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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Eugène, Émile, Garnier naît le 16 juin 1908 à Saint-Georges-des-Groseillers (Orne – 61).

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 14, rue Lemonnier à Flers (61), avec sa femme et ses deux fils.

Ajusteur-outilleur, Eugène Garnier adhère à la CGTU en 1926 et au Parti communiste en 1933. En 1933 ou en 1934, il est licencié de son entreprise pour y avoir créé une section syndicale CGTU.

En 1935, il est candidat du Parti communiste aux élections municipales de Flers. Il organise un centre d’études sociales à la Maison des Syndicats, où l’on donne des conférences d’Histoire et de théorie politique, et met sur pied des comités locaux du mouvement Amsterdam-Pleyel de lutte contre le fascisme et la guerre.

En 1936-1937, il devient secrétaire du Syndicat CGT des métaux de Flers. En 1938, il est secrétaire de la Section communiste de Flers et, en 1939, membre du bureau de la fédération du PCF de l’Orne.

Il anime les comités d’accueil des réfugiés républicains espagnols.

Dès 1939, il réorganise le Parti communiste dans l’illégalité. Il est l’un des premiers organisateurs de l’O.S. (organisation spéciale : premiers groupes armés chargés de couvrir les actions publiques des militants communistes). Il rédige et diffuse des tracts appelant à la création de Comités populaires (qui seront à la base de la reconstitution de la CGT clandestine). En octobre 1941, il rencontre à Flers le colonel Fabien (Pierre Georges) et lui fournit des explosifs. À la suite de cette entrevue, il crée le premier groupe de lutte armée (futurs FTPF) dans la vallée de la Vire.

Il est connu de la police française pour avoir participé à la rédaction de la Voix du Peuple, journal du Front Populaire pour l’Orne, et ses « bagarres avec les Croix de Feu du colonel de la Roque » ne peuvent être ignorées. C’est pourquoi, après la distribution de tracts, en août et septembre 1941, appelant « au sabotage des installations des occupants, et des entreprises sous leur contrôle », il se sent menacé. Il transmet à Gaston Valet « tout le matériel qui lui a permis de créer le réseau de Résistance ».

Le 18 octobre 1941, à 6 h du matin, il est arrêté à son domicile par la police allemande, emprisonné à Alençon, et interné dès le lendemain au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), Frontstalag122 – Polizeihaftlager. Dans ce camp, il devient rapidement l’un des responsables de la Résistance clandestine dirigée par Georges Cogniot.

Entre fin avril et fin juin 1942, Eugène Garnier est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Eugène Garnier est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45571 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Eugène Garnier est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Là, il est affecté aux ateliers (Werkstätte).

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

En décembre 1942, avec Roger Abada et Roger Pélissou, il est l’un des fondateurs du groupe français de Résistance à Auschwitz, créé parmi les “45000” avec l’aide de communistes autrichiens et allemands.

Quand la Résistance apprend l’arrivée du convoi des françaises parti le 24 janvier 1943 (“31000”), Eugène Garnier est affecté au Kommando des jardins (Gärtnerei) et assure la liaison avec le Kommandoagricole de Raïsko, où plusieurs de celles-ci sont affectées. Avec d’autres “45000” dont le travail les amène à circuler, il leur apporte des vêtements adaptés, des médicaments, des informations sur la guerreet les consignes de la résistance internationale.

En juillet 1943, comme les autres détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”), il reçoit l’autorisation d’écrire (en allemand et sous la censure) à sa famille et d’annoncer qu’il peut recevoir des colis.

À la mi-août 1943, il est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage duBlock 11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. La cour séparant le Block 10 – où se pratiquaient 
les expérimentations “médicales” sur les femmes détenues – 
et le Block 11, à droite, la prison du camp, avec le 1er étage 
de la “quarantaine”. Au fond, le mur des fusillés. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blockset Kommandos d’origine.

Au début septembre 1944, après le transfert de Roger Pélissou à Flossenburg et celui de Roger Abada à Gross-Rosen, il reste le seul membre du triangle de direction français à Auschwitz. Il assure alors la liaison avec le groupe international de résistance. Il organise l’intégration solidaire des français évacués de Lublin, puis de ceux transférés depuis les camps de Dachau, Mauthausen et Buchenwald.

Après l’évacuation d’Auschwitz et le départ de la plupart des gardiens SS, le 20 janvier 1945, il est un des responsables du Comité international de Résistance qui demeure avec les détenus intransportables, dans la perspective de soutenir ceux-ci et de les protéger d’une ultime extermination.

Situé sur le trajet du front de l’Est, Auschwitz est libéré le 27 janvier 1945 par l’armée soviétique.

Eugène Gamier est rapatrié par Odessa, le 10 mai 1945.

Dans le mois qui suit son retour, il adresse, à l’ancienne représentante de la Croix-Rouge pour le camp de Compiègne, une lettre dans laquelle il apporte la précision importante selon laquelle son transport était constitué de « 1125 “Aryens” et de 50 Juifs ».

Homologué comme “Déporté Résistant”, combattant volontaire de la Résistance, lieutenant dans la Résistance Intérieure Française, décoré de la Légion d’Honneur, il reçoit la Croix de guerre polonaise pour son action dans la Résistance à Auschwitz.

Sa santé est compromise, mais son activité demeure intacte.

Il est l’un des fondateurs de l’Amicale des anciens déportés d’Auschwitz et apporte sa contribution à l’ouvrage collectif Témoignages sur Auschwitz, édité à la fin 1946. Il est membre du Comité national de la FNDIRP.

Eugène Garnier est le porte-parole de l’Amicale d’Auschwitz française au tribunal suprême polonais qui condamne Rudolf Hoess, un des commandants du camp, à être pendu à Auschwitz le 7 avril 1947.

Il devient Président de la Caisse primaire de Sécurité sociale de l’Orne, administrateur de la Caisse régionale de Rouen. Il est un des dirigeants de l’Union départementale CGT de l’Orne.

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Droits réservés.

Animant dès son retour la section communiste de Flers, Eugène Garnier est élu conseiller municipal de cette ville à plusieurs reprises.

Il décède à Flers le 22 août 1969. Il a 61 ans.

Au dire des témoins de l’époque, aucune cérémonie funèbre n’avait rassemblé une foule aussi importante, dans cette ville qui rendait ainsi hommage à une personnalité exceptionnelle, unanimement reconnue pour son dévouement et sa combativité.

Son nom est donné à une rue de sa ville l’année même de son décès.

Dans Le Patriote Résistant (journal mensuel de la FNDIRP) d’octobre 1969, Marie-Elisa Cohen lui rend hommage, entre autres, pour le soutien apporté aux “31000”.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 78 et 79, 89, 202, 203, 204, 185, 210, 217 et 218, 255 et 256, 294 et 295, 320, 358, 370 et 405. 
- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’associationMémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, notice par Cl. Cardon-Hamet page 132. 
- Auschwitz 1940-1945, Les problèmes fondamentaux de l’histoire du camp, ouvrage collectif sous la direction de Wacław Długoborski et Franciszek Piper, éd. du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau à Oświęcim, Pologne, version française 2011, volume IV, La Résistance, Henryk Swiebocki, pages 131 à 137.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 7-05-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.