoplace, à Aubervilliers (Seine / Seine-Saint-Denis) ; à vérifier…

Le 9 novembre 1940, soupçonné d’être « responsable d’un secteur », il est de nouveau arrêté, à son domicile, par la police française. Le jour même, le préfet de police de Paris signe un arrêté collectif ordonnant son internement administratif parmi soixante-dix militants. Fernand Barthélémy est conduit aussitôt au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (d Barthélémy est conduit aussitôt au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (), créé au début du mois d’octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes avant-guerre.

JPEG - 118.1 ko
Aincourt. Le sanatorium de la Bucaille. Au premier plan,
le pavillon qui fut transformé en camp d’internement.
Carte postale oblitérée en 1958. Coll. Mémoire Vive.

Le 4 décembre, Fernand Barthélémy fait partie d’un groupe d’une centaine de militants communistes chevronnés transférés, par mesure préventive ou disciplinaire (?), à la Maison centrale de Fontevraud-L’Abbaye [2], près de Saumur (Maine-et-Loire) ; leur transport s’effectue en car et sous escorte. Les détenus sont enfermés dans une grande salle commune de la Centrale. Ils apprennent que 70 communistes purgent une peine dans le secteur carcéral.

JPEG - 106.5 ko
Fontevraud, l’ancien réfectoire des moines.
Carte postale des années 1900. Collection Mémoire Vive.

Le 20 ou 21 janvier 1941, sans être informée de leur destination, la centaine d’internés est conduite à la gare de Saumur où les attentent deux wagons de voyageurs à destination de Paris-Austerlitz. À leur arrivée, ils sont conduits à la gare de l’Est où ils rejoignent 69 autres militants communistes en attente de transfert.

Ce nouveau convoi les amène à la gare de Clairvaux d’où ils sont conduits – par rotation de vingt détenus dans un unique fourgon cellulaire – à la Maison centrale de Clairvaux (Aube). Une fois arrivés, la direction les contraint à échanger leurs vêtements civils contre la tenue carcérale, dont un tour de cou bleu (“cravate”) et un béret. Ceux qui refusent sont enfermés une nuit en cellule (“mitard”), tandis que la plupart sont assignés à des dortoirs. Rejoints par d’autres, ils sont bientôt 300 internés politiques.

JPEG - 96.5 ko
Clairvaux. La Maison centrale. Carte postale. Collection M. Vive.

Le 14 mai, une centaine d’entre eux est transférée au camp de Choisel à Châteaubriant (Loire-Atlantique), parmi lesquels plusieurs seront fusillés le 22 octobre. Fernand Barhélémy fait partie de ceux qui restent à Clairvaux, et qui doivent bientôt partager les locaux qui leur sont assignés avec quelques “indésirables” (condamnés de droit commun).

Le 23 septembre, J.-P. Ingrand, préfet délégué du ministre de l’Intérieur dans les Territoires occupés (à Paris) demande au préfet de l’Aube de retirer de Clairvaux les internés administratifs qui y sont « hébergés » (sic !) ; son ordre est rapidement exécuté.

Le 26 septembre, Fernand Barhélémy est parmi les 37 internés administratifs de Clairvaux (politiques et “droits communs”) transféré au camp français de Gaillon (Eure), un château Renaissance isolé sur un promontoire surplombant la vallée de la Seine et transformé en centre de détention au 19e siècle.

JPEG - 139.9 ko
Le camp de Gaillon, ancien château de l’évêque de Rouen.
Carte postale d’après-guerre. Collection Mémoire Vive.

Le 3 février 1942, son épouse – qui a appris « que des mesures de clémence venaient d’être prises par certains préfets », écrit au préfet de l’Eure afin de lui demander de bien vouloir examiner le dossier de son mari. Quatre jours plus tard, le haut fonctionnaire lui répond qu’il lui est impossible, « dans les circonstances actuelles », de réserver un accueil favorable à sa requête.

Selon une note de la police (RG ?) datée du 18 février 1942, Fernand Barhélémy figure sur une liste de 43 « militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion », et qui sont pour la plupart internés au camp de Gaillon.

En avril, la délégation générale du ministère de l’Intérieur à Paris téléphone pour proposer sa libération, ce qui entraîne son audition par le directeur du camp le 23 avril.

Le 4 mai, Fernand Barhélémy fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir). Enregistré sous le matricule n° 268, il n’y reste que deux semaines.

JPEG - 86.1 ko
Entrée du camp de Voves.
Date inconnue, probablement après mars 1943.

