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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Ernest, Maurice, CLÉMENT naît le 13 février 1902 à Cerdon (Loiret), chez ses parents, Jean Clément, 24 ans, domestique, et Marie Mercier, 21 ans, couturière, son épouse, domiciliés « au bourg ». Les témoins pour l’inscription du nouveau-né à l’état civil sont deux instituteurs. L’année suivante naîtra son frère Eugène.

Le 27 juillet 1923 à Cerdon, Ernest Clément épouse Simone Massé, née le 21 avril 1902. Ils auront trois enfants : une fille, née vers 1925, malade des poumons à partir de 1938, et deux garçons, Hubert et Guy, né le 27 janvier 1935.

Le 1er janvier 1924, Ernest Clément est embauché au chemin de fer de la ligne Paris-Lyon-Méditerranée.

De 1936 à 1938, Eugène à vérifier… Clément serait lui-même absent de son foyer, en traitement pour maladie.

Au moment de son arrestation, Ernest est domicilié au 18, rue Villebois-Mareuil à Villeneuve-Saint-Georges [1] (Seine-et-Oise / Val-de-Marne).

Il est alors chef de train SNCF à la gare de Lyon, à Paris (12e), région Sud-Est.

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Paris. La gare de Lyon dans les années 1950.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Comme son frère Eugène, Ernest est membre du syndicat des cheminots et militant du Parti communiste.

Carte syndicale CGT, Fédération des chemins de fer.  Collection Mémoire Vive.

Carte syndicale CGT, Fédération des chemins de fer.
Collection Mémoire Vive.

Au début de la guerre, il est maintenu sur son lieu de travail comme “affecté spécial”.

Le 26 décembre 1939 à 23h50, il est interpellé sur la voie publique à Villeneuve-Saint-Georges par des policiers du commissariat de secteur. Fouillé, il est trouvé porteur de plusieurs documents liés au Parti communiste (brochure, journaux, carte d’adhérent), ainsi que d’une liste de souscription et de deux lettres reçues d’un camarade de travail mobilisé. Interrogé, il répond qu’il gardait cette liste de souscription – destinée au même camarade – comme pièce comptable. À partir de ces éléments, le commissaire conclut qu’Ernest Clément maintient « par correspondance la liaison entre les éléments communistes mobilisés et les militants de ce parti de la zone de l’intérieur ».

Les deux frères sont inculpés pour « reconstitution du Parti communiste dissous », « propagande », et écroués à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e, à la disposition de la Justice militaire. Le 27 décembre, la direction de la SNCF leur fait savoir qu’ils sont suspendus sans traitement (cartes de circulation du chemin de fer retirées le 5 janvier 1940). Puis, le 18 janvier, ils reçoivent une note les prévenant que leur suspension est changée en « absence illégale ».

Ernest Clément est détenu pendant soixante-quinze jours.

Le 23 février 1940, Ernest Clément reçoit la visite de son avocat, Maitre Letrange, qui lui annonce que le juge d’instruction a prononcé un non-lieu : il est libéré. Mais, dès le 14 mars, le commissaire de Villeneuve-Saint-Georges rédige un rapport indiquant : « Il y a lieu, à mon avis, de prendre contre lui une mesure d’internement dans un centre de séjour surveillé. »

Ernest Clément est alors mobilisé et rejoint comme simple soldat le G.I. n°2 du dépôt d’Infanterie n° 51, 41e compagnie. Au cours de la retraite de juin 1940, il se distingue particulièrement le 17 juin à Saint-Pryvé-Saint-Hermine, à la barricade du pont Saint-Nicolas sur le Loiret. Le 18 juin au petit jour, le bataillon reçoit l’ordre de se replier par étapes, atteignant Seyches (Lot-et-Garonne) le jour de la signature de l’armistice. Son unité fait l’objet d’une proposition de citation à l’ordre de l’armée au motif : « a, par sa résistance sur la Loire les 16 et 17 juin 1940, permit à l’Armée de Paris de se replier par les fronts de Beaugency et de Huides ». Ernest Clément est démobilisé à Seyches le 19 juillet.

