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Photographié au retour des camps…

Emmanuel, Paul, MICHEL naît le 27 mai 1901 à Saint-Pierre-Église (Manche), fils de Désiré Michel, journalier, et de Maria Vals (ou Valo), son épouse.

Le 23 août 1924, il entre dans une compagnie de chemin de fer qui fusionnera au sein de la SNCF.

Le 17 janvier 1927 à La Ferté-Macé (Orne), Emmanuel Michel se marie avec Louise Jacq. Ils auront deux enfants.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 5, rue des Écores à Trouville-sur-Mer (Calvados – 14).

Emmanuel Michel est homme d’équipe à la gare de Trouville-Deauville (14), arrondissement de l’Exploitation de Caen.

Lors élections cantonales d’octobre 1937, le Parti communiste le présente comme candidat au Conseil d’arrondissement dans la circonscription de Trouville.

En mars 1941, Emmanuel Michel commence à participer à l’activité communiste clandestine, notamment par le transport et la distribution de tracts (selon ses propres déclarations ultérieures).

Le 1er juillet 1941 au soir, Emmanuel Michel est arrêté à son domicile par le commissaire de police de Trouville qui le conduit à la prison de Pont-l’Évêque où il est interrogé sur ses “activités communistes”. Le 21 juillet 1941, il comparait devant un tribunal français qui décide de sa mise en liberté surveillée : il doit se présenter régulièrement au commissariat de Trouville pour y signer un registre.

Le 1er mai 1942, vers 23 h, à la suite de l’attentat ferroviaire de Moult-Argences (Airan) [1], il est de nouveau arrêté, par le même policier, et son domicile est perquisitionné (des tracts et des documentsclandestins y sont trouvés). Il est ensuite conduit au commissariat de Trouville. Là, il subit un premier interrogatoire devant un Feldgendarme, puis est descendu en cellule ; situation qui se répète à plusieurs reprises.

Le dimanche 3 mai, l’ordre est donné de le transférer à la prison de Pont-l’Évêque. Quatre cents personnes manifestant devant le commissariat, les policiers l’emmènent « dans une auto rapide » pour éviter cette foule (dans sa brochure-témoignage, E. Michel n’indique pas si Maurice Guerrier, de Trouville, est avec lui).

De Pont-l’Évêque, le soir-même, il est conduit à Caen en camion avec 25 à 30 hommes remis aux autorités d’occupation comme otages.

Emmanuel Michel ne précise pas le lieu où passe la nuit, « dans une grande pièce » où ils sont « rassemblés à cinquante-deux », mais on peut penser que c’est au “petit lycée”.

Le lendemain après-midi, 4 mai, Emmanuel Michel fait partie du groupe de détenus emmenés à la gare de Caen et embarqués dans deux wagons de marchandise.

Selon Emmanuel Michel, des complicités parmi les cheminots (dont le chef de train Roussel) font arrêter brièvement le train en gare de Mézidon où sept détenus peuvent faire leurs adieux à leurs familles qui avaient été alertées, puis en gare de Lisieux, où Alphonse Marie peut dire au revoir à ses proches.

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Intérieur de la gare de Mézidon. Carte postale sans date.
Collection Mémoire Vive.

Le lendemain matin, ils arrivent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Le 25 juin, après une visite médicale, Emmanuel Michel est déclaré bon pour aller « travailler en Allemagne » ; sélectionné avec plus d’un millier d’otages communistes et une cinquantaine d’otages juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler). Le 5 juillet, on lui fait renvoyer ses vêtements chez lui, ce qui désespère les siens (ils peuvent imaginer une exécution…).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Emmanuel Michel est dans le quatrième groupe de détenus à embarquer dans les wagons (Marcel Cimier parle de « deux moitiés »). Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Comme ses compagnons, E. Michel écrit quelques messages pour sa famille, lancés « aux gardes-barrière et brigades de voie ».

