JPEG - 68.2 ko
Droits réservés.

Fernand, Auguste, Barthélémy naît le 25 mars 1911 à Paris 4e (75), fils d’Auguste Barthélémy et de Flore Rimenlinger.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 20 (ou 29) avenue Joseph-Froment à La Garenne-Colombes [1] (Hauts-de-Seine – 92).

Le 31 juillet 1937 à la Garenne-Colombe, il se marie avec Renée Robert. Ils auront deux enfants.

Fernand Barthélémy est métallurgiste, contrôleur d’atelier (contrôleur de fabrication en métallurgie) aux usines Renault de Billancourt (92). Délégué syndical CGT, il est également trésorier (selon sa femme) ou secrétaire (selon le Maitron) de la section communiste de Renault en 1939.

JPEG - 116.4 ko
Boulogne-Billancourt. Place Jules-Guesde. 
Carte postale écrite le 16 novembre 1942. Coll. Mémoire Vive.

Le 24 novembre 1938, le grand mouvement revendicatif que le Parti communiste veut lancer contre les décrets-lois du gouvernement Daladier annulant les acquis du Front populaire doit débuter aux usines Renault, pour culminer en grève générale quelques jours plus tard. Avec d’autres cadres syndicaux (Yves Kermen…), Fernand Barthélémy lance le mot d’ordre de débrayage dans certains ateliers (ex. : département usinage moteurs n° 7). C’est ce que révèlent des interrogatoires menés ultérieurement auprès de l’encadrement de l’usine par la police qui enquête sur des « entraves au travail ». Cependant, Barthélémy ne figure pas sur la listes des 300 employés de l’usine arrêtés par la police pour ce motif. Par contre, il semble être au chômage au moment de son arrestation.

Le 20 mars 1940 (selon son épouse) ou le 6 avril (selon le Maitron), Fernand Barthélémy est arrêté et inculpé d’activité communiste (propagande). Écroué au dépôt de la préfecture de police (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice, île de la Cité), puis à Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e), il s’évade de la colonne d’évacuation des détenus au cours de l’exode, en juin 1940.

Après l’armistice, il rentre chez lui et trouve du travail aux taxis Autoplace, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis – 93).

C’est là qu’il est de nouveau arrêté, le 9 novembre 1940, par la police française. Le jour même, le préfet de police de Paris signe un arrêté collectif ordonnant son internement administratif parmi soixante-dix militants. Fernand Barthélémy est conduit aussitôt au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé au début du mois d’octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes avant-guerre.

JPEG - 118.1 ko
Aincourt. Le sanatorium de la Bucaille. Au premier plan, 
le pavillon qui fut transformé en camp d’internement. 
Carte postale oblitérée en 1958. Coll. Mémoire Vive.

Le 4 décembre, Fernand Barthélémy fait partie d’un groupe d’une centaine de militants communistes chevronnés transférés, par mesure préventive ou disciplinaire (?), à la Maison centrale de Fontevraud-L’Abbaye [2], près de Saumur (Maine-et-Loire – 49) ; leur transport s’effectue en car et sous escorte. Les détenus sont enfermés dans une grande salle commune de la Centrale. Ils apprennent que 70 communistes purgent une peine dans le secteur carcéral.

JPEG - 106.5 ko
Fontevraud, l’ancien réfectoire des moines. 
Carte postale des années 1900. Collection Mémoire Vive.

Le 20 ou 21 janvier 1941, sans être informée de leur destination, la centaine d’internés est conduite à la gare de Saumur où les attentent deux wagons de voyageurs à destination de Paris-Austerlitz. À leur arrivée, ils sont conduits à la gare de l’Est où ils rejoignent 69 autres militants communistes en attente de transfert.

Ce nouveau convoi les amène à la gare de Clairvaux d’où ils sont conduits – par rotation de vingt détenus dans un unique fourgon cellulaire – à la Maison centrale de Clairvaux (Aube – 10). Une fois arrivés, la direction les contraint à échanger leurs vêtements civils contre la tenue carcérale, dont un tour de cou bleu (“cravate”) et un béret. Ceux qui refusent sont enfermés une nuit en cellule (“mitard”), tandis que la plupart sont assignés à des dortoirs. Rejoints par d’autres, ils sont bientôt 300 internés politiques.

JPEG - 96.5 ko
Clairvaux. La Maison centrale. Carte postale. Collection M. Vive.

Le 14 mai, une centaine d’entre eux est transférée au camp de Choisel à Châteaubriant (Loire-Atlantique – 44), parmi lesquels plusieurs seront fusillés le 22 octobre. Fernand Barhélémy fait partie de ceux qui restent à Clairvaux, et qui doivent bientôt partager les locaux qui leur sont assignés avec quelques “indésirables” (condamnés de droit commun).

Le 23 septembre, J.-P. Ingrand, préfet délégué du ministre de l’Intérieur dans les Territoires occupés (à Paris) demande au préfet de l’Aube de retirer de Clairvaux les internés administratifs qui y sont « hébergés » (sic !) ; son ordre est rapidement exécuté.

Le 26 septembre 1941, Fernand Barhélémy est parmi les 37 internés administratifs de Clairvaux (politiques et “droits communs”) transféré au camp français de Gaillon (Eure – 27), un château Renaissance isolé sur un promontoire surplombant la Seine et transformé en centre de détention au 19e siècle.

JPEG - 139.9 ko
Le camp de Gaillon, ancien château de l’évêque de Rouen. 
Carte postale d’après-guerre. Collection Mémoire Vive.

Selon une note de la police (RG ?) datée du 18 février 1942, Fernand Barhélémy figure sur une liste de 43 « militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion », et qui sont pour la plupart internés au camp de Gaillon.

Le 4 mai 1942, il fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28). Enregistré sous le matricule n° 268, il n’y reste que deux semaines.

JPEG - 86.1 ko
Entrée du camp de Voves. 
Date inconnue, probablement après mars 1943.

Le 20 mai, il fait partie d’un groupe de 28 détenus remis aux “autorités d’occupation” à leur demande et conduits par des gendarmes français au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Fernand Barthélémy est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Fernand Barthélémy est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45200 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [3].

JPEG - 75.5 ko
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Fernand Barthélémy.

Il meurt à Auschwitz durant le mois de novembre 1942, selon une annexe récapitulative du registre des décès du camp [4].

Déclaré “Mort pour la France”, il est homologué comme “Déporté politique”.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 382 et 394. 
- Claudine Cardon-Hamet, notice réalisée pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” du nord des Hauts-de-Seine (2005), citant : Témoignage de Jean Thomas, de Boulogne (46144) – Lettre de Solange Filloux, sa sœur (30/8/1988) – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national). 
- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 18, page 191. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…, “Gaillon”) ; BA 2397 (liste des internés communistes) ; cartons “Usines Renault”, BA 2348 (notes diverses, enquêtes 1938), BA 2350 (listes et dossiers de personnes arrêtées…). 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes, 1W7, 1W88 (notice individuelle). 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives, Sterbe Annex (01-2009).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 23-09-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] La Garenne-Colombes : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Fontevraud-L’Abbaye, souvent orthographié Fontevrault-L’Abbaye au 19e siècle.

[3] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).

[4] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Fernand Barthélémy, c’est le 15 août 1942 qui a été retenu pour certifier son décès (26-06-1946). Leur publication au Journal officiel rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.