Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Émilia Thoreau naît le 30 juillet 1895 à Jaunay-Clan (Vienne), fille de Joséphine Thoreau, âgée de 19 ans, sans profession, domiciliée chez ses parents cultivateurs au hameau de Chincé. Émilia est légitimée le 31 décembre 1900 par le mariage, à Jaunay-Clan, de sa mère avec Jean Baliteau, alors âgé de 24 ans, cultivateur domicilié à Beaumont, commune limitrophe sur le Clain, d’où il est natif. Lors du recensement de 1901, la petite famille est installée au hameau de Moulin-Chapron/Chincé sur la commune de Jaunay, où le père travaille pour un propriétaire agricole. Deux garçons naîtront à Chincé : Georges, le 30 juillet 1901 et René, le 18 octobre 1904.

Émilia Baliteau fréquente l’école jusqu’au terme de ses études primaires.

Jaunay-Clan, le groupe scolaire (avant 1912). Carte postale, collection Mémoire Vive.

Jaunay-Clan, le groupe scolaire (avant 1912). Carte postale, collection Mémoire Vive.

Un peu plus tard, la famille semble déménager souvent. En octobre 1907, comme réserviste, le père déclare habiter rue de la Lamproie, à Chinon (Indre-et-Loire – 37), puis, en février 1909, à Montbazon (37). En août suivant, il se déclare domicilié à la Vauchère (? un lieu-dit sur le bords de la Vienne ?), à Chinon. En octobre 1911, passé dans l’armée territoriale, il déclare habiter au 6, rue Chanoineau, quartier de La Riche, à Tours. En mai 1912, il demeure place du Commerce (pl. Richelieu), à Amboise (37), et en novembre de la même année, à la villa Beaumont (?, près des casernes ? rue du Plat d’Étain ?), à Saint-Symphorien (37) [1].

Le 7 août 1914, rappelé à l’activité militaire par le décret de mobilisation générale du 1er août, Jean Baliteau, 38 ans, rejoint le 69e régiment territorial d’infanterie. Le 10 septembre 1916, il est cité à l’ordre du 103e régiment d’artillerie lourde : « Excellent soldat, brave et dévoué, a travaillé pendant les préparations d’attaques à organiser des positions avancées, maintes fois prises dans de violents bombardements ». Il reçoit la Croix de guerre. Le 12 février 1917, il passe à la 13e section d’infirmiers. Le 7 janvier 1919, il est envoyé en congé illimité de démobilisation et se retire à la villa Beaumont, à Saint-Symphorien (37) [1]. Il est alors père de quatre enfants.

Entre temps, le 11 octobre 1917, à Tours, alors domestique et âgée de 23 ans, Émilia a épousé Victor Kérisit, né le 20 juillet 1893 à Chinon (Indre-et-Loire), artisan-menuisier, mobilisé comme sapeur au 8e régiment du Génie et affecté au parc télégraphique de la 5e armée. Nommé caporal fin 1918, celui-ci est « envoyé en congé illimité de démobilisation » le 2 septembre 1919, titulaire d’un certificat de bonne conduite, et se retire à Tours, place Foire-le-Roi.Plus tard, après avoir suivi des cours, « Léa » obtient un diplôme d’État d’infirmière.

À partir de 1919 et jusqu’au moment de l’arrestation, elle et son mari habitent au 135, rue Colbert à Tours (Indre-et-Loire). Ils ont trois fils : René, né le 22 mars 1920, Marcel, né le 26 février 1922, et Jean, né le 8 février 1924.

À partir d’une date restant à préciser et jusqu’à son arrestation, Émilia Kérisit est infirmière à l’hospice Saint-Gatien, située 2 place de la Cathédrale à Tours, établissement privé (maison de santé, puis clinique) appartenant à la congrégation des Sœurs augustines.

Maison de santé Saint-Gatien. Carte postale, date d’édition inconnue. Collection Mémoire Vive.

Tours, la maison de santé Saint-Gatien. Carte postale, date d’édition inconnue. Collection Mémoire Vive.