Tergnier, Laon, Reims… Châlons-sur-Marne : le train se dirige vers l’Allemagne. Ayant passé la nouvelle frontière, il s’arrête à Metz vers 17 heures, y stationne plusieurs heures. Dans la gare, Emmanuel Michel est témoin que la garde de celui-ci passe de la Feldgendarmerie aux SS. Le train repart à la nuit tombée : Francfort-sur-le-Main (Frankfurt am Main), Iéna, Halle, Leipzig, Dresde, Gorlitz, Breslau… puis la Pologne occupée. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Emmanuel Michel est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45878 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, au cours duquel ils déclarent leur profession, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Emmanuel Michel est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Pendant un temps, il est assigné au Block 4, avec Jean Mahon, Gustave Martin, Charles Mary et Raymond Monnot.

Au cours du premier mois, il travaille dans le Kommando de terrassement de la “Hutta”, surnommé selon lui « le kommando de la mort », ce qui l’amène souvent à traverser la petite ville d’Auschwitz (Oswiecim). Il travaille alors à côté de femmes détenues à Birkenau, dont il estime le sort pire que celui des hommes. Il est ensuite affecté au Strassen Bau Chaleix, un Kommando spécialisé dans les travaux de route. Le 30 août, après que Maurice Guerrier (45634), de Trouville, ait été désigné lors d’une sélection, il échange des adieux avec celui-ci avant qu’il ne parte en camion pour la chambre à gaz.

Blessé à la jambe gauche depuis le 28 juillet, Emmanuel Michel demande à son Kapo l’autorisation d’entrer à l’infirmerie (Block 10) où il est admis le 12 septembre. Le 17 septembre, il entre au KrakenbaüBlockchirurgical (21). Le 19, il est conduit dans la salle d’opération, où le chirurgien, estimant qu’il n’a plus que quelques jours à vivre, décide que son amputation est inutile. Le 2 octobre, Emmanuel Michel est sélectionné pour la chambre à gaz. Ayant sombré dans l’inconscience à cause d’une forte fièvre, il est sauvé par l’intervention d’un compagnon de châlit et d’un médecin polonais qui inscrit son matricule au crayon sur la poitrine d’un mort (envoyé au crématoire à sa place).

Début décembre, à peu près remis, Emmanuel Michel est de nouveau affecté dans différents Kommandosde terrassement. L’un de ceux-ci consiste à niveler un terrain devant recevoir des voies de chemins de fer, à proximité de Birkenau (probablement vers la première “rampe des Juifs”)… Il commence ainsi à en apprendre davantage sur le processus industriel de mise à mort. C’est probablement dans ces périodes de travail près de Birkenau qu’il assiste à des arrivées de convois et à la sélections de familles juives vouées à l’extermination.

Victime du typhus, Emmanuel Michel doit retourner à l’hôpital, « Block 21, salle 2, stube 4 ». En avril 1943, sélectionné pour la chambre à gaz, il s’enfuit et se dissimule toute une journée à l’intérieur du camp. Battu quand il revient à l’hôpital (25 coups sur les reins), il en est chassé et affecté au Block 6A où, étant le seul Français, les Kapos le brutalisent régulièrement. Puis il est dirigé vers le Block 25 et affecté aux cuisines, à l’épluchage de pommes de terre.

Le 4 juillet 1943, comme les autres “politiques” français (essentiellement des “45000” rescapés), il reçoit l’autorisation d’écrire (en allemand et sous la censure) à sa famille et d’annoncer qu’il peut recevoir des colis.

Un soir de juillet, Emmanuel Michel assiste à une pendaison collective qui a lieu, au son de l’orchestre du camp, devant tous les détenus rassemblés sur la place d’appel devant les cuisines. Il s’agit probablement de l’exécution, le 19 juillet 1943, de douze détenus polonais suspectés par la police politique du camp de complicité avec trois de leurs compatriotes évadés en mai du Kommando Arpentage. Les corps sont laissés longtemps sur place pour servir d’exemple.

