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Collection Renée Thouanel. Droits réservés.

Émile Drouillas naît le 28 janvier 1900 à La Jonchère-Saint-Maurice (Haute-Vienne – 87), fils de Martin Drouillas et Marie Drumet, petits cultivateurs exploitant une ferme en location sur des terres difficiles.

Après la naissance de son frère Louis, né le 5 mars 1903 (qui décédera à 17 ans), la famille s’installe dans une autre ferme, appartenant à un meunier, dans le village de Trézin, sur la commune voisine des Billanges. Sa sœur Marguerite naît le 27 décembre 1905. Après le décès de sa mère en juin 1911, son père se remarie avec Françoise Breix. Anna naît le 3 mai 1915.

Émile Drouillas fréquente régulièrement l’école du Maisonnieux, sur la commune des Billanges et obtient son Certificat d’études primaires à douze ans et demi. C’est un lecteur assidu : dès qu’il a un instant libre, il se plonge dans un livre. Pendant les veillées, il fait la lecture à la famille réunie autour de la cheminée. Un voisin ou un parent lui donne à lire des brochures révolutionnaires.

Après son certificat, Émile reste dans la ferme de ses parents pour les aider aux travaux agricoles. En 1915, il est embauché comme journalier par le meunier de Trézin.

En mars 1919, il rejoint son oncle maternel à Reims (Marne – 51), où il apprend le métier de maçon, traditionnel chez les Limousins ; en grande partie détruite par la guerre qui vient de s’achever, la ville a besoin d’être reconstruite.

En raison des intempéries hivernales, l’emploi de maçon est saisonnier, avec des périodes de chômage. Émile Drouillas reste en contact avec ses parents : à l’été 1921 par exemple, il vient les aider à ramasser les foins.

Considéré comme étant de santé fragile (faiblesse générale, maigreur), il est exempté du service militaire.

À partir du 1er mai 1921, Émile Drouillas est membre du Syndicat du bâtiment.

En mars, il adhère aux Jeunesses communistes. Rapidement, il devient secrétaire de section, puis secrétaire de la 5e Entente. Vers 1924, il suit une école de trois semaines des Jeunesses à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis – 93).

Après 1925 (février 1926 ?), il ne milite plus que dans le Parti et est nommé membre du bureau régionalde la région Nord-Est, responsable du travail syndical. Il est délégué au congrès national de Lille en juin 1926.

Le 12 mars 1927, il épouse Louise Redon, de Trézin. Elle vient vivre à Reims.

Émile Drouillas écrit des articles dans L’Exploité – hebdomadaire communiste de la région. En novembre 1926, succédant à René Lenoir, il en devient le gérant. En mai 1927, le tribunal correctionnel de Reims le condamne à huit mois de prison et cinq cents francs d’amende pour « excitation de militaires à la désobéissance », suite à la parution d’un article antimilitariste dont il n’est pas l’auteur. Émile Drouillas interjette appel, ce qui suspend l’exécution du jugement. Resté à Reims, il poursuit ses activités militantes et culturelles (section artistique du Club du Travail), alors que son épouse, malade et angoissée par les épreuves de la vie militante, rejoint sa famille dans le Limousin.

Mais, en octobre de la même année, la Cour d’appel de Paris porte sa peine, par défaut, à un an de prison ou 1000 francs d’amende. N’acceptant ni l’un ni l’autre, Émile Drouillas entre dans la clandestinité. Il est alors hébergé à Cap-Breton (Landes) par un camarade de parti et travaille au Boucau, chez un petit entrepreneur de maçonnerie. Sous le nom d’Émile Guerrier, il participe toujours à l’activité du parti, prenant la parole dans les réunions, notamment lors des élections de 1928.

Début mars 1928, apprenant que la santé de Louise, son épouse, atteinte de tuberculose, s’est beaucoup détériorée, Émile rejoint la commune des Billanges, où il arrive pour l’enterrement. Les gendarmes étant à la porte du cimetière, il passe par les champs, saute par-dessus le mur arrière pour se recueillir sur la tombe de son épouse. À la sortie, il est très entouré par la famille et ses camarades ; les gendarmes lui signifient sa condamnation en appel, mais ne peuvent procéder à son arrestation, car il y fait aussitôt opposition et disparaît de nouveau.

