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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Eugène, Gaston, René, Bocquillon naît le 29 octobre 1892 à Sampigny (Meuse), fils de Paul Bocquillon, 26 ans, mécanicien, et de Marie Gillet, son épouse, 23 ans, couturière. Lors du recensement de population de 1896, la famille habite rue de la Fontaine-Sainte-Lucie, quartier de Sompheu. En 1901, ils ont déménagé pour la rue du Bourg, dans le centre du village. Eugène voit naître plusieurs petites sœurs, Germaine en 1900, Yvonne en 1904, Lucienne en 1911. En 1906, son père est recensé comme brossier chez Nevarq ou Némarq (?) et sa mère comme couturière à façon (« patron », à domicile). En 1911, son père est ajusteur pour la Maison Dormois à Vadonville, village voisin ; Eugène n’habite alors plus chez ses parents.

Eugène Bocquillon commence à travailler à partir de 13 ans.

Le 9 octobre 1913, il est incorporé comme soldat de 2e classe au 19e bataillon de chasseurs à pied afin d’accomplir son service militaire. Le 2 août 1914, à la suite du décret de mobilisation générale, son unité part immédiatement « aux armées », Eugène Bocquillon participant « à tous les combats principaux : Charleroi, bataille de la Marne, Yser, Artois, Champagne, Somme, etc., et en ayant récolté les gaz et rhumatismes chroniques ». Le 25 septembre 1919, il est mis en congé illimité de démobilisation et se retire à Sampigny (qui a subit d’intenses bombardements au début de la guerre).

Sampigny (Meuse). Côté gauche de la place de la mairie après les combats et les bombardements de la Première Guerre mondiale. Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Sampigny (Meuse). Côté gauche de la place de la mairie après les combats et les bombardements de la Première Guerre mondiale.
Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

En octobre 1919, Eugène Bocquillon habite au 21, avenue Victor-Hugo, à Choisy-le-Roi (Seine / Val-de-Marne – 94).

Le 21 février 1920, à Braux (Ardennes), il épouse Louise, Hortense, Bobo.

En mars 1920, le couple demeure au 5, rue Barbès, à Ivry-sur-Seine (94). En septembre 1921, ils sont domiciliés au 15, avenue de la République, à Choisy-le-Roi. Leurs deux premiers enfants décèdent en bas âge (à 13 mois et à 6 mois).

En 1922, Louise Bocquillon est hospitalisée six mois à “Perray-Vaucluse” (gare de Sainte-Geneviève-des-Bois, Seine-et-Oise / Essonne) pour des troubles psychiatriques, peut-être à la suite du décès de ses bébés…. Elle-même évoquera plus tard « un empoisonnement du sang ». Dès lors, son mari l’entoure des plus grandes précautions.

En mars 1927 et jusqu’au moment de |’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée dans un pavillon à l’angle de l’avenue des Rosiers (au n°1) et de l’avenue Georges-Guynemer à Juvisy-sur-Orge (Seine-et-Oise / Essonne). Gaston et Louise Bocquillon ont deux autres enfants :  Huguette, née le 24 août 1928, et Georgette, née le 19 août 1936.

Métallo, Gaston Bocquillon est mouleur en fonte, spécialisé dans les moteurs. Il travaille pour les usines Panhard, Hispano-Suiza.

C’est un militant communiste connu, secrétaire de cellule et/ou trésorier de la cellule du “Haut” à Juvisy. En 1935, il se présente aux élections municipales sur la liste du Parti communiste.

Il est membre de la commission exécutive de la section locale de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC).

En janvier 1939, l’armée classe Gaston Bocquillon « affecté comme personnel de renforcement au titre de la Société des moteurs Gnome-et-Rhone », sise au 135 boulevard Louis Seguin à Petit Gennevilliers (Seine / Hauts-de-Seine). À la suite de la déclaration de guerre, il rejoint ce poste de travail, produisant pour la Défense nationale, s’y rendant moitié à vélo, moitié en train, ne manquant aucune heure de travail et ayant toute l’estime de ses chefs. Au printemps 1940, un crise de rhumatismes – séquelle de la Grande guerre – lui laisse « une ankylose légère du coude droit et la colonne vertébrale atteinte d’arthrite ». À la même époque, son épouse, 42 ans, est « presque impotente à la suite de rhumatismes ».

En septembre 1939, relativement à son engagement communiste, une perquisition infructueuse est effectuée par la police à son domicile, suivie d’une autre opérée en mai 1940.