Le 8 mai 1940, au début de l’invasion allemande, son fils aîné, René, ancien enfant de troupe, sous-officier à 19 ans et devant être nommé aspirant, est fait prisonnier en Belgique. Dans cette période, Léa Kérisit est infirmière-major à l’ambulance de Saint-Pierre-des-Corps, où elle soigne des soldats blessés.

Sous l’Occupation, Léa Kérisit organise une petite chaîne de passage de la ligne de démarcation vers la “zone libre” : soldats et prisonniers évadés, fugitifs juifs, etc., qui viennent à elle (dans le cadre des soins qu’elle prodigue à Saint-Gratien ?). Elle les conduit auprès de l’abbé Henri Dupont, lequel, après avoir été mobilisé comme adjudant d’artillerie fin août 1939, prisonnier de guerre au Stalag XI A, et rapatrié le 24 novembre 1941, est alors domicilié chez sa mère à la Chapelle-Blanche-Saint-Martin (Indre-et-Loire), à cinq kilomètres de la ligne de démarcation (au lieu-dit Bellevue ?). L’abbé emmène les fugitifs au cimetière communal où ils sont pris en charge par Germaine Maurice et son père, Émile, dont la ferme est située à Vou, près de Loches (Indre-et-Loire), sur la ligne de démarcation (au lieu-dit Le Jardin ?), puis par Joseph Pouponneau et son épouse, née Verdon, fermiers dans la même commune de Vou, mais de l’autre côté de la ligne, en zone Sud.

En 1942 (date à préciser), Ferdinand Werner, né le 30 avril 1900 à Nancy (54) se prétendant évadé d’un camp de prisonniers de guerre d’Aix-la-Chapelle, se présente à Léa Kérisit ; épuisé, les pieds gonflés par une longue marche. Celle-ci lui fait suivre la filière d’évasion, lui permettant de connaître les différents intervenants ; il reste ainsi chez l’abbé Dupont pendant huit jours. Quelque temps après, Émilia Kérisit a la surprise de croiser cet “évadé” à Tours. Il lui explique : « Je me suis fait démobiliser à Châteauroux. Je suis revenu pour chercher des Juives logées à l’hôtel du Berry et leur faire franchir la ligne [de démarcation]. » Il déclarera plus tard avoir rejoint une équipe de « passeurs à gage » : Cornavin et “Roland” Lisière. Émilia Kérisit le rencontre de nouveau deux ou trois semaines plus tard : « Je pars à Nancy, pour voir si ma femme est toujours debout. » Il est arrêté quelque temps après. Interrogé par la Gestapo, il fournit rapidement tous les renseignements concernant la filière.

Le 10 septembre 1942, l’abbé Dupont, Germaine Maurice et son père, ainsi que Joseph Pouponneau et son fils de quinze ans sont appréhendés par la police allemande (le garçon sera finalement relâché).

Le 23 septembre 1942, Émilia Kérisit est arrêtée place de la Cathédrale, à Tours, au moment où elle quitte son travail, vêtue de sa tenue d’infirmière.

La maison de santé et la cathédrale Saint-Gatien. Carte postale éditée avant 1925. Coll. Mémoire Vive.

La maison de santé et la cathédrale Saint-Gatien.
Carte postale éditée avant 1925. Coll. Mémoire Vive.

Tous sont écroués à la Maison d’arrêt de Tours. Au cours du mois d’octobre, ils sont interrogés dans les locaux du SD (Sicherheitsdient – Gestapo) de la ville.

Le 4 novembre, l’abbé Dupont est transféré – sans doute avec ses compagnons de filière – au camp allemand de Compiègne-Royallieu (Oise), dans le quartier A, dit camp des “communistes”,  où il sera intronisé comme premier aumônier du camp, faisant aménager une chapelle.

Deux jours plus tard, le 6 novembre, Léa Kérisit est transférée au fort de Romainville avec dix-sept autres Tourangelles, dont Germaine Maurice et Hélène Fournier. Elle y est enregistrée sous la matricule n° 1173. Pendant trois mois, elle partage la même chambrée qu’Hélène Fournier. Sa dernière lettre adressée à son mari est datée du 7 janvier 1943.

L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122), surplombée par un mirador. © Musée de la résistance nationale (MRN), Champigny-sur-Marne (94).

L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122),
surplombée par un mirador.
© Musée de la résistance nationale (MRN),
Champigny-sur-Marne (94).

