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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Félix, Séraphin, Vinet naît le 9 novembre 1893 à La Ferrière, au nord-est de la Roche-sur-Yon (Vendée – 85).

Considérant son âge, il devrait avoir été mobilisé au cours de la guerre 1914-1918.

À une date restant à préciser, il épouse Lucie (?), née en 1901. Il a un fils, Roger, né en 1921, qui se déclarera comme chauffeur en 1946.

Le DBMOF-Maitron (Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français), signale, sans mentionner de prénom, un nommé Vinet : « Militant de la Fédération de la Seine du Parti communiste, (…) élu membre du Comité central de l’ARAC à son congrès de Clermont-Ferrand en juillet 1923. » (notes de M. Lazar). S’agit-il du même homme ?

Au moment de son arrestation, Félix Vinet est domicilié au 1, rue l’Amiral-Courbet à Maisons-Alfort [1] (Val-de-Marne – 94), d’après les listes électorales de février 1945 sur lesquelles il est déclaré comme chauffeur-livreur.

Félix Vinet est arrêté par la police française en même temps que Lucien Tourte pour propagande communiste. Vingt-deux personnes prises dans la même affaire sont inculpées d’infraction au décret-loi du 26-09-1939. Félix Vinet est écroué le 29 décembre 1940 à la Maison d’arrêt de la Santé, Paris 14e (écrou n° 304300). Au cours de l’instruction, il y a disjonction de son affaire.

Le 6 mai 1941, il comparaît avec une seule co-accusée devant la 12e chambre du Tribunal correctionnelde la Seine. Condamné à dix-huit mois d’emprisonnement, il se pourvoit en appel auprès du procureur de la République

Le 7 juin, il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne – 94).

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La maison d’arrêt de Fresnes après guerre. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 28 juillet, la Cour d’appel de Paris réduit sa peine à quinze mois de prison. À l’expiration de celle-ci, le 6 décembre, il n’est pas libéré : le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif.

Le 3 janvier 1942, Félix Vinet fait partie d’un groupe de 38 internés politiques (parmi eux, 16 futurs “45000”) et 12 “indésirables” (droit commun) extraits du dépôt et transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé (Vienne – 86). Ils sont conduits en car, sous escorte, jusqu’à la gare d’Austerlitz où les attend un wagon de voyageurs réservé (10 compartiments ; départ 7h55 – arrivée 18h51).

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai 1942, Félix Vinet fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin, Félix Vinet est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet , Félix Vinet est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46198, selon les listes reconstituées (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Félix Vinet.

Il meurt à Auschwitz le 16 août 1942, d’après les registres du camp.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 389 et 423. 
- Archives municipales de Maisons-Alfort, recherches de Madame Loubrieu. 
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 31 mai au 3 septembre 1941, cote D1u6-5856. 
- Archives Départementales du Val-de-Marne, Maison d’arrêt de Fresnes, dossier des détenus “libérés” du 1er au 19-12-1941, cote 511w27. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…). 
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 181. 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 1277 (30867/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 16-07-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes)qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Maisons-Alfort : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).