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Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Émilia Baliteau naît le 30 juillet 1895 à Jaunay-Clan (Vienne), fille de Jean Baliteau et de Joséphine Toreau, née à Tours, son épouse.

Élevée à Jaunay-Clan, elle ne suit d’abord que des études primaires, puis obtient plus tard, après avoir suivi des cours, un diplôme d’infirmière.

À une date restant à préciser, Émilia Baliteau épouse Victor Kérisit, artisan-menuisier.

Au moment de l’arrestation, le couple habite, 135, rue Colbert à Tours (Indre-et-Loire) et a trois garçons : René, vingt-deux ans, Marcel, vingt ans, et Jean, dix-huit ans.

Sous l’occupation, Léa Kérisit s’engage dans une filière d’évasion.

L’arrestation

Le 23 septembre 1942, Léa Kérisit est arrêtée place de la Cathédrale, à Tours, au moment où elle quitte son travail à l’hôpital Saint-Gatien, vêtue de sa tenue d’infirmière.

Elle a été dénoncée par un “mouton” de la Gestapo qui s’est fait passer pour prisonnier de guerre évadé, pressé de gagner la zone non occupée, et qui a fait prendre toute l’organisation, celle où était aussi Germaine Maurice.

Léa Kérisit est écrouée à la prison de Tours.

Le 6 novembre 1942, elle est transférée au fort de Romainville avec dix-sept autres Tourangelles, dont Germaine Maurice et Hélène Fournier. Elle y est enregistrée sous la matricule n° 1173.

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L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122),
surplombée par un mirador.
© Musée de la résistance nationale (MRN),
Champigny-sur-Marne (94).

Le 22 janvier 1943, cent premières femmes otages sont transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »).

Le lendemain, Léa Kérisit fait partie du deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). Dans un courrier adressé au sous-préfet de Compiègne, le commissaire de police de la ville indique : « …dans le courant de l’après-midi, trois camions allemands ont amené au camp de Royallieu une centaine de femmes dont on ignore la provenance. Selon des indications recueillies auprès de personnes habitant aux abords du camp, ces femmes auraient entonné La Marseillaise et L’Internationale ». Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne – sur la commune de Margny – et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

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En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL [1] Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

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Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II)
par lequel sont passés les “31000”
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises
et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Émilia Kérisit y est enregistrée sous le matricule n° 31783. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail dans les Kommandos, mais pas de corvée.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rangs de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie policière allemande : vues de trois-quart avec un couvre-chef (foulard), de face et de profil.

Le 12 février, les “31000” sont assignées au Block 26, entassées à mille détenues avec des Polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes où sont enfermées leurs compagnes prises à la “course” du 10 février (une sélection punitive). Les “31000” commencent à partir dans les Kommandos de travail.

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Les châlits du Block n° 26. La partie inférieure, au ras du sol,
est aussi une “couchette” où doivent s’entasser huit détenues.
Les plus jeunes montent à l’étage supérieur, où il est possible
de s’assoir. Photo Mémoire Vive.

Le 24 février, Léa Kérisit est affectée comme infirmière au Revier du camp de femmes. Elle est au Block des Allemandes, la plupart étant des condamnées de droit commun, qui font la loi dans le camp. Léa Kérisit est le souffre-douleur de ses malades : elle est battue plus d’une fois parce qu’elle refuse leurs avances.

En avril 1943, elle contracte le typhus exanthématique, maladie confirmée par un examen de sang pratiqué le 28 avril. Alors qu’elle se trouve dans cet état de faiblesse, une de ses tortionnaires l’assomme.

Léa Kérisit meurt le 25 mai 1943, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp. La cause mentionnée est « insuffisance cardiaque ».

La famille de Léa apprend sa mort par Hélène Fournier, au retour des rescapées.

La famille

Sous l’occupation, son mari est arrêté trois fois, mais chaque fois relâché.

René Kérisit, le fils aîné, prisonnier de guerre, s’évade de son Stalag en Allemagne.

Marcel, le deuxième, requis par le S.T.O. (service du travail obligatoire) le 15 mars 1943, est ensuite envoyé dans un camp de concentration d’où il sort le 5 juin 1945.

Jean, le plus jeune, requis également, photographe au Pariser Zeitung, ne rejoint pas son poste en Allemagne à la fin d’une permission en France.

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), page 155.
- Bureau d’information sur les prisonniers, Archives du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau (APMAB) : acte de décès, formulaire de l’institut d’hygiène des Waffen-SS.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrit, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué) ; page 562, acte 20849/1943.

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 31-10-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilise l’abréviation “KZ”.