Le 22 janvier 1943, cent premières femmes otages sont transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »).

Le lendemain, Léa Kérisit fait partie du deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). Dans un courrier adressé au sous-préfet de Compiègne, le commissaire de police de la ville indique : « …dans le courant de l’après-midi, trois camions allemands ont amené au camp de Royallieu une centaine de femmes dont on ignore la provenance. Selon des indications recueillies auprès de personnes habitant aux abords du camp, ces femmes auraient entonné La Marseillaise et L’Internationale ». Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne – sur la commune de Margny – et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

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En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL [2] Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) par lequel sont passés les “31000” (accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…). © Gilbert Lazaroo, février 2005.

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) par lequel sont passés les “31000”
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Émilia Kérisit y est enregistrée sous le matricule n° 31783. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail dans les Kommandos, mais pas de corvée.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rang de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie policière allemande : vues de trois-quarts avec un couvre-chef (foulard), de face et de profil.

Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Le 12 février, les “31000” sont assignées au Block 26, entassées à mille détenues avec des Polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes où sont enfermées leurs compagnes prises à la “course” du 10 février (une sélection punitive). Les “31000” commencent à partir dans les Kommandos de travail.

Les châlits du Block n° 26. La partie inférieure, au ras du sol, est aussi une “couchette” où doivent s’entasser huit détenues. Les plus jeunes montent à l’étage supérieur, où il est possible de s’assoir. Photo Mémoire Vive.

Les châlits du Block n° 26. La partie inférieure, au ras du sol,
est aussi une “couchette” où doivent s’entasser huit détenues.
Les plus jeunes montent à l’étage supérieur, où il est possible
de s’assoir. Photo Mémoire Vive.

Le 24 février, Léa Kérisit est affectée comme infirmière au Revier du camp de femmes.  Elle y soigne Marie-Claude Vaillant-Couturier, malade du typhus exanthématique.

Le 27 janvier 1943, réquisitionné dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO), son fils Jean a dû partir à Berlin où il est affecté comme photographe au Parizer Zeïtung, habitant en hôtel au 77 Dresdenstrasse.

Le 15 mars suivant, Marcel, réquisitionné à son tour par le STO, a été affecté dans une fonderie, quelque part dans le Reich.

Le 24 avril, depuis son hôtel de Berlin, Jean a écrit à « Monsieur Pierre Laval » – « …sachant que vous êtes bon » -, pour le supplier de faire libérer sa mère « au nom des services qu’elle a rendus pendant la guerre ».

À Birkenau, Léa Kérisit est logée au Block des Allemandes, la plupart étant des condamnées de droit commun, qui font la loi dans le camp. L’infirmière est le souffre-douleur de ses malades : elle est battue plus d’une fois parce qu’elle refuse leurs avances.

En avril 1943, elle contracte à son tour le typhus exanthématique, maladie confirmée par un examen de sang pratiqué le 28 avril. Alors qu’elle se trouve dans cet état de faiblesse, une de ses tortionnaires l’assomme.

Léa Kérisit meurt le 25 mai 1943, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp. La cause mensongère indiquée est « insuffisance cardiaque ».

Le 22 juin, le préfet d’Indre-et-Loire répond à une lettre reçue le 7 courant des services de Brinon, ambassadeur de France, secrétaire d’État auprès du chef du gouvernement, délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, place Beauvau à Paris, pour lui demander des renseignements sur l’arrestation de Mme Kérisit (suite de la réponse à vérifier…). Le 1er juillet, suivant, Jean Kérilis reçoit une réponse des services de la délégation générale (contenu inconnu…).