En juin 1928, le PC ordonne à Drouillas de se rendre à Besançon (Doubs – 25) comme secrétaire permanent dans la région Centre-Est (sous le nom de Bertrand). Il est délégué à la conférences nationale de juin 1928. Cette même année, comme il n’est pas présent à l’audience du tribunal où son opposition a été appelée, sa condamnation devient définitive et exécutoire.

En mars 1929, le Parti l’envoie à Rennes (Ille-et-Vilaine – 35) pour y relancer l’activité communiste en Bretagne après la défection de deux dirigeants. Arrivé sous le pseudonyme de Marcel Laporte, il y retrouve René Lenoir, gérant cette fois-ci du mensuel de la CGTU pour l’Ille-et-Vilaine, Le Travailleur Unitaire, dont le premier numéro vient de paraître et pour lequel “Laporte” écrira tout naturellement des articles. Laporte-Drouillas emménage au-dessus du local du Parti communiste, rue Poullain-Duparc.

Le 1er juin 1929, “Marcel Laporte” est désigné comme secrétaire permanent de la Région bretonne.

Il est délégué au congrès national de Saint-Denis (mars-avril 1929) et aux conférences nationales de mars et novembre 1930.

Il participe à la rédaction de l’hebdomadaire régional du PC, La République Ouvrière et Paysanne (qui cesse de paraître fin novembre 1930).

En 1931, il fait la connaissance de Marthe Écolan, femme de ménage à l’Hôtel Parisien, place de la Gare, qui vient d’être licenciée, en lui conseillant d’appeler sa patronne devant le Conseil des Prud’hommes. Ils emménagent bientôt chemin de la Poterie (par la route de Vern), un quartier de lotissements, en hébergeant le père de Marthe.

Blâmé en 1930 par la direction du PC de l’époque (Jacques Doriot, Marcel Gitton) pour avoir manqué de souplesse lors de l’exclusion politique du maire de Douarnenez, Le Flanchec, Laporte-Drouillas reprend son métier de maçon tout en restant secrétaire de la région. Embauché par l’entreprise Pinson, il travaille alors à la réfection de la Poste. Très apprécié de ses employeurs, il est chef d’équipe sur les chantiers.

Émile ne mélange jamais le travail et l’action syndicale ou politique, et milite après sa journée de travail. Marthe, son épouse, joue le rôle de secrétaire et de trésorière.

La création des Comités pacifistes Amsterdam-Pleyel est l’occasion pour ”Marcel Laporte” d’échanges avec les étudiants communistes de Rennes, dont Fernand Jacq et Henri Le Moal.

En 1933, le gouvernement Herriot ayant fait voter une amnistie générale pour toutes les condamnations politiques, Émile Drouillas reprend officiellement son identité, à l’étonnement des policiers du secteur, mais il reste “Marcel Laporte” pour tous ses camarades rennais.

C’est alors qu’il est élu secrétaire permanent de la 17e Union régionale unitaire (syndicat), en remplacement de son ami René Lenoir qui part pour la capitale. Il quitte de nouveau les chantiers et travaille au siège de la CGTU dans le Palais Saint-Georges. En 1934, il devient aussi conseiller Prud’homme.

Le 14 mai 1934, ayant retrouvé son état civil, Émile Drouillas peut épouser Marthe (alors déclarée comme blanchisseuse ?). Ils ont déjà une fille : Jeanne (« Nénette » ?), née fin 1933. Il en auront une autre, née début mars 1939, et prénommée Renée en hommage à un ami et camarade de Lucien : René Bellier (voir ci-dessous).

En février 1936, lorsque la réunification syndicale de la CGT et de la CGTU qu’il a fermement soutenue est réalisée, Émile Drouillas décline l’offre de rester permanent syndical. Reprenant une nouvelle fois son métier de maçon, dans l’entreprise Pinchon, il est secrétaire adjoint du syndicat du Bâtiment de Rennes et secrétaire départemental du syndicat CGT du Bâtiment. Marthe le seconde d’autant plus dans son activité militante. À la même époque, Émile Drouillas est désigné comme président du Comité de Front populaire de Rennes.