Selon son épouse, il est de retour chez lui le 23 juillet et reprend aussitôt son travail à la SNCF.

Le 5 octobre, le commissaire de police de Villeneuve-Saint-Georges rempli un formulaire de « notice individuelle à établir au moment de l’arrestation » au nom d’Ernest Clément. Au « résumé des motifs de l’arrestation », il indique « A pris une part active à la manifestation communiste qui a eu lieu le 25 juillet dernier à Villeneuve-Saint-Georges. Distributeur de tracts. Se livre actuellement à une propagande révolutionnaire active parmi les cheminots. », concluant : » Dangereux pour la sécurité publique ».

Le 12 octobre 1940, le préfet de Seine-et-Oise signe un arrêté ordonnant l’internement administratif d’Ernest Clément. Le 15 octobre, celui-ci est appréhendé par la police française et conduit au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes avant-guerre. Son frère l’y rejoint.

Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930. Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930.
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Conçus à l’origine pour 150 malades, les locaux sont rapidement surpeuplés : en décembre 1940, on compte 524 présents, 600 en janvier 1941, et jusqu’à 667 au début de juin.

Le 10 novembre, Ernest Clément écrit à son épouse : « Il est arrivé plus de soixante copains dont un Villeneuvois, Henri Jevaudan, employé communal. Nous sommes plus de cinq cents ». Il s’inquiète et s’informe si ses enfants ont été vaccinés contre la diphtérie. « Ce soir je vais coucher avec vous trois à côté de moi. Marcel [son frère] m’a fait un cadre dans lequel j’ai mis une photo de vous ».

Le 27 juin 1941, les frères Clément font partie d’un groupe de 88 internés communistes de Seine-et-Oise – dont 32 futurs “45000” – remis aux “autorités d’occupation” et conduits à l’Hôtel Matignon, à Paris, – alors siège de la Geheime Feldpolizei – où ils sont rejoints par d’autres détenus, arrêtés le même jour et les jours suivants dans le département de la Seine [2]. Tous sont ensuite menés au Fort de Romainville (sur la commune des Lilas, Seine / Seine-Saint-Denis – 93), élément du Frontstalag 122. Considérés comme étant en transit, ils ne sont pas enregistrés sur les registres du camp [3].

Trois jours plus tard, les hommes rassemblés sont conduits à la gare du Bourget (93) et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par laWehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Pendant la traversée de la ville, effectuée à pied entre la gare et le camp, la population les regarde passer « sans dire un mot, sans un geste. Tout à coup nous entonnons La Marseillaise et crions «  Des Français vendus par Pétain » [4]. Ils sont parmi les premiers détenus qui inaugurent ce camp créé pour les « ennemis actifs du Reich ».

Dix mois plus tard, le 5 mai 1942, le préfet de Seine-et-Oise transmet au Conseiller supérieur d’administration de guerre [sic] de la Feldkommandantur de Saint-Cloud une liste d’anciens internés d’Aincourt à la libération desquels il donne un avis défavorable – « renseignements et avis formulés tant par [ses] services de police que par le directeur du centre de séjour surveillé » ; liste accompagnée de « notes » individuelles avec copie traduite en allemand, dont celle concernant Ernest et Eugène Clément.

Entre fin avril et fin juin, les deux frères sont sélectionnés avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Ernest Clément est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45373 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [5]).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont assignés aux Blocks 19 et 20.

Portail du secteur B-Ib du sous-camp de Birkenau par lequel sont passés tous les “45000”. © Mémoire Vive.

Portail du secteur B-Ib du sous-camp de Birkenau par lequel sont passés tous les “45000”. © Mémoire Vive.

Le 10 juillet, après l’appel général et un interrogatoire individualisé, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Ernest Clément est, avec son frère, dans la moitié du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Son frère Eugène y meurt le premier, le 15 août 1942.

