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Collection Pascal Huyssen. D.R.

Émile, André, Poyen naît le 9 novembre 1891 à Dieppe (Seine-Maritime – 76), au domicile de ses parents, Auguste Poyen, 32 ans, marin-pêcheur, absent, et Victoria Bertrand, son épouse, 31 ans, cigarière, demeurant au 30, rue Descaliers.

En 1911, Émile Poyen est appelé pour effectuer son service militaire comme 2e classe au 3e Régiment du Génie à Rouen. Il est probable qu’il reste (ou qu’il soit rappelé) sous les drapeaux au cours de la guerre 1914-1918 (à vérifier…).

Le 15 février 1919 à Dieppe, il se marie avec Henriette Guillot, née le 31 mars 1898 dans cette commune, alors blanchisseuse. Ils ont deux filles, Andrée, née le 19 mars 1920, et Yvette, née le 1er août 1924.

Pendant un temps, Émile Poyen travaille comme cocher.

Le 26 octobre 1920, il est embauché par la Compagnie des chemins de fer du Nord qui fusionnera avec d’autres au sein de la SNCF début 1938 [1].

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 105, rue Victor-Hugo à Longueau, commune de l’agglomération d’Amiens (Somme – 80).

Il est alors chauffeur de route au dépôt SNCF d’Amiens (n° d’agent 4198).

Sous l’occupation, selon une attestation ultérieure, il a une activité de Résistant isolé.

Le 23 novembre 1941, Henriette, son épouse, met au monde leur troisième enfant, un fils : Jean Marie.

Le 7 mai 1942, Émile Poyen est arrêté par la police allemande à la suite d’un double sabotage effectué dans la nuit du 30 avril au 1er mai, ayant notamment immobilisé la grue de relevage (32 tonnes) du dépôt. Il est écroué à la Maison d’arrêt d’Amiens « à la disposition des autorités allemandes » et fait partie des treize cheminots du dépôt SNCF gardés en représailles.

Dans une notice individuelle réalisée après coup, le commissaire central d’Amiens indique : « Est totalement inconnu à Amiens ; n’a jamais attiré sur lui l’attention des services de police, notamment dupoint de vue politique ».

Le 10 juin, ils sont dix cheminots du dépôt d’Amiens (dont neuf futurs “45000”) [2] à être transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag122 – Polizeihaftlager).

Au cours du mois de juin 1942, Émile Poyen est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Émile Poyen est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46009 selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Émile Poyen se déclare chauffeur (de véhicule automobile) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Concernant Émile Poyen, l’administration française a mentionné « Birkenau » comme lieu de décès sur son acte de naissance.

Il meurt à Auschwitz le 13 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp, qui indique pour cause – très probablement mensongère – de sa mort « entérite stomacale aigüe » (Akuter Magendarmkatarrh).

Le 24 septembre 1943, son épouse, Henriette, et son très jeune fils, Jean, sont tués dans leur maison de Longueau, sous un bombardement allié qui vise les installations ferroviaires proches.

Après son retour de déportation, c’est Henri Peiffer, de Villerupt (Meurthe-et-Moselle), rescapé du convoi, qui atteste du décès d’Émile Poyen.

Le nom de celui-ci est inscrit sur le Monument aux morts de Longueau. Ceux de son épouse et de son fils y sont inscrits comme victimes civiles de la deuxième guerre mondiale

Est-il « Émile Payen », inscrit sur le stèle commémorative – « La SNCF à ses morts – guerre 1939-1945 » – située dans l’enceinte de l’établissement de maintenance et traction de Haute-Picardie, au 39 rue Riolan à Amiens ?

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 27-01-1998).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 369 et 417. 
- Pascal Huyssen, son arrière petit-fils, petit-fils d’Andrée (messages 03-2014). 
- Archives départementales de la Seine-Maritime (AD 76), site internet, archives en ligne, registre des naissances de Dieppe, année 1891, cote 4E 11618, vue 333/406, acte n° 600. 
- Archives départementales de la Somme, Amiens, correspondance de la préfecture sous l’occupation, cote 26w592. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 961. 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, moteur de recherche du site internet. 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; copie de l’acte de décès du camp (30373/1942). 
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108). 
- Site Mémorial GenWeb, 80 – Longueau, relevé de Didier Bourry (05-2003) ; Amiens, relevé de Jacques Foure (02-2008).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 20-05-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] La SNCF : Société nationale des chemins de fer français. À sa création, suite à une convention validée par le décret-loi du 31 août 1937, c’est une société anonyme d’économie mixte, créée pour une durée de 45 ans, dont l’État possède 51 % du capital.

[2] Les neuf cheminots, futurs “45000” : Roger Allou et Clovis Dehorter, de Camon ; Émile Poyen, de Longeau ; Paul Baheu, Fernand Boulanger, Fernand Charlot, Albert Morin, Georges Poiret et François Viaud, d’Amiens (ce dernier étant le seul rescapé des “45000” d’Amiens, Camon et Longueau).

Le dixième cheminot interné à Compiègne est Joseph Bourrel, mécanicien de manœuvre, domicilié au 102 rue Richard-de-Fournival à Amiens. Son sort en détention reste à préciser (il n’est pas déporté, selon le mémorial FMD)…

Un onzième cheminot reste à la prison d’Amiens, Jean Mayer, ouvrier au dépôt, domicilié au 36 rue Capperonnier à Amiens, arrêté la nuit même de l’attentat. Il est probablement condamné par un tribunal militaire allemand. Le 26 avril 1943, il est transféré dans une prison du Reich à Fribourg-en-Brisgau. Il est libéré à Creussen le 11 mai 1945.