En juin 1936, lors du mouvement de grèves avec occupations d’usines, il va dans les ateliers expliquer leurs droits aux travailleurs, notamment aux ouvrières des établissement Strauss et Vimont.

Après l’échec de la grève du 30 novembre 1938, lancée pour défendre les acquis du Front populaire, Émile Drouillas est licencié de chez Trévério, comme les autres grévistes. Apprécié comme chef d’équipe, il est embauché quelques temps après par l’entreprise Dehé.

Secrétaire régional ouest du PC jusqu’en 1939, il est candidat du PC à toutes les élections (sans succès) : depuis celles du conseil d’arrondissement du 7 octobre 1934 dans le canton de Rennes sud-ouest jusqu’à celles du 10 octobre 1937 dans le canton de Rennes nord-ouest. Il est en contact militant avec Jean Rouault et le jeune René Perrault, habitant dans sa rue, cheminots qu’il peut croiser sur des chantiers.

Pendant la guerre d’Espagne, Émile Drouillas soutient les “Brigadistes“ français dont son ami René Bellier, tué sur le front d’Aragon en mai 1938. Il organise le “Secours rouge” pour venir en aide aux réfugiés espagnols ; accueil et aussi soutien financier, recueilli lors de nombreuses fêtes.

En 1938 et 1939, son rayonnement est tel que de nombreux communistes parisiens viennent au domicile de ce militant, dont la maison est ouverte jour et nuit, chercher une aide matérielle et surtout morale. Réputé et apprécié depuis toujours pour son calme dans les discussions, Émile Drouillas en impose même à ses ennemis politiques qui le respectent.

Au début de l’été 1939, la famille emménage au 24, rue Richard-Lenoir, proche du centre-ville, où Marthe vient de prendre une petite épicerie de quartier.

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Marthe, Renée, Émile et Jeanne, rue Richard-Lenoir. 
Collection Renée Thouanel. Droits réservés.

Le 27 septembre 1939, Émile Drouillas est réveillé à quatre heures du matin par des policiers venus lui faire signer le récépissé ordonnant la dissolution du PC et perquisitionner à la recherche des archives du parti.

En octobre, deux gendarmes viennent sur son chantier lui apporter son ordre de mobilisation. Ils doivent le conduire directement jusqu’au train, mais ses camarades de travail s’interposent, lui permettant de passer chez lui. C’est Jean Rouault qui l’accompagne à la gare le soir même.

Après quelques semaines à Guéret (Creuse), Émile Drouillas est envoyé à Arlanques (?) sur le front d’Italie, où il est blessé. Hospitalisé, il est envoyé en permission de convalescence dans le Limousin (chez ses parents).

En juillet 1940, il passe clandestinement la ligne de démarcation et rejoint Rennes en qualité de “réfugié suite à un accident”. Exceptées le bris des vitres de la maison, sa famille n’a pas souffert du bombardement allemand du 17 juin 1940 sur la gare de triage de plaine de Baud qui a causé l’explosion très meurtrière d’un convoi de munitions (plusieurs centaines de morts) quelques heures avant l’arrivée de l’occupant.

Émile Drouillas retrouve son emploi de maçon chez Dehé, sur des chantiers de voies ferrées. ll reprend ainsi contact avec des cheminots du Parti communiste, dont René Perrault et Jean Rouault, et d’autres militants clandestins dont Henri Bannetel, jeune étudiant en médecine, agent de liaison entre Paris et Rennes.

Émile Drouillas est ostensiblement surveillé par la police française dont les inspecteurs visitent la boutique de son épouse.

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Le dimanche 29 juin 1941, au jardin de la Poterie, route de Vern. 
Au centre, Marthe. À gauche, Émile et leurs filles. 
À droite, Gaston, dit “Mastic”, Dodin et ses cinq enfants. 
Collection Renée Thouanel. Droits réservés.

À partir du 21 juin 1941, l’armée d’occupation lance une vague d’arrestations en zone Nord [1] ; René Perrault, Jean Rouault et Henri Bannetel sont rapidement arrêtés.

Le 30 juin à 20 heures, alors qu’il se prépare à entrer de nouveau en clandestinité, Émile Drouillas est arrêté par la police allemande en présence de son épouse et de ses enfants, puis interné à la prison Jacques-Cartier de Rennes.