À la mi-août 1943, Emmanuel Michel est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11, la prison du camp, pour une “quarantaine”.

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Auschwitz-I. Le premier étage du Block 11, avec ses fenêtres
partiellement obstruées. Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant lesBlocks 10 et 11.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blockset Kommandos d’origine. Emmanuel Michel est assigné au Block 6A, puis au Block 25, parmi les détenus affectés aux cuisines. Il semble qu’il y reste jusqu’à l’été suivant.

Le 3 août 1944, Emmanuel Michel est parmi les trois-quarts des “45000” restant à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine”, au Block 10, en préalable à un transfert.

Le 29 août 1944, il est parmi les trente “45000” [2] intégrés dans un convoi disciplinaire de 807 détenus (incluant de nombreux “Prominenten” polonais) transférés au KL Sachsenhausen, dans la ville d’Oranienbourg, au Nord-Ouest de Berlin. Selon E. Michel, conduits, afin d’embarquer, vers le secteur de la gare de marchandises d’Auschwitz d’où part la bifurcation qui mène à l’intérieur de Birkenau, les détenus éprouvent une grande frayeur en se rapprochant des crématoires. En même temps, ils assistent à l’arrivée d’un nouveau convoi de Juifs hongrois. C’est à ce moment que sont donnés à E. Michel les ultimes renseignements sur le processus d’extermination : existence précaire du Sonderkommando, fosses d’incinération suppléant à l’insuffisance des crématoires.

À leur arrivée à Sachsenhausen, et jusqu’au 25 septembre, les trente “45000” sont affectés au Block 66.

Emmanuel Michel est évacué le 21 avril 1945. Du 25 au 30 avril, il est détenu (?) à Wisttock. Le 1er mai, sa colonne de détenus est libérée à la jonction des armées soviétique et américaine.

Rapatrié, il retrouve sa famille en France le 23 mai suivant.

Il est alors domicilié au pavillon n° 8 en gare de Trouville (?).

Dès janvier 1946, il fait publier une plaquette, Auschwitz : antre du crime et du sadisme, d’après le récit d’Emmanuel Michel, parue sous la signature de “P.C.” Auparavant, il s’est fait photographier dans un studio, en “rayé” avec le béret – voir ci-dessus. Tiré à plusieurs exemplaires, ce portrait sera diffusée auprès de ses anciens compagnons et figure au début de sa brochure.

En avril 1952, Emmanuel Michel remplit un formulaire de demande d’attribution du titre de Déporté Résistant. Dans sa séance du 23 septembre 1952, la Commission départementale d’attribution du Calvados émet un avis favorable à sa demande, repris par la Commission nationale, à partir duquel le ministère des Anciens combattants et victimes de guerre lui délivre le 16 février 1953 le titre de Déporté Résistant (carte n° 1003.15304).

Emmanuel Michel décède le 22 février 1992, à Lisieux (14).

Sources :