Ernest Clément meurt à Birkenau le 19 février 1943, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Dans une lettre adressée à la veuve de Paul Faurie,  Eugène Garnier raconte les conditions dans lesquelles il a disparu : « Paul Faurie, Roger Bonnifet et l’un des frères Clément (Ernest) ont été tous les trois pris dans une sélection et destinés à passer à la chambre à gaz [6]. (…) Ils ont été emmenés en camion et tous trois chantaient de toutes leurs forces La Marseillaise. Cet événement a fait beaucoup de bruit dans le camp de Birkenau où il eut lieu, aussi bien que dans le camp (principal) d’Auschwitz où les SS eux-mêmes furent ébranlés par l’héroïsme de nos camarades. D’ailleurs, quand nous avons été libérés par l’Armée rouge, nous avons fait (André Faudry, de Saint-Maur, et moi) un rapport à la Commission d’enquête soviétique dans lequel nous avons cité cet événement. »

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Chargement des morts et mourants pour les Krematoriums
de Birkenau. Dessin de François Reisz, extrait deTémoignages
sur Auschwitz
 édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz
au 4e trimestre 1946.

Après la guerre, le conseil municipal de Villeneuve-Saint-Georges à donné le nom des frères Clément à une petite rue située près de la gare de triage.

Le nom d’Ernest Clément est inscrit au cimetière communal, rue Clément-Ader, et sur la plaque SNCF de la gare de Lyon, à Paris 12e, dédiée à la mémoire de ses agents tués par faits de guerre (avant-dernière ligne de la colonne de gauche).

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Gare de Lyon, Paris 12e. Plaque murale apposée dans le hall,
sortie de gauche. © Photo Mémoire Vive.

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Sources :

- Jean-Marie Castel et Raymond Juret, Les Villeneuvois et les Villeneuvoises sous l’occupation, 1940-1944, Desbouis Grésil – imprimeur, Montgeron (91), décembre 1990, pages 152 à 154.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 389 et 399.
- Sachso, Amicale d’Orianenburg-Sachsenhausen, Au cœur du système concentrationnaire nazi, Collection Terre Humaine, Minuit/Plon, réédition Pocket, mai 2005, page 36 (sur le transfert depuis Aincourt des 88 de Seine-et-Oise, fin juin 1941).
- Gérard Bouaziz, La France torturée, collection L’enfer nazi, édité par la FNDIRP, avril 1979, page 262 (sur les arrestations du 27 juin 1941).
- Archives départementales du Loiret (AD 45), site internet du conseil général, archives en ligne ; registres des naissances de Cerdon 1897-1906 (cote 7 E 63/1), année 1902, acte n° 2 (vue 79/150).
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1W76, 1W80 (relations avec les autorités allemandes), 1W101 (notice individuelle), 1W277.
- Liste des 88 internés d’Aincourt (domiciliés dans l’ancien département de Seine-et-Oise) remis les 27 juin 1941 à la disposition des autorités d’occupation, et liste Internés de Seine-et-Oise à la suite d’une mesure prise par le préfet de ce département, ayant quitté le centre d’Aincourt, copies de documents des AD 78 communiquées par Fernand Devaux (03 et 11-2007).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 180 (8830/1943).
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94), carton “Association nationale de des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes.
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 10-11-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP ( Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Villeneuve-Saint-Georges : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine-et-Oise (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Les 88 internés de Seine-et-Oise. Le 26 juin 1941, la Feldkommandantur 758 de Saint-Cloud transmet au préfet du département de Seine-et-Oise – « police d’État » -, cinq listes pour que celui-ci fasse procéder le lendemain à l’arrestation de ressortissants soviétiques ou de nationalité russe ancienne ou actuelle, dont 90 juifs, et de républicains espagnols en exil, soit 154 personnes. La sixième catégorie de personnes à arrêter doit être constituée de «  Différents communistes actifs que vous désignerez  » (aucune liste n’étant fournie). Tous doivent être remis à la Geheime Feldpolizei, à l’Hôtel Matignon, à Paris.

Si aucun autre document n’atteste du contraire, c’est donc bien la préfecture de Seine-et-Oise qui établit, de sa propre autorité, une liste de 88 militants communistes du département à extraire du camp d’Aincourt.

