Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Ernest, René, Pignet naît le 16 décembre 1897 à Bezenet (Allier), fils de François Pignet, ouvrier mineur, et Léonie Rignal, cabaretière, son épouse.

Le 2 octobre 1920, à Carvin (Pas-de-Calais – 62) -, Ernest Pignet épouse Flora Mercier. Il est alors ajusteur électricien. Ils ont une fille, Marie-Louise, décédée quelques mois après sa naissance, et un fils, René, François, né le 18 mai 1922 à Carvin.

Plus tard, la famille s’installe au 1, rue Lamarck à Albert (Somme), au-dessus du salon de coiffure où Ernest exerce son nouveau métier. Plus tard, son fils René commence à y travailler.

En juin 1940, Marcel Tomeno, son neveu, (fils de Marie Tomeno, née Mercier, sœur de sa femme, Flora, née Mercier), lieutenant, est fait prisonnier et envoyé au Kriegsgeft.-Offizierlager II-B en Allemagne (“Offlag II-D II-B”).

Le 20 mai 1942, à la suite d’une dénonciation, Ernest Pignet est arrêté dans son salon de coiffure par desFeldgendarmes d’Albert, en même temps que son fils ; leur maison est perquisitionnée. Après la guerre, trois motifs différents – mais non contradictoires – ont été avancés pour expliquer cette arrestation.

Le premier serait une expression trop publique de leurs sentiments anti-allemand. En 1943, le maire d’Albert déclare : « très bavard ; la population n’a pas été très surprise de son arrestation ». Cet argument est repris par le préfet de la Somme en juillet 1952.

D’après la mémoire familiale, la dénonciation pourrait résulter d’un conflit sur un “coup de pêche” après qu’ils aient jeté une grenade dans un étang.

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Albert, le grand étang près du vélodrome.
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Ernest et René Pignet seraient alors arrêtés par l’armée d’occupation parce que suspectés de détention d’armes. Cette deuxième explication est partiellement reprise par le préfet en 1952 : « Monsieur René Pignet aurait détenu chez lui des grenades » et s’en serait débarrassé avant la perquisition du 20 mai 1942.

Enfin, après-guerre (1949-1950), quatre témoignages au moins indiquent qu’ils auraient aidé des prisonniers de guerre à s’évader, notamment du camp d’Amiens (Frontstalag 204), en les hébergeant, puis en les adressant à une cousine habitant Moulins, sur la ligne de démarcation, dans la perspective de leur passage en zone libre (l’année 1941 est citée). Selon Marcel Tomeno, Jean Fletcher, était impliqué dans la même affaire.

Les trois hommes restent enfermés à la prison de l’Hôtel de Ville d’Albert jusqu’au 22 mai à 9 heures, date à laquelle ils sont conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Ils sont dans la même chambrée, avec également Georges Hanse, de Beauvais (45653 – rescapé). Ernest Pignet est enregistré sous le matricule n° 5819 et René sous le n° 5820.

Entre fin avril et fin juin 1942, Ernest Pignet est sélectionné avec son fils parmi plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Depuis le train, René Pignet jette un message transmis à sa mère.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Ernest Pignet est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45988, selon les listes reconstituées (…un chiffre avant son fils). Sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – il est, avec son fils, dans la moitié du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » (contexte plus meurtrier).

Selon Marius Sanzi (rescapé), Ernest Pignet est chef du chantier où celui-ci travaille.

Ernest Pignet meurt à Birkenau. L’acte de décès établi pour l’état-civil indique la date du 15 décembre 1942. Toutefois, celle-ci n’est confirmée par aucun survivant (André Faudry, Henri Peiffer, Georges Hanse, Marius Zanzi). Leurs témoignages – non convergents – situent sa mort entre fin août 1942 et le début 1943. Selon André Faudry, étant malade du typhus, Ernest Pignet est enfermé au Block 7, une prétendue infirmerie où personne n’est soigné et où sont rassemblés ceux qui seront gazés ; selon Marius Sanzi, il a effectivement été gazé.

Seul fait certain : sa mort survient avant mars 1943, puisqu’il ne fait pas partie des 17 survivants de Birkenau qui réintègrent le camp principal à cette date.

Flora Pignet a reçu les deux cartes formulaires envoyées le 16 juillet 1942 par l’administration allemande du camp de Compiègne-Royallieu. Le 6 avril 1943, sur les conseils de son neveu Marcel, prisonnier de guerre, elle en appelle au Maréchal Pétain : « Je n’ai pas compris leur arrestation, mon mari et mon fils n’ayant jamais fait de politique. » Le 1er mai suivant, le secrétariat du Maréchal répond : « les Autorités supérieures allemandes se réservent le droit d’accorder aux prisonniers toute autorisation de correspondre avec leur famille. »

Ernest Pignet est déclaré “Mort pour la France” (10-6-1946).

Malgré la demande d’attribution du titre de “déporté résistant”, remplie le 12 octobre 1951 par Marcel Tomeno au nom de Madame Flora Pignet, en s’appuyant notamment sur un certificat d’appartenance à la Résistance intérieure française (RIF) comme “résistant isolé”, Ernest Pignet est seulement homologué comme “Déporté politique” (carte n° 110109768).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (14-12-1997).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 379 et 417.
- Notice biographique envoyée par Cl. Cardon-Hamet à Françoise Tomeno (30-01-2006), citant : M. Aubert, adjoint au Maire Délégué, mairie d’Albert (80) – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national) – Acte de décès. M. Lallou, ADIRP d’Amiens (lettre du 26 mars 1991).
- Courriels de Françoise Tomeno, sa petite-nièce (01-2006, 05-2008), documents numérisés, notes aux Archives des conflits contemporains, Caen.
- André Faudry, lettre du 12 juin 1945.
- Henri Peiffer, lettre du 3 juillet 1945.
- Georges Hanse, lettre du 4 mars 1946.
- Marius Zanzi, lettre du 12 mars 1946.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 3-05-2008)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.