- Emmanuel Michel, Auschwitz : antre du crime et du sadisme… ; son témoignage est souvent imprécis, rapportant parfois des “rumeurs” du camp.
- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Évrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’associationMémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, notice biographique par Claudine Cardon-Hamet page 128.
- Hommes et femmes à Auschwitz, Hermann Langbein, éditions Fayard, 1998, page 128.
- Claude Doktor, Le Calvados et Dives-sur-Mer sous l’Occupation, 1940-1944, La répression, éditions Charles Corlet, novembre 2000, Condé-sur-Noireau, page 206.
- Mémorial de la Shoah, Paris, Archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLIII-91.
- Site Gallica, Bibliothèque Nationale de France, L’Humanité 14160 du 25 septembre 1937, page 4, “vingtième liste…”.
- Service d’information sur les anciens détenus, Biuro Informacji o Byłych Więźniach, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne ; page du registre du Block 4.
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier d’Emmanuel Michel, cote 21 P 597 898, recherches de Ginette Petiot (message 12-2013).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 31-12-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Le double déraillement d’Airan et les otages du Calvados : Dans la nuit du 15 au 16 avril 1942, le train quotidien Maastricht-Cherbourg transportant des permissionnaires de la Wehrmacht déraille à 17 kilomètres de Caen, à l’est de la gare de Moult-Argence, à la hauteur du village d’Airan, suite au déboulonnement d’un rail par un groupe de résistance. On compte 28 morts et 19 blessés allemands. L’armée d’occupation met en œuvre des mesures de représailles importantes, prévoyant des exécutions massives d’otages et des déportations. Le préfet du Calvados obtient un sursis en attendant les conclusions de l’enquête de police. Mais, faute de résultats, 24 otages choisis comme Juifs et/ou communistes sont fusillés le 30 avril, dont deux à Caen. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un deuxième déraillement a lieu, au même endroit et par le même procédé. Un rapport allemand signale 10 morts et 22 blessés parmi les soldats. Ces deux déraillements sont au nombre des actions les plus meurtrières commises en France contre l’armée d’occupation.

Au soir de l’attentat – à partir de listes de communistes et de juifs (130 noms sur le département) transmises au préfet par le Feldkommandant – commence une vague d’arrestations, opérées par la police et la gendarmerie françaises avec quelques Feldgendarmes. Dans la nuit du 1er au 2 mai et le jour suivant, 84 hommes au moins sont arrêtés dans le Calvados et conduits en différents lieux de détention. Pour le commandement militaire allemand, ceux qui sont maintenu en détention ont le statut d’otage. Tous les hommes désignés n’ayant pu être arrêtés, une autre vague d’arrestations, moins importante, a lieu les 7 et 8 mai. Le préfet ayant cette fois-ci refusé son concours, ces arrestations d’otages sont essentiellement opérées par la Wehrmacht. Au total plus de la moitié des détenus sont, ou ont été, adhérents du Parti communiste. Un quart est désigné comme Juif (la qualité de résistant de certains n’est pas connue ou privilégiée par les autorités). Des auteurs d’actes patriotiques, proches du gaullisme, sont également touchés par la deuxième série d’arrestations. Tous passent par le “petit lycée”, contigu à l’ancien lycée Malherbe (lequel est devenu Hôtel de Ville), où ils sont rapidement interrogés. Le 4 mai, 48 détenus arrêtés dans la première rafle sont transférés en train au camp de police allemande de Compiègne-Royallieu ; puis d’autres, moins nombreux, jusqu’au 9 mai (19 ce jour-là). Les 8 et 9 mai, 28 otages communistes sont fusillés, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine – 93) pour la plupart (trois à Caen). Le 14 mai, onze otages communistes sont encore fusillés à Caen. La plus grande partie des otages du Calvados transférés à Compiègne sera déportée à Auschwitz le 6 juillet 1942 : 57 politiques et 23 Juifs (près de la moitié des otages juifs du convoi).

[2] Les trente d’Auschwitz vers Sachso : (ordre des matricules, noms de G à P) Georges Gourdon(45622), Henri Hannhart (45652), Germain Houard (45667), Louis Jouvin (45697), Jacques Jung(45699), Ben-Ali Lahousine (45715), Marceau Lannoy (45727), Louis Lecoq (45753), Guy Lecrux(45756), Maurice Le Gal (45767), Gabriel Lejard (45772), Charles Lelandais (45774), Pierre Lelogeais(45775), Charles Limousin (45796), Victor Louarn (45805), René Maquenhen (45826), Georges Marin(45834), Jean Henri Marti (45842), Maurice Martin (45845), Henri Mathiaud (45860), Lucien Matté(45863), Emmanuel Michel (45878), Auguste Monjauvis (45887), Louis Mougeot (45907), Daniel Nagliouk (45918), Émile Obel (45933), Maurice Ostorero (45941), Giobbe Pasini (45949), René Petijean(45976) et Germain Pierron (45985).