Le 27 juin, le commandant du camp écrit au préfet de Seine-Et-Oise pour lui « rendre compte que 70 internés[du département] ont été dirigés aujourd’hui dans la matinée sur le commissariat central de Versailles et que 18 autres internés ont été dirigés dans le courant de l’après-midi à l’Hôtel Matignon à la disposition des Autorités allemandes d’occupation. Le départ de ces internés s’est déroulé sans incident. » Les listes connues à ce jour ne distinguent pas les deux groupes et réunissent les 88 internés.

Le 29 juin, l’inspecteur de police nationale commandant l’escorte conduisant le contingent de 70 détenus à Versailles, rend compte que le commissaire divisionnaire lui a ordonné de poursuivre son convoyage « jusqu’à l’Hôtel Matignon, à Paris, siège de la Geheime Feldpolizei. En passant à Billancourt, quelques internés du premier car ont montré le poing et des ouvriers qui allaient prendre leur travail ont répondu par le même geste. J’ai immédiatement donné des ordres aux gardiens pour que les internés rentrent leurs bras.

À mon arrivée à Paris, je me suis trouvé en présence d’une quinzaine de cars remplis de prisonniers ayant la même destination que les internés d’Aincourt et j’ai dû prendre la suite.

Le formalités d’immatriculation étant assez longues, j’ai dû attendre mon tour ; l’opération a commencé à 18 heures et s’est terminée à 19h15 ; je n’ai pu faire la remise que de 38 internés sur 88 venus d’Aincourt. En raison de l’heure, le chef de bureau de la Feldpolizei m’a fait savoir qu’il recommencerait l’immatriculation le lendemain matin à 8h15, d’avoir à revenir à cette heure-là. J’ai rassemblé les 50 internés restant dans les deux cars et ai libéré les camionnettes et les gardiens disponibles.

Je me suis aussitôt mis en rapport avec la préfecture de Seine-et-Oise afin de savoir où je devais conduire, pour passer la nuit, les 50 internés. Une heure après, je recevais l’ordre de les conduire au Dépôt, 4 quai de l’Horloge, et de continuer ma mission le lendemain matin. Cette formalité étant remplie, j’ai renvoyé les cars et le personnel à Versailles.

Le 28 juin, à 7 heures, j’ai continué ma mission qui a pris fin à 11 heures. Cette escorte s’est déroulée sans autre incident. »

[3] Arrestations de la fin juin 1941 dans le département de la Seine, témoignage d’Henri Rollin : «  Le 27 juin 1941, vers 6 heures de matin, ma femme et moi nous sommes réveillés par un coup de sonnette. Trois inspecteurs de la police française viennent nous arrêter ; perquisition rapide sans résultat (nous avions la veille au soir distribué les derniers tracts que nous avions). Nous arrivons à l’hôtel Matignon où nous trouvons de nombreux cars et camions, résultat d’une rafle dans toute la région parisienne. Nous sommes remis par la police française aux autorités allemandes. Au moment de ma remise aux Allemands, j’ai aperçu qu’on leur donnait une petite fiche portant mon nom et la mention «  communiste  », soulignée à l’encre rouge. Nous subissons un court interrogatoire d’identité… Attente… Vers la fin de l’après-midi, départ en car. Arrivée au fort Romainville, fouille, identité. Départ de Romainville le 1er juillet, au matin, par train spécial et bondé au Bourget, arrivée l’après-midi à Compiègne. Le lendemain, même cérémonie, refouille et identité, ensuite la vie de camp… »

[4] De l’Hôtel Matignon au Frontstalag 122 : témoignage de Marcel Stiquel (déporté au KLSachsenhausen le 24 janvier 1943). Son récit fait état de 87 internés (la liste en comporte 88) et d’un départ d’Aincourt étalé sur deux jours : les 27 et 28 juin 1941 (voir note ci-dessus).

[5] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin “Après Auschwitz”, n°21 de mai-juin 1948).

[6] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-Isélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.