Le 22 janvier 1944, sept mois plus tard, Jean Kérisit écrit directement à de Brinon pour renouveler sa demande. Il indique que lui, son père et ses frères croient savoir que leur mère se trouve dans un camp de Haute-Silésie. Devant prochainement partir en permission, il donne l’adresse de la maison familiale à Tours. Le 16 février, la délégation générale lui répond pourtant à son adresse de Berlin : « À de nombreuses reprises, et dans de nombreux cas analogues, la Délégation Générale s’est efforcée, par ses interventions auprès des Autorités Supérieures allemandes, de connaître le lieu de détention des civils ainsi déportés et de leur faciliter l’échange de correspondance ainsi que l’envoi de colis. Selon des informations très récentes parvenues à la Délégation Générale, les Hautes Autorités de Police allemande auraient fait droit à ces démarches, ce qui laisserait espérer que, dans un avenir très prochain, les prisonniers civils pourront être autorisés à faire parvenir de leurs nouvelles à leurs familles. »

La famille de Léa n’apprend sa mort qu’au retour des rescapées, par Hélène Fournier, seule rescapée parmi les “Tourangelles”.

Sous l’Occupation, Victor Kérisit, son mari, aura été arrêté trois fois, mais chaque fois relâché.

René, son fils aîné, prisonnier de guerre, s’est évadé de son Stalag en Allemagne.

Jean, le plus jeune, n’a pas rejoint on poste à Berlin à la fin d’une permission en France (après janvier 1944).

Marcel, le deuxième, requis du STO, a ensuite été envoyé dans un camp de concentration (lequel ?) d’où il est rapatrié le 5 juin 1945.

Les hommes de la filière d’évasion ont été déportés dans le convoi du 24 janvier 1943 – comme les femmes -, mais dirigés, eux, vers le KL Sachsenhausen. Joseph Pouponneau (matr. 58873) y serait mort dès la mi-février. Émile Maurice (mat. 58055) y succombe le 9 avril suivant. L’abbé Dupont (matr. 58005), qui y a maintenu clandestinement un sacerdoce catholique, a été transféré au KL Bergen-Belsen le 4 février 1945, dans le « petit camp », puis libéré par les troupes anglaises le 15 avril suivant. Le 4 juin, il est rapatrié en France par avion, gravement malade (« atteint du typhus, quatre vertèbres décalcifiées, poumon droit voilé »). Le sort de Ferdinand (“Hermann”) Werner, déporté dans le même transport (matr. 58022), est alors inconnu.

Le 22 août 1945, la cour de Justice d’Orléans condamne celui-ci par contumace à vingt ans de travaux forcés, les procès-verbaux des interrogatoires de l’affaire ayant été retrouvés dans les archives du SD (Gestapo) de Tours. Il apparaît qu’avant 1942, Ferdinand Werner vivait de larcins et de petites escroqueries. En mars de cette année, quand il s‘est présenté à Léa Kérisit, il était de nouveau recherché par la police française après être sorti depuis peu de prison.

Le 6 octobre 1945, à la mairie de Tours, Hélène Fournier signe un certificat attestant que Léa Kérisit est décédée au camp de Birkenau au mois de mai 1942 « suite de mauvais traitements ». Le 25 octobre, la secrétaire de l’Amicale d’Auschwitz – affiliée à la FNDIRP – rue Leroux (Paris 16e), signe un nouveau certificat en s’appuyant également sur le témoignage de Marie-Élisa Nordmann. Le 23 janvier 1946, à la mairie de Neuves-Maisons (Meurthe-et-Moselle), Aimée Doridat signe un certificat identique. En février, le comité départemental d’Indre-et-Loire de la FNDIRP écrit au Ministère des anciens Combattants et victimes de la guerre (AVCG) pour lui demander l’établissement de l’avis officiel de décès de Léa Kérisit. Le 21 février, sur un papier à en-tête de l’Assemblée nationale constituante, Marie-Claude Vaillant-Couturier répond à René Kérisit, témoignant qu’elle a effectivement connu sa mère à Birkenau. Elle joint à son courrier une attestation datant le décès de celle-ci du 25 mai 1945, « des suites d’une maladie contractée au camp ».

Le 11 avril 1946, l’officier de l’état civil au Ministère des ACVG dresse l’acte de décès d’Émilia Kérisit « sur la base des éléments figurant au dossier du de cujus ».