Lors de l’exode, Gaston Bocquillon recueille des affaires amenées par les parents de son épouse, « habitant les Ardennes et fuyant de chez eux devant l’invasion allemande ». Suite à une dénonciation pour recel de marchandises pillées, il subira une troisième perquisition le dédouanant de cette accusation.

Après l’armistice, Gaston Bocquillon est au chômage.

Sous l’occupation et selon la police, il se livre « d’une façon notoire et habituelle, à la propagande communiste », tenant, « soit dans la rue, soit au marché, de fréquentes et discrètes conversations avec des ex-militants connus », sortant quelquefois la nuit. Bien que « la rumeur publique le [soupçonne] de distribuer des tracts », ce fait ne peut être établi. Par « rumeur publique », il faut certainement entendre dénonciation… Une note – probablement des Renseignements généraux – le présente comme « dangereux pour la sécurité publique ».

Le 12 ou 13 octobre 1940, Gaston Bocquillon est convoqué au commissariat de circonscription de Juvisy. Quand il s’y rend, il est immédiatement arrêté.

Le 14 octobre, il est conduit comme interné administratif au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise), créé au début du mois d’octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes avant-guerre.

Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte montrant les points d’impact après le bombardement par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940. Arch. dép. des Yvelines, (1W71).

Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte
montrant les points d’impact après le bombardement
par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940.
Arch. dép. des Yvelines, (1W71).

Le 4 novembre, Gaston Bocquillon adresse un protestation au Président de la commission de vérification de Versailles, « …en accord avec l’article 3 du décret du 18 novembre 1939, qui [lui] a été remis à Juvisy le 13 octobre 1940 par Monsieur le commissaire de police sur l’ordre de Monsieur le préfet de Seine-et-Oise ».

Le 21 novembre, quatre épouses d’internés domiciliés à Athis-Mons – dont Madame Bocquillon – écrivent au préfet de Seine-et-Oise afin d’obtenir un droit de visite. Celui-ci leur oppose un refus au prétexte des « circonstances », ajoutant que « l’article 11 du chapitre 2 du règlement intérieur du camp s’oppose d’ailleurs, en principe, à toute visite aux internés ».

À la suite du bombardement de décembre, Gaston Bocquillon participe « à la manifestation collective tendant à protester contre son arrestation [sic] et où il affirmait que sa vie [re-sic] était en danger », ce qui amène le commissaire spécial dirigeant le camp à affirmer trois mois plus tard que « cet interné doit être considéré comme un communiste resté fidèle aux directives du Parti ».

Néanmoins, la pression exercée par les manifestations des internés, leurs sollicitations répétées et celles de leur familles, amène le commandant du camp à proposer des visites lors des fêtes de Noël et du Nouvel an pour les proches des détenus de Seine-et-Oise, avec l’accord du préfet du département. Eugène Bocquillon est autorisé à recevoir une visite le 27 décembre.

Le 14 janvier, il écrit au préfet de Seine-et-Oise pour lui signaler que sa famille ne bénéficie encore d’aucun secours malgré de multiples démarches effectuées auprès de la mairie de Juvisy.

Le 9 février, c’est son épouse qui écrit au préfet pour demander la libération de son mari, afin qu’il puisse subvenir – par son travail – aux besoins de ses enfants, l’aînée ayant « la colonne vertébrale et le bassin déformés à cause des privations ». Dans une demande réitérée le 17 mars, elle écrira que « le docteur qui la soigne craint la coxalgie ». Elle souhaite que son mari puisse déjà bénéficier d’une permission afin de rendre visite à leur fille. Elle renouvellera sa demande de libération les 17 et 21 mai, indiquant que l’allocation qui lui est versée est insuffisante pour subvenir à leurs besoins…

Le 19 mai, à la suite de la “révision trimestrielle” du dossier de Gaston Bocquillon, le préfet signe un formulaire annonçant qu’il a « décidé le maintien au centre de cet individu ».

Ayant avec lui des outils de menuisier, Gaston Bocquillon fabrique des objets en bois pour lui-même et ses camarades : Georges Dudal se rappelle qu’il lui confectionne alors, à destination de sa propre fiancée, des ronds de serviette et des claquettes en bois.

