JPEG - 72.7 ko
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Eugène, Jean, Pascal, Louis, Charil naît le 13 avril 1899 à La Roë (Mayenne – 53), fils d’Eugène Charil, 28 ans, journalier, et de son épouse, Angèle, née Lebreton, 25 ans, journalière. Son père sera décédé au moment de son arrestation.

Il arrive très jeune à Paris et y travaille comme imprimeur.

Le conseil de révision d’Angers retarde son incorporation au service militaire pour « ostéïte en évolution en septembre 1918 et faiblesse ». Le 8 octobre 1920, Eugène Charil rejoint le 106e régiment d’infanterie comme soldat de 2e classe. Mais, deux semaines plus tard, le 22 octobre, la commission de réforme de Châlons-sur-Marne le réforme temporairement pour « cicatrices adhérentes de la cuiller gauche, suite d’ostéïte, limitation des mouvements de flexion du genou, gêne de la marche ». Le 25 novembre 1921, la 5e commission de réforme de la Seine renouvelle cette réforme pour « à l’extrémité inférieure de la cuisse gauche petite cicatrice de strajet [?] fistuleux, face interne au même niveau petite cicatrice souple ».

En mai 1922 à Paris 9e, Eugène Charil se marie avec Denise Desmet. Ils auront un enfant.

En juin 1931, ils habitent au 31, avenue Laplace, à Arcueil (Seine / Val-de-Marne). En novembre 1932, ils demeurent au 180, boulevard de la Villette, à Paris 19e. En juin 1937, ils sont au 20, rue Cadet, à Paris 9e.

En janvier 1940 et jusqu’au moment de son arrestation, Eugène Charil est domicilié au 52 ou 53, rue de la Tour d’Auvergne, à Paris 9e.

Eugène Charil est linotypiste (métier du Livre) ; des documents du camp d’Aincourt le désignant comme « journaliste ».

Le 2 janvier 1940, il est rappelé à l’activité militaire et rejoint le dépôt d’infanterie n° 91 ; suite inconnue…).

Le 9 novembre 1940, il est arrêté par la police française qui le considère comme un « meneur communiste très actif » (« affaire Motyl » ; à vérifier aux APP…).

Le 11 décembre, le préfet de police signe l’arrêté ordonnant son internement administratif. Il semble avoir été conduit le jour précédent au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), créé au début du mois d’octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes avant-guerre.

JPEG - 815.1 ko
Aincourt
Tel qu’il est photographié, le pavillon Adrien Bonnefoy Sibour ne laisse pas entrevoir la grande forêt qui l’entoure et l’isole de la campagne environnante

Le 17 juin 1941, au moment où les détenus doivent « faire la table » [?], un nommé Charil s’en prend à un interné “gitonniste”, domicilié à Paris 4e, en le bousculant, en le prenant à la gorge et en le menaçant. Il le traite de mouchard et ajoute : « Dans la capitale, je lui ferai son affaire et je le ferai courir comme un lapin ». Ses camarades interviennent et le calment en lui expliquant qu’il a tort.

Le 6 septembre 1941, Eugène Charil est parmi 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés aucamp français (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86), pour l’ouverture de celui-ci.

JPEG - 91.7 ko
Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”,
vu du haut d’un mirador. Date inconnue.
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village.
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne),
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai 1942, il fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 124 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduit au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Eugène Charil est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

transportaquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Eugène Charil est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45353 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Eugène Charil.

Il meurt à Auschwitz le 23 octobre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Il est homologué comme “Déporté politique”.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 371 et 398.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale) – État civil de la Mairie de la Roë.
- Archives départementales de Mayenne, site internet, archives en ligne : registre de recensement de 1901 à La Roë ; registres matricules du recrutement militaire, année 1919, bureau d’Anger, volume 3, matricule 1108 (vue 138/645).
- Archives de la préfecture de police de Paris : cartons “occupation allemande”, camps d’internement… (BA 2374), liste des internés communistes, 1939-1941 (BA 2397) – Classeur inventaire BS1.
- Archives départementales des Yvelines et de l’ancien département de Seine-et-Oise (AD 78), Montigny-le-Bretonneux : centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1W76, 1W99 (notice individuelle).
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 51.
- Archives départementales de la Vienne ; camp de Rouillé (109W75).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 164 (37148/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 23-06-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.