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Rennes, la prison départementale, dans les années 1900. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 10 juillet, Émile Drouillas est transféré – avec plusieurs camarades rennais – au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

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Dessin du cahier d’Émile Drouillas “Les chansons de Royallieu”, 
probablement réalisé par son ami René Perrault. 
Collection Renée Thouanel. Droits réservés.

Enregistré sous le matricule 1158, il est assigné successivement aux bâtiment A5, A4 (9 mars 1942), C1, dans l’enceinte du camp juif où il se trouve le 23 (?) mars (le premier convoi d’otages juifs part le 27 mars…).

À partir du 6 août 1941, il suit plusieurs cours organisés par les détenus : 
- de français, dispensés par l’instituteur Alphonse Braud, le directeur d’école Couhier et André Léguillette [2], 
- d’arithmétique, géométrie, algèbre, par Couhier, les instituteurs André Lermite et Aristide Pouilloux [3],
- d’allemand, dispensés par l’avocat Michel Rolnikas, alors “doyen” du camp, puis par Georges Cogniot, professeur agrégé et rédacteur en chef de L’Humanité
- de droit municipal, par l’avocat Antoine Hajje, 
- de législation ouvrière, dispensés par l’avocat Georges Pitard, 
- d’« accidents du travail » (sic), par l’avocat Maurice Boitel. 
- de sciences usuelles, par l’instituteur Pierre Lavigne, 
- de géographie générale, par André Lioret.

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Cahier du cours dispensé par l’avocat Michel Rolnikas, 
pendant six semaines et interrompu par son exécution. 
Collection René Thouanel. Droits réservés.

Le 19 septembre, les avocats Hajje, Picard et Rolnikas sont extraits du camp et font partie des douze otages fusillés le lendemain au fort du Mont-Valérien, sur la commune de Suresnes (Hauts-de-Seine). Georges Cogniot est agréé comme nouveau doyen.

Prétextant que les détenus partagent leurs colis, la mère d’Henri Bannetel (fils unique) vient chez Marthe Drouillas afin l’aider à remplir les colis destinés à Émile.

Le 8 décembre, Henri Bannetel (23 ans) est mis à l’isolement, transféré trois jours plus tard au Fort de Romainville, puis à la prison allemande du Cherche-Midi, à Paris. Il est parmi les fusillés du 15 décembre 1941 au Mont-Valérien (Suresnes – 92).

À Rennes, à partir de début 1942, Marthe est de nouveau en butte à une éprouvante surveillance policière. Le 25 juin 1942, deux inspecteurs fouillent sa maison et la boutique sans rien trouver. Pendant cinq heures, ils restent dans l’épicerie à attendre un ami de son mari, « un petit roux à moustaches ». Heureusement, Jean-Marie Bras, ouvrier aux Tanneries de France, qui devait apporter des tracts, a décidé de reporter sa venue au lendemain en constatant qu’il était filé. C’est sa dernière visite : arrêté le 4 juillet, il est jugé puis fusillé le 30 décembre au stand de tir de la Maltière à Saint-Jacques-de-la-Lande avec 24 autres résistants.

Pour Marthe, la pression est trop forte : elle décide de vendre son épicerie, à perte, pour s’éloigner avec ses filles. Le 22 juillet, grâce à une amie qui met une pièce d’habitation à sa disposition, elle déménage pour le hameau de Montenac-en-Langon, 20 km à l’est de Redon, et travaillera dans les fermes du voisinage.

Entre fin avril et fin juin 1942, Émile Drouillas est sélectionné, avec René Perrault et Jean Rouault, parmi plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Émile Drouillas est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I), peut-être sous le numéro 45485, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Émile Drouillas se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés aux travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Émile Drouillas est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Alors qu’atteint du typhus il a été admis au Revier d’Auschwitz, son ami Jean Rouault, qui est affecté aux cuisines, lui apporte un peu de nourriture. Mais Émile Drouillas trouve toujours un malade qu’il estime plus mal en point que lui avec lequel partager.

Il meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942, d’après les registres du camp [4].

Les dernières lettres de Marthe Drouillas, datés du 30 juin et du 6 juillet, dans lesquelles elle annonçait son déménagement et le décès du fils de Jean Rouault, Raymond, lui ont été retournées. Depuis, elle et ses filles sont sans nouvelles.