Le 27 juin 1941, Gaston Bocquillon fait partie d’un groupe de 88 internés communistes de Seine-et-Oise – dont 32 futurs “45000” – remis aux “autorités d’occupation” et conduits à l’Hôtel Matignon, à Paris, – alors siège de la Geheime Feldpolizei – où ils sont rejoints par d’autres détenus, arrêtés le même jour et les jours suivants dans le département de la Seine [1]. Tous sont ensuite menés au Fort de Romainville (sur la commune des Lilas, Seine / Seine-Saint-Denis – 93), élément du Frontstalag 122. Considérés comme étant en transit, ils ne sont pas enregistrés sur les registres du camp [2].

Trois jours plus tard, les hommes rassemblés sont conduits à la gare du Bourget (93) et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Polizeihaftlager). Pendant la traversée de la ville, effectuée à pied entre la gare et le camp, la population les regarde passer « sans dire un mot, sans un geste. Tout à coup nous entonnons La Marseillaise et crions “Des Français vendus par Pétain” » [3]. Ils sont parmi les premiers détenus qui inaugurent ce camp créé pour les « ennemis actifs du Reich ».

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Le camp vu depuis le mirador central.
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué
par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”)
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Droits réservés.

Dix mois plus tard, le 5 mai, le préfet de Seine-et-Oise transmet au Conseiller supérieur d’administration de guerre [sic] de la Feldkommandantur 758 de Saint-Cloud une liste d’anciens internés d’Aincourt à la libération desquels il oppose un avis défavorable – « renseignements et avis formulés tant par [ses]services de police que par le directeur du centre de séjour surveillé » ; liste accompagnée de « notes » individuelles avec copie traduite en allemand, dont celle concernant Eugène Bocquillon.

Entre fin avril et fin juin 1942, Celui-ci est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Gaston Bocquillon est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45261 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Gaston Bocquillon.

Il meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942, selon l’acte de décès établit par l’administration SS du camp.

Après la guerre, le Conseil municipal de Juvisy donne son nom à l’avenue des Rosiers, où il habitait. La plaque de la rue Gaston Bocquillon précisait alors : « 1882-1942, Juvisien mort en déportation ». Sur la nouvelle plaque apposée depuis, cette précision a malheureusement disparu.

Le nom de Gaston Bocquillon est également inscrit sur le Monument aux morts de Juvisy, situé dans le cimetière communal, rue Petit, sur la plaque dédiée aux déportés.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 3-03-1993).

Sources :

- Huguette Henri, sa fille, témoignage.
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains, ministère de la Défense, Caen.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 380 et 396.
- Sachso, Amicale d’Orianenburg-Sachsenhausen, Au cœur du système concentrationnaire nazi, Collection Terre Humaine, Minuit/Plon, réédition Pocket, mai 2005, page 36 (sur le transfert depuis Aincourt des 88 de Seine-et-Oise, fin juin 1941).
- Gérard Bouaziz, La France torturée, collection L’enfer nazi, édité par la FNDIRP, avril 1979, page 262 (sur les arrestations du 27 juin 1941).
- Archives départementales de la Meuse (AD 55), site internet du conseil général, archives en ligne ; recensement de population de à Sampigny, année 1896 (cote E dépôt 357 / 1 F 1, vue 15/21), année 1901 (vues 3-4/20), année 1906 (vue 7/19), année 1911 (vue 4/19) ; registres du recrutement militaire, bureau de Bar-le-Duc, classe 1912, vol. 1, matricules de 1 à 500 (cote 1R 618), n° 371 (vues 766-767/1024).
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1W71, 1W77, 1W80 (relations avec les autorités allemandes), 1W92 (dossier individuel) ; et recherches parallèles de Claude Delesque.
- Liste des 88 internés d’Aincourt (domiciliés dans l’ancien département de Seine-et-Oise) remis les 27 juin 1941 à la disposition des autorités d’occupation, et liste Internés de Seine-et-Oise à la suite d’une mesure prise par le préfet de ce département, ayant quitté le centre d’Aincourt, copies de documents des AD 78 communiquées par Fernand Devaux (03 et 11-2007).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 109 (38784/1942).
- Site Mémorial GenWeb, 91-Juvisy-sur-Orge, relevé de Bernard Tisserand (2005).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 26-09-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Les 88 internés de Seine-et-Oise. Le 26 juin 1941, la Feldkommandantur 758 de Saint-Cloud transmet au préfet du département de Seine-et-Oise – « police d’État » -, cinq listes pour que celui-ci fasse procéder le lendemain à l’arrestation de ressortissants soviétiques ou de nationalité russe ancienne ou actuelle, dont 90 juifs, et de républicains espagnols en exil, soit 154 personnes. La sixième catégorie de personnes à arrêter doit être constituée de «  Différents communistes actifs que vous désignerez  » (aucune liste n’étant fournie). Tous doivent être remis à la Geheime Feldpolizei, à l’Hôtel Matignon, à Paris.