En mars 1949, Ferdinand Werner est arrêté pour vol à Dijon, alors qu’il s’était fait embaucher comme « domestique de culture » en Côte-d’Or. Le mois suivant, il est déféré devant la cour de Justice de Paris (celle d’Orléans ayant été supprimée). En janvier 1951 sont appelés à témoigner lors du procès, Madame Veuve Pouponneau, alors cultivatrice à Sainte-Madeleine, commune de Beaulieu(-lès-Loches ?, 37), dont le fils est mort de maladie après l’arrestation de son père, Victor Kérisit, alors menuisier à Compiègne (Oise), et son fils Jean, alors mécanicien, domicilié dans l’ancienne maison de ses parents à Tours, ainsi que le docteur André Goupille, vétérinaire à la Haye-Descartes (Indre-et-Loire) depuis 1922, résistant-passeur, arrêté en janvier 1944, déporté. L’abbé Dupont, alors soigné à Montmirey-le-Château (Jura) et ne pouvant de déplacer, envoie son témoignage par écrit (il décédera en 1978). Le 6 janvier 1951, la cour de Justice de Paris condamne Ferdinand Werner aux travaux forcés à perpétuité et à la dégradation nationale à vie.

En 1951, Émilia Kérisit reçoit la Légion d’honneur à titre posthume (Journal officiel de la République française du 14 juillet 1951).

Le 2 mai1966, Hélène Fournier signe une troisième attestation certifiant le décès d’Émilia Kérisit.

Trois semaines plus tard, le 24 mai, Marcel Kérisit remplit un formulaire de demande d’attribution du titre de déporté résistant (DR) à titre posthume au nom sa mère. Le 8 mars 1968, la commission départementale donne un avis favorable, approuvée quatre jours plus tard par le directeur interdépartemental. Mais la commission nationale met deux ans à se prononcer favorablement, le 29 mai 1970, à la suite d’une relance du demandeur. Le 1er juillet 1970, le ministère des ACVG attribue le titre DR qui est notifié par courrier à Marcel Kérisit quinze jours plus tard (carte n° 20 09 36666).

Il semble qu’à Tours aucune inscription commémorative ne rappelle l’engagement résistant de Léa Kérisit…

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), page 155.
- Archives départementales de la Vienne (AD 86), site internet du Conseil départemental, archives en ligne ; registres d’état civil de Jaunay-Clan, naissances 1893-1902 (9 E 140/13 – 5 Mi 1191), année 1895, acte n° 17 (vue 30/122) ; mariages 1893-1902 (9 E 140/13 – 5 MI 1191), année 1900, acte n° 18 (vue 83/110) ; naissances 1903-1909 et 1910-1912 (9 E 140/14) ; recensements de population de Jaunay-Clan (8 M 3/134), année 1901 (vue 25/39) ; registres du recrutement militaire, subdivision de Châtellerault, classe 1896, matricules 500-1000, n° 921 (vue 762/909).
- Archives départementales d’Indre-et-Loire (AD 37), site internet du Conseil départemental, archives en ligne pour Henri René Dupont ; registres d’état civil de Verneuil-sur-Indre, naissances 1895-1905, année 1900, acte n° 5 (vue 75/135) ; recensement de population de La Chapelle-Blanche-Saint-Martin, année 1911 (6NUM5/057/015, vue 11/34) ; registres du recrutement militaire, subdivision du Blanc, classe 1920 (1R840/1920), matricule 859 (vues 413-417/551).
- Bureau d’information sur les prisonniers, Archives du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau (APMAB) : acte de décès, formulaire de l’institut d’hygiène des Waffen-SS.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrit, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué) ; page 562, acte 20849/1943.
- Fondation pour la mémoire de la déportation (FMD), Livre-Mémorial et moteur de recherche du site internet pour Dupont Henri, Werner Ferdinand, Maurice Émile, Maurice Germaine et Pouponneau Joseph, partie I, liste n° 74. (I.74.), transport du 24 janvier 1943.
- Site MémorialGenWeb, Vou (Indre-et-Loire), monument aux morts, déportation 1939-1945, relevé initial effectué par Françoise et Jean Grivet (mis en ligne en juin 2002).
- Pôle des archives des victimes des conflits contemporains (PAVCC), ministère de la Défense, Caen ; dossier d’Émilia Kérisit (21 P 468 605), recherches de Ginette Petiot (message 08-2017).

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 10-09-2017)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] Saint-Symphorien : en 1964, cette commune vote son rattachement à Tours dont elle devient alors un quartier.

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilise l’abréviation “KZ”.