Après son propre retour de déportation, le 6 juin 1945, Jean Rouault se rend chez Marthe Drouillas, accompagné d’un secrétaire local du PCF, pour lui annoncer le décès de son mari.

Jean Rouault sera le “correspondant” de Jeanne Drouillas quand celle-ci entrera comme pensionnaire en classe de sixième au lycée de Rennes avant que sa mère et sa sœur la rejoignent.

Homologué comme lieutenant dans la Résistance intérieure française (RIF) et décoré de la Croix de guerre, Émile Drouillas est titulaire de la Médaille de la Résistance à titre posthume.

La mention “Mort pour la France” est apposée sur son acte de décès (décision du 11 mars 1947). La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 24-03-1989).

Après la guerre, une cellule rennaise du Parti communiste prend son nom.

À une date restant à préciser le Conseil municipal de Rennes dénomme Émile Drouillas une rue ouverte dans un nouveau quartier de la ville.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts des Billanges (son prénom réduit à la lettre initiale) ; à vérifier…

En 1992, pour le cinquantenaire de sa disparition, un monument lui est élevé dans le hameau de Trézin, sur la commune des Billanges.

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« …honneur à ce fils des Billanges » 
Photo Daniel Boussin. Droits réservés.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 364 et 402. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Bretagne (2002), citant : renseignements fournis par Jeanne Roquier-Drouillas. 
- Jeanne Roquier-Drouillas et Renée Thouanel-Drouillas [ses filles], Émile Drouillas dit Laporte, militant ouvrier, Imprimerie Commerciale, Rennes 1978, 224 p. 
- Renée Thouanel-Drouillas, questionnaire renvoyé à Mémoire Vive (12-2008). 
- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, notice de Cl. Geslin qui cite les sources suivantes : Arch. Nat. F7/13083 (15 février 1926), F7/13090 (1926), F7/13130, année 1932 – Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, 3 Md 40-41-42-43. – Arch. Mun. Rennes, 3 F 11 -L’Aurore d’Ille-et-Vilaine, 1934-1937 – Le Maillon, 1934 – Jacques Bonhomme, 1936 – D. Pierre, La CGT à Reims de 1918 à 1939, mémoire de Maîtrise, Reims, 1976, pp. 75-76 – Arch. Komintern, CRCEDHC, Moscou, 495 270 8641 : questionnaire du 6 août 1930, autobiographie du 1er février 1932 et du 27 septembre 1933. 
- UDAC d’Ille-et-Vilaine, site
- Site Grandmont (ordres monastiques) page sur le village de Trézin
- Claude Pennetier, notice sur Aristide Pouillox, Maitron-en-ligne. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 239 (31193/1942). 
- Site Mémorial GenWeb, 87-Les Billanges, relevé de Patrick Caulé (9-2007).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 20-03-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] L’ “Aktion Theoderich :

L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est défini le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre.

Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante. En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. Fin août, 200 d’entre eux font déjà partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[2] André Léguillette, né le 15 octobre 1884 à Doué (77), déporté le 24 janvier 1943 au KLSachsenhausen (matr. 58858), transféré au KL Buchenwald, rescapé, probablement auteur de Les États du Bailliage de Meaux pour les États généraux de 1789, publié en 1934 chez André-Pouyé à Meaux.

[3] Aristide Pouilloux (parfois othographié Pouillioux), né le 9 février 1899 à La Ferrière-Airoux (Vienne), instituteur à Châtellerault (Vienne), adhérent au Parti communiste dès 1924, siégeant au bureau régional du PCF, militant à l’ARAC, arrêté le 23 juin 1941, déporté au KL Sachsenhausen (matr. 59256) le 24 janvier 1943, rescapé, évacué du camp de Schwarzheide le 18 avril 1945 au cours d’unemarche de la mort s’achevant à la verrerie de Languenau (Skalice, en Tchéquie) le 8 mai, rapatrié le 5 juin via Prague, décédé le 30 août 1975 à Montrichard (Loir-et-Cher).

[4] L’état civil français a fixé le décès d’Émile Drouillas au 1er octobre 1942. Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – s’appuyant sur le ministère des Anciens combattants qui avait collecté le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ. La parution au J.O. rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.