Si aucun autre document n’atteste du contraire, c’est donc bien la préfecture de Seine-et-Oise qui établit, de sa propre autorité, une liste de 88 militants communistes du département à extraire du camp d’Aincourt.

Le 27 juin, le commandant du camp écrit au préfet de Seine-Et-Oise pour lui « rendre compte que 70 internés[du département] ont été dirigés aujourd’hui dans la matinée sur le commissariat central de Versailles et que 18 autres internés ont été dirigés dans le courant de l’après-midi à l’Hôtel Matignon à la disposition des Autorités allemandes d’occupation. Le départ de ces internés s’est déroulé sans incident. » Les listes connues à ce jour ne distinguent pas les deux groupes et réunissent les 88 internés.

Le 29 juin, l’inspecteur de police nationale commandant l’escorte conduisant le contingent de 70 détenus à Versailles, rend compte que le commissaire divisionnaire lui a ordonné de poursuivre son convoyage « jusqu’à l’Hôtel Matignon, à Paris, siège de la Geheime Feldpolizei. En passant à Billancourt, quelques internés du premier car ont montré le poing et des ouvriers qui allaient prendre leur travail ont répondu par le même geste. J’ai immédiatement donné des ordres aux gardiens pour que les internés rentrent leurs bras.

À mon arrivée à Paris, je me suis trouvé en présence d’une quinzaine de cars remplis de prisonniers ayant la même destination que les internés d’Aincourt et j’ai dû prendre la suite.

Le formalités d’immatriculation étant assez longues, j’ai dû attendre mon tour ; l’opération a commencé à 18 heures et s’est terminée à 19h15 ; je n’ai pu faire la remise que de 38 internés sur 88 venus d’Aincourt. En raison de l’heure, le chef de bureau de la Feldpolizei m’a fait savoir qu’il recommencerait l’immatriculation le lendemain matin à 8h15, d’avoir à revenir à cette heure-là. J’ai rassemblé les 50 internés restant dans les deux cars et ai libéré les camionnettes et les gardiens disponibles.

Je me suis aussitôt mis en rapport avec la préfecture de Seine-et-Oise afin de savoir où je devais conduire, pour passer la nuit, les 50 internés. Une heure après, je recevais l’ordre de les conduire au Dépôt, 4 quai de l’Horloge, et de continuer ma mission le lendemain matin. Cette formalité étant remplie, j’ai renvoyé les cars et le personnel à Versailles.

Le 28 juin, à 7 heures, j’ai continué ma mission qui a pris fin à 11 heures. Cette escorte s’est déroulée sans autre incident. »

[2] Arrestations de la fin juin 1941 dans le département de la Seine, témoignage d’Henri Rollin : «  Le 27 juin 1941, vers 6 heures de matin, ma femme et moi nous sommes réveillés par un coup de sonnette. Trois inspecteurs de la police française viennent nous arrêter ; perquisition rapide sans résultat (nous avions la veille au soir distribué les derniers tracts que nous avions). Nous arrivons à l’hôtel Matignon où nous trouvons de nombreux cars et camions, résultat d’une rafle dans toute la région parisienne. Nous sommes remis par la police française aux autorités allemandes. Au moment de ma remise aux Allemands, j’ai aperçu qu’on leur donnait une petite fiche portant mon nom et la mention «  communiste  », soulignée à l’encre rouge. Nous subissons un court interrogatoire d’identité… Attente… Vers la fin de l’après-midi, départ en car. Arrivée au fort Romainville, fouille, identité. Départ de Romainville le 1er juillet, au matin, par train spécial et bondé au Bourget, arrivée l’après-midi à Compiègne. Le lendemain, même cérémonie, refouille et identité, ensuite la vie de camp… »

[3] De l’Hôtel Matignon au Frontstalag 122 : témoignage de Marcel Stiquel (déporté au KLSachsenhausen le 24 janvier 1943). Son récit fait état de 87 internés (la liste en comporte 88) et d’un départ d’Aincourt étalé sur deux jours : les 27 et 28 juin 1941 (voir note ci-dessus).