Gaston, André, Norbert, Jouy naît le 30 septembre 1917 au lieu-dit Lestang à Canet-de-Salars (Aveyron), fils de Faustin Urbain Mathurin Jouy, 37 ans, plâtrier, et de Marie-Louise Bédos, 35 ans, son épouse. Pour l’inscription du nouveau-né à l’état civil les témoins sont l’instituteur et le garde-champêtre du village.
Gaston a trois frères et sœur plus âgés, nés au Canet : Faustin, Jean, Élie, Louis, né le 24 juillet 1911, Marcel Gaston, né le 7 mars 1914, Béatrice, Elida, Georgette, née le 28 aout 1915.
Au recensement de 1921, leurs parents habitent place Parmentier à Moreuil (Somme). chez une amie (?) Berthe Poullot, née en 1882 à Paris, couturière. Leurs enfants sont alors hébergés au Canet par les parents de Marie-Louise : Louis et Marie Bédos, cultivateurs.
Un frère, Bernard Fernand, naît le 20 décembre 1923 à Moreuil.
En 1934, la famille a emménagé au 5 rue des Berthauds. à Rosny-sous-Bois [1] (Seine / Seine-Saint-Denis – 93).
Mais la mère de famille, Marie-Louise Bédos, décède au domicile familial le 25 décembre 1934.
Lors du recensement de 1936, la famille est composée seulement du père, Faustin, et de ses fils Gaston et Bernard ; Béatrice s’est mariée à Rosny en mars 1935.
Au moment de son arrestation, Gaston Jouy est toujours domicilié au 7 (?) rue des Berthauds.
Il est peintre en bâtiment.
En 1937-1938, il devrait effectuer son service militaire (à vérifier…).
Le 1er août 1940 à Rosny, Gaston Jouy, 22 ans, et René Beaulieu, 17 ans, sont « surpris » par la police française (service à préciser) au moment où ils distribuent des tracts dans des boîtes aux lettres, en l’occurrence des exemplaires de L’Avant-Garde n°16 datés de juillet 1940. Sont également interpellés Eugène Omphalius, 20 ans, qui reconnaît en avoir distribué, et Albert Rossé, 21 ans, qui faisait seulement le guet. Au domicile de Gaston Jouy, en présence de son frère Fernand, sont saisis 80 exemplaires du même journal, et un exemplaire de L’Humanité daté du 16 juin 1939. Le lendemain, les quatre premiers jeunes Rosnéens sont inculpés de « distribution de tracts non approuvés au préalable par le commandement allemand aux termes de l’article 4 paragraphe 6 de l’ordonnance du gouverneur militaire de la région de Paris en date du 20 juin 1940 ». Ils sont conduits au dépôt “près” la préfecture de police, « à disposition de la Justice allemande ». Après interrogatoire, le jeune Fernand Jouy, 17 ans, est laissé libre.
Par la suite, la police judiciaire reprend l’affaire.
Le 22 octobre suivant, Gaston Jouy est placé sous mandat de dépôt ou d’écrou.

Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage.
(montage photographique)
Le 8 février 1941, lors d’une audience au cours de laquelle sont jugés 48 militants communistes (dit « procès des cinquante » ?), dont dix-sept futurs “45000”, la chambre des mineurs (15e) du tribunal correctionnel de la Seine condamne Gaston Jouy à huit mois d’emprisonnement pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (propagande communiste). Comme les autres condamnés, il fait appel de la sentence le 28 février.
Il est possible qu’il ne soit pas libéré : le 18 mars, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif, car considéré comme un « meneur communiste actif ».
Le 21 avril, “Gaston” Jouy est interné au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), créé au début du mois d’octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt. Il y retrouve Édouard Beaulieu – le père de René – arrêté le 5 octobre 1940.

Aincourt. Le sanatorium de la Bucaille. Au premier plan, le pavillon qui fut transformé en camp d’internement.
Carte postale oblitérée en 1958. Coll. Mémoire Vive.
Le 6 septembre 1941, avec celui-ci, il fait partie d’un groupe de 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés au camps français (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne), pour l’ouverture de celui-ci.

Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, vu du haut d’un mirador. Date inconnue.
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village.
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), Fonds Amicale Voves-Rouillé-
Le 18 mars 1942, il est parmi les treize “jeunes” communistes « extraits par les autorités allemandes et transférés, pour des raisons qui n’ont pas été indiquées » au camp de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) ; tous sont de futurs “45000” sauf André Giraudon, de Bourges, fusillé au Mont-Valérien le 9 mai 1942. Gaston Jouy y retrouve ses deux camarades, René Beaulieu et Eugène Omphalius.

La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”,
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”.
À l’arrière plan à gauche, sur l’autre rive de l’Oise, l’usine de Venette qui fut la cible de plusieurs bombardements avec “dégâts collatéraux” sur le camp.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.
Entre fin avril et fin juin 1942, Gaston Jouy est sélectionné – avec cinq autres Rosnéens – parmi plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).
Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation.
Cliché Mémoire Vive 2011.
Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.
Le 8 juillet 1942, Gaston Jouy est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45696, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).
Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.
Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.
Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp) ; Gaston Jouy se déclare alors sans religion (Glaubenslos). L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.
Le 13 juillet, après l’appel du soir, une moitié des déportés du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés des ouvriers ayant des qualifications utiles au camp. Aucun document ni témoignage connu ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté Gaston Jouy.
Il meurt à Auschwitz le 9 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher) [2].
Son nom n’est pas inscrit sur le Monument aux morts de Rosny-sous-Bois (à vérifier en 2026…).
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 21-10-1994).
Notes :
Concernant Gaston Jouy, c’est le mois d’octobre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.
Sources :
Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 386 et 408.
Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l’Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 174.
Archives départementales de l’Aveyron (AD 12), site internet, archives en ligne : registre d’état civil de Canet-de-Salars 1906-1921 (4 E 46 7), année 1917 (vue 329/473).
Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), Service de la mémoire et des affaires culturelles (SMAC), Le Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) : registre de main courante du commissariat de Noisy-le-Sec (C B108-7), acte n° 699 du 2 août 1940 ; cartons “occupation allemande”, camps d’internements… (BA 2374), (liste des internés communistes, 1939-1941 (BA 2397).
Archives nationales, correspondance de la Chancellerie sur des procès pour propagande et activité communistes, BB18 7042.
Archives de Paris, archives judiciaires ; registre du greffe du tribunal correctionnel de la Seine, 14 janvier-12 février 1941.
Archives départementales de la Vienne (AD 86), Poitiers ; camp de Rouillé (109W75).
Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 520 (n° 29894/1942).
Site Mémorial GenWeb, Rosny-sous-Bois, relevé de Christiane Level-Debray (02/2004).
MÉMOIRE VIVE
(dernière mise à jour, le 3-03-2026)
Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).
En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

