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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Eugène, Alexandre, Beaudoin naît le 10 septembre 1907 à Port-Brillet (Mayenne – 53).

Au moment de son arrestation, il est domicilié rue du Nouveau-Monde à Mondeville, agglomération de Caen (Calvados – 14). Marié, il est père de deux enfants.

Un temps docker sur le port de Caen, Eugène Beaudoin travaille comme terrassier à Houlgate au moment de son arrestation.

« Grande gueule et un cœur d’or. Une force de la nature, pétri de bonté », selon André Montagne, de Caen.

Communiste, Eugène Beaudoin cesse toute activité militante en 1939, mais continue à fréquenter ses anciens camarades.

En juillet 1941, il purge une peine pour « vol au préjudice de l’armée allemande ».

Le 21 octobre de la même année, il est de nouveau arrêté, en même temps que Jean Maurice, maire de Mondeville. Dix jours plus tard, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Le 24 octobre, Eugène Baudoin est inscrit sur une liste d’otages, détenus en différents endroits, établiepar la Feldkommandantur 723 de Caen.

Le 20 janvier 1942, il figure (n° 9) sur une liste de onze otages communistes du Calvados internés à Compiègne pour lesquels la Feldkommandantur de Caen demande à son échelon supérieur une « vérification » avant de les proposer pour l’exécution.

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Cinq futurs “45000” figurent sur cette liste d’hommes pouvant être fusillés ; le tampon « Geheim » signifiant « Secret »).

Entre fin avril et fin juin 1942, Eugène Beaudoin est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Tergnier, Laon, Reims… Châlons-sur-Marne : le train se dirige vers l’Allemagne. Ayant passé la nouvelle frontière, il s’arrête à Metz vers 17 heures, y stationne plusieurs heures, puis repart à la nuit tombée : Francfort-sur-le-Main (Frankfurt am Main), Iéna, Halle, Leipzig, Dresde, Gorlitz, Breslau… puis la Pologne occupée. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Eugène Beaudoin est enregistré à Auschwitz sous le numéro 45207 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, au cours duquel ils déclarent leur profession, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Eugène Beaudoin est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Le 24 octobre, il est inscrit sur un registre de l’ “hôpital” d’Auschwitz, au Block 21 (chirurgie).

Le 11 mai et le 30 juin 1943, il est soumis à une séance de radiographie.

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”) reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier le concernant…).

À la mi-août 1943, Eugène Beaudoin est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) aupremier étage du Block 11 – la prison du camp – pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11. Pour le partage des colis, il fait équipe avec Marcel Cimier, Roger Pourvendier et Maurice Le Gal.

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Auschwitz-I. La cour séparant le Block 10 – où se pratiquaient 
les expérimentations “médicales” sur les femmes détenues – 
et le Block 11, à droite, la prison du camp, avec le 1er étage 
de la “quarantaine”. Au fond, le mur des fusillés. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

À la fin de cette période, Louis Eudier, du Havre, un nommé « Baudoin », Robert Gaillard, de Petit-Quevilly, et un « camarade de Bordeaux » (probablement Gabriel Torralba) sont sévèrement battus par le “bourreau” Jacob et le Blockführer SS, pour avoir essayé d’ « organiser » deux pains lors d’une corvée de ravitaillement. Puis ils sont enfermés ensemble avec un détenu soviétique dans une Stehzelle (cellule à rester debout) au sous-sol du Block (le Bunker). Ils y restent plus de 24 heures et pensent y mourir. Mais, le 23 novembre 1943, le nouveau chef de camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, décide d’inspecter le Block 11. Comme le Blockführer SS ne les a pas inscrit sur le registre du Bunker (une faute !), il envoie un soldat les faire sortir et rejoindre leurs camarades au premier étage.

Le 12 décembre, après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, les politiques français du Block 11 sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.

Le 21 mars 1944, Eugène Beaudoin est soumis à une nouvelle séance de radiographie.

Le 3 août 1944, il est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert.

Le 7 septembre 1944 , Eugène Beaudoin est dans le petit groupe de trente “45000” transférés – dans un wagon de voyageurs ! – au KL [1] Gross-Rosen, dans la région de Wroclaw (matricule 40972).

Le 10 février 1945, il est parmi les dix-huit “45000” transférés à Hersbrück, Kommando du KLFlossenburg (n° 84341).

Le 8 avril, avec les mêmes camarades, il est intégré dans une colonne de détenus évacués à marche forcée vers le KL Dachau, où les survivants arrivent le 24 avril (n° 160247).

Le 29 avril 1945, Dachau est libéré par l’armée américaine et Eugène Beaudoin rentre en France via Strasbourg, le 16 mai.

Il décède le 25 février 1963 ; il a 55 ans.

Sources :

- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’associationMémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, pages 70, 81, notice par Claudine Cardon-Hamet page 127. 
- Cl. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 259 à 262, 350, 362 et 394. 
- Mémorial de la Shoah, Paris, site internet, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) : courriers de la Feldkommandantur 723 de Caen, XL III-85 et XL III-79 (n°9). 
- Louis Eudier (45523), Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945, imprimerie Duboc, Le Havre, sans date (2-1973 ou 1977 ?), pages 99 à 102. 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach), relevé dans les archives (01-2009).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 29-08-2010)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.