JPEG - 77 ko
IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Émile, Pierre, Reinhard naît le 7 janvier 1890 à Reims (Marne – 51), au domicile de ses parents, Jean Reinhard, 31 ans, cordonnier, et Delphine Mayer, son épouse, 24 ans, gantière, demeurant au 69, rue des Trois-Piliers.

Il est mobilisé au cours de la guerre 1914-1918 ; mutilé (gazé ?), il sera pensionné de guerre à 25 %.

Le 20 septembre 1919 à Paris 20e, il se marie avec Georgette Giloppe. Ils auront un enfant.

Pendant un temps, il habite au 60, rue des Grands-Champs à Paris 20e (75). Au moment de son arrestation, il est domicilié au 3, square de la Gascogne, vers la Porte de Montreuil (20e), dans un groupe d’immeubles récents.

Émile Reinhard travaille comme « garçon de bureau » (dans une entreprise commerciale ?).

Militant communiste, il a des responsabilités au 2e “rayon” de la Région parisienne en 1932. Il est aussi « Président fondateur de l’Amicale des Locataires » (de l’ensemble d’immeubles où il habite ? HBM ?).

Sous l’occupation, la police française le considère comme un « communiste notoire, propagandiste acharné ».

Le 26 octobre 1940, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif ; 38 personnes étant visées ce jour-là dans le département de la Seine (dont 12 futurs “45000”). Le jour même, Émile Reinhard est interpellé et conduit au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé au début du mois dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

JPEG - 110.4 ko
Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930. 
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

En février 1941, alors que les autorités françaises envisagent le transfert de 400 détenus d’Aincourt vers « un camp stationné en Afrique du Nord », le docteur du centre dresse trois listes d’internés inaptes. Émile Reinhard figure sur celle des internés « non susceptibles absolus » en raison de son asthme et de son état général.

Le 6 mars 1941, sur le formulaire de « Révision trimestrielle du dossier » de Émile Reinhard, à la rubrique « Avis sur l’éventualité d’une mesure de libération », le commissaire spécial, directeur du camp, ne formule pas son avis, mais constate que cet interné est un « communiste certain » incapable d’activité, « en raison de son état physique précaire (sclérose pulmonaire, bronchite chronique), ne peut se livrer à aucune propagande », ajoutant « en traitement à l’infirmerie depuis son arrivée ».

Le 5 mai 1942, après dix-huit mois d’internement à Aincourt, Émile Reinhard fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” de Voves (Eure-et-Loir – 28). Enregistré sous le matricule n° 466, il ne reste que cinq jours dans ce camp.

Le 10 mai, il fait partie des 81 internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht(Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

JPEG - 96.1 ko
Le quartier “A” de la caserne de Royallieu à Compiègne, 
futur “camp des communistes” du Frontstalag 122 ; 
à droite, sont visibles les bâtiments A4, A5, A6, A7 et A8. 
Carte postale des années 1930. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin, malgré son inaptitude au travail pour cause de maladie, Émile Reinhard est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 145.8 ko
Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Émile Reinhard est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46043, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Émile Reinhard.

Il meurt à Auschwitz le 22 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Une plaque commémorative a été apposée à sa dernière adresse, square de la Gascogne.

Sources :

- Nathalie Viet-Depaule, notice in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, t.40, p. 28, citant : Arch. Préfecture de police 393 – Arch. Secrétariat d’État des Anciens combattants. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 381 et 419. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, fichier central, Caen. 
- Archives départementales de la Marne (AD 51), site internet, archives en ligne, registre des naissances de Reims, année 1890, cote 2 E 534/308, acte n° 43 (vue 13/409). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Occupation allemande” : BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w74 (relevé trimestriel), 1w77, 1w80, 1w149 (notice individuelle). 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 995 (32325/1942). 
- Site Les plaques commémoratives, sources de mémoire (aujourd’hui désactivé – nov. 2013).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 24-02-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.