Le 20 mai, il fait partie d’un groupe de 28 détenus remis aux “autorités d’occupation” à leur demande et conduits par des gendarmes français au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Enregistré sous le matricule 5786, il est pendant un temps (fin juin 1942) affecté au bâtiment C1, chambrée 10.

Entre fin avril et fin juin 1942, Fernand Barthélémy est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 4 juillet, son épouse écrit à Fernand de Brinon, ambassadeur délégué du gouvernement français dans les territoires occupés, afin de solliciter sa libération, utilisant les mêmes termes que dans ses courriers précédents.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus de Royallieu sélectionnés sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Fernand Barthélémy est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45200 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [3].

JPEG - 75.5 ko
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Fernand Barthélémy est dans la moitié des membres du convoi sélectionnés pour rester dans ce sous-camp (selon G. Dudal, voir ci-dessous), alors que les autres sont ramenés à Auschwitz-I.

Le 31 juillet, en réponse à une demande du délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, le préfet de police écrit : « aucun fait nouveau ne militant en faveur de Barthélémy, j’estime inopportune, dans les circonstances actuelles, toute mesure de clémence à l’égard de cet interné ».

Fernand Barthélémy meurt à Auschwitz au cours du mois de novembre 1942, selon une annexe récapitulative du registre des décès du camp [4].

Le 14 août 1945, sa sœur écrit à une institution (?) pour lui demander de bien vouloir effectuer des recherches au sujet de son frère « destination Auschwitz ou Birkenau, sans aucune nouvelle depuis » ; réponse à adresser au 20, avenue Joseph-Froment.

Le 1er avril 1946, Georges Dudal, de Paris 13e, rescapé du convoi, signe un certificat sur l’honneur attestant « avoir été témoin de la mort de Monsieur Barthélémy en août 1942 au camp de Birkenau ».

Le 16 avril 1946, sa veuve remplit une demande d’établissement d’un acte de décès au nom de son mari avec inscription de la mention « Mort pour la France ». Le 26 juin, l’officier d’état civil auprès du « bureau de l’état civil déportés » du Ministère des anciens combattants et victimes de guerre (ACVG) établi l’acte de décès de Fernand Barthélémy « sur la base des éléments d’information figurant au dossier du de cujus », indiquant le 15 août 1942 comme date de sa mort et transcrit en marge de son acte de naissance le 7 juillet 1946.

Le 8 janvier 1949, Jean Thomas, de Boulogne-sur-Seine, autre rescapé du convoi, signe un certificat sur l’honneur attestant que « Barthélémy Fernand, décédé en août 1942 au camp d’Auschwitz (Haute-Silésie), était déporté politique et non condamné de droit commun ».

Le 29 août 1950, Renée Barthélémy complète un formulaire du ministère des ACVG pour demander l’attribution du titre de “Déporté politique” à son mari. Le 27 mai 1952, la commission départementale rend un avis favorable et le ministère lui reconnaît ce statut le 30 septembre suivant. Le 14 octobre, Madame Veuve Barthélémy reçoit la carte n° 1101 02331.

Suivant les dispositions de l’arrêté du 7 mai 1987 (J.O. du 30 juin), la mention « mort en déportation » est portée en marge de l’acte de décès (de manière effective le 11 août).

Notes :

[1] Boulogne-Billancourt et La Garenne-Colombes : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Fontevraud-L’Abbaye, souvent orthographié Fontevrault-L’Abbaye au 19e siècle.

[3] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).

[4] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Fernand Barthélémy, c’est le 15 août 1942 qui a été retenu pour certifier son décès (26-06-1946). Leur publication au Journal officiel rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 382 et 394.
- Claudine Cardon-Hamet, notice réalisée pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” du nord des Hauts-de-Seine (2005), citant : Témoignage de Jean Thomas, de Boulogne (46144) – Lettre de Solange Filloux, sa sœur (30/8/1988) – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national).
- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 18, page 191.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais : cartons “Occupation allemande”, camps d’internement…, “Gaillon” (BA 2374), liste des internés communistes (BA 2397) ; cartons “Usines Renault”,  notes diverses, enquêtes 1938 (BA 2348),  listes et dossiers de personnes arrêtées… (BA 2350) ; dossier individuel du cabinet du préfet (1 W 2219-11963).
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux : centre de séjour surveillé d’Aincourt, notice individuelle (cotes 1W7, 1W88).
- Archives départementales de l’Eure, Évreux : camp de Gaillon, dossier individuel (89w4) et PV d’auditions (89w13), recherches de G. Petiot (message 08-2014).
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir.
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives, Sterbe Annex (01-2009).
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen : dossier de Fernand Barthélémy (21 p 421 667), recherches de Ginette Petiot (message 08-2014).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le  9-08-2018)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.