Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Le 11 avril 1901, son père décède prématurément (âgé de 40 ans) à leur domicile, alors au 44, rue du Beau-Soleil.

Fin 1904, sa mère, âgée de 34 ans, journalière, habite chez Florimond C., 54 ans, ouvrier maréchal (forgeron), au hameau du Bosc Follet, commune d’Epreville-en-Roumois (Eure – 27). Le 4 décembre, au domicile de celui-ci, elle accouche de France Lorraine Fouache, « fille naturelle », demi-sœur de Ferdinand.

En 1906, Pauline Deperrois et ses enfants ont suivi Florimond C. à Boissey-le-Châtel (27), au bourg, route d’Honfleur, direction de Paris, où celui-ci est ouvrier maréchal chez un patron. Le 10 août 1908, Pauline, 39 ans, met au monde une deuxième fille : Fernande Geneviève Fouache.

En 1911, Pauline Deperrois et ses enfants ont suivi Florimond C. au lieu-dit La Prée à Écaquelon (27). Devenu patron maréchal ferrant, celui-ci est déclaré comme chef de ménage, et elle comme « domestique ».

Ferdinand Deperrois commence à travailler comme maréchal ferrant.

Le 11 avril 1915, il est appelé au service armé et rejoint le 7e régiment de chasseur comme soldat de 2e classe. Le 12 août 1916, il passe au 43e régiment d’artillerie. Dix jours plus tard, le 22 août, il passe au 55e régiment d’artillerie de campagne. Le 12 juin 1917, blessé, il est évacué. Le 27 juillet suivant, il est cité à l’ordre de son régiment : « Bon canonnier, courageux, […] a été légèrement contusionné par l’explosion d’un obus pendant un tir d’artillerie de tranchée appuyant un coup de main ». Il reçoit la Croix de guerre. Il rentre à son dépôt le 1er septembre. Le 15 décembre suivant, il part pour l’Armée d’Orient. Il rentre en France le 15 décembre 1918. Le 15 janvier 1918, il passe au 14e R.A.D.C. Le 4 décembre 1919, il est mis en congé illimité de démobilisation et se retire à Escalon, « fils aîné de veuve cultivatrice ».

Fin janvier 1927, Ferdinand Deperrois habite au hameau de La Bocherie à Écaquelon. En mars 1928, il habite au 2, rue Leveillé à Elbeuf.

À une date restant à préciser, il se marie avec Léonce Benner.

Il est forgeron.

Le 6 mars 1932, puis en novembre, il est pris en infraction de chasse en temps prohibé avec engins prohibés.

À partir de février 1937 et jusqu’au moment de son arrestation, Ferdinand Deperrois est domicilié au 6, rue Léon-Gambetta, à Caudebec-lès-Elbeuf (76), situé sur la Seine en amont et au sud de Rouen.

Caudebec-lès-Elbeuf. Entrée de la rue Léon-Gambetta dans les années 1900. Carte postale, collection Mémoire Vive.

Caudebec-lès-Elbeuf. Entrée de la rue Léon-Gambetta dans les années 1900.
Carte postale, collection Mémoire Vive.

Le 2 mars 1940, il est rappelé à l’activité militaire et rejoint le dépôt d’artillerie n° 23 à Rouen. Mais il est renvoyé dans ses foyers le 19 mai suivant comme père de quatre enfants.

Il ne retrouve probablement pas son emploi : après son arrestation, il sera déclaré comme “journalier” ou bûcheron.

Le 21 janvier 1942, Ferdinand Deperrois est arrêté à Elbeuf [2] (76).

À une date restant à préciser, il est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne [3] (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

TransportAquarelle

Le voyage dure deux jours et demi N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Ferdinand Deperrois est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45457. Sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée.

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.

Le 13 juillet, après l’appel du soir, Ferdinand Deperrois est dans la moitié des déportés du convoi ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés des ouvriers ayant des qualifications utiles au camp.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».  « Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »  Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». « Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Le 17 août, son nom est inscrit sur le registre du Block n° 28 (médecine interne) de l’hôpital d’Auschwitz-I, avec Pierre Bernard, Albert Bonvalet, Marius Proville et Hilaire Séguin.

Le 29 septembre, son nom est inscrit sur le registre du Block n° 21 de l’hôpital (chirurgie), avec le diagnostic « Carbunculus capitis » (maladie du charbon à la tête ?).

Ferdinand Deperrois meurt à Auschwitz le 19 octobre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher).

Il n’y a pas eu de demande d’homologation.

Notes :

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] L’attentat d’Elbeuf :

AVIS

Le 21 janvier dernier, à Elbeuf, des coups de feu étaient tirés sur une sentinelle de l’armée allemande qui fut grièvement blessée. À la suite de cet attentat, j’ai ordonné l’exécution des personnes qui ont commis des actes criminels contre l’armée allemande.

Der Chef des Militaerverw. Bezirkes A

Paru dans Le Journal de Rouen du 16 février 1942.

[3] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transféré au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).

Sources :

Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 377 et 401.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Basse-Normandie (2000), citant : la famille résidait à Bezons après la guerre : en octobre 1990, Monsieur Renard, Maire-adjoint, a effectué des recherches restées vaines – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (L.A. 13228).
- Archives départementales de la Seine-Maritime (AD 76), site internet, archives en ligne : registre des naissances de Bolbec, année 1896 (4E 12941), acte n° 13 (vue 22/115).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 221.
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; acte de décès du camp (n° 36762/1942) ; pages 364 et 365 du registre du Block 28 ; page du registre du Block 21.

MÉMOIRE VIVE

dernière mise à jour, le 13-11-2020)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.