Émile, Charles, Billoquet, né le 13 novembre 1908 à Oissel (Seine-Maritime), domicilié à Oissel, mort à Auschwitz le 15 septembre 1942.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Émile, Charles, Billoquet naît le 13 novembre 1908 à Oissel (Seine-Maritime [1]), fils de Georges Billoquet, 33 ans, frappeur à la Cie des Chemins de fer de l’Ouest, et de Louise Lebourg, 30 ans, son épouse, parents d’une nombreuse famille. Le père décède prématurément, à 41 ans, le 29 mars 1916 et ses enfants deviennent pupilles de la Nation.

Le 17 novembre 1930, Émile Billoquet est embauché par une compagnie de chemin de fer qui fusionnera avec d’autres au sein de la SNCF début 1938 [2]. Il a un cousin également cheminot : Maurice Billoquet, né en 1893 à Orléans.

Au moment de son arrestation, Émile Billoquet est domicilié au 5, grande rue de l’Église, à Oissel. Il est marié avec Noélie, Clémence, Brémond. Ils ont un enfant.

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Oissel. L’église. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Émile Billoquet est serrurier-ajusteur aux ateliers SNCF des Quatre-Mares à Sotteville-les-Rouen, où travaille également Gérard Marti.

Trésorier de la section locale des Amis de l’Union Soviétique (A.U.S.) avant la guerre, actif au sein du Secours rouge international, il est considéré comme communiste par la police française et par le SD [3] (fiche d’otage).

Après l’interdiction du Parti communiste, trois perquisitions successives opérées par la police française à son domicile amènent la découverte de tracts de l’A.U.S.

Lors de l’exode de juin 1940, Émile Billoquet reste à son poste professionnel dans l’atelier des Quatre-Mares.

À une date restant à préciser, un inspecteur de police spéciale rédige un rapport selon lequel « Billoquet Émile […] doit toujours être considéré comme étant capable, le cas échéant, de prendre la tête d’un mouvement en vue d’associations susceptibles de s’affilier au parti dissous. […] C’est lui qui aurait reçu l’ordre de se rendre périodiquement à Paris pour aller chercher les tracts qui sont distribués à Oissel et région… ».

Le 4 août 1941, répondant à une note du préfet de Seine-Inférieure datée du 22 juillet, le commissaire principal de police spéciale de Rouen transmet à celui-ci une liste nominative de 159 militants et militantes communistes de son secteur dont il préconise de prononcer l’internement administratif dans un camp de séjour surveillé, tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et « par tous les moyens ». Parmi eux, Émile Billoquet…

Le 22 octobre 1941, celui-ci est arrêté.

À une date restant à préciser, il est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne [4] (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) avant le 29 octobre, selon une liste d’otages établie par la Feldkommantantur 517 de Rouen. Enregistré sous le matricule n° 1889, il est affecté pendant un temps (en avril) au bâtiment A3, chambrée 10.

Le 8 décembre 1941, il figure sur une liste de 28 communistes à « transférer vers l’Est », établie par la Felkommandantur de Rouen. Le 9 février 1942, il est inscrit sur une liste d’otages pouvant être fusillés en représailles d’attentats commis à Elbeuf et à Rouen.

D’après une signature portée sur un menu du repas de Noël 1941, Émile Billoquet serait alors assigné au bâtiment A2, chambre 8, avec Jean Binard, Michel Bouchard, Honoré Brieu, Albert Champin, Émile Fromentin, Marcel Le Dret et Julien Villette.

Entre fin avril et fin juin 1942, Émile Billoquet est définitivement sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Émile Billoquet est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46218. Aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Émile Billoquet meurt à Auschwitz le 15 septembre 1942, d’après les registres du camp.

Il est déclaré “Mort pour la France” (18/7/1947). La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 10-09-1987).

À une date restant à préciser, le Conseil municipal d’Oissel donne le nom d’Émile Billoquet à une rue de la commune.

Son nom est également inscrit sur le monument aux morts SNCF des ateliers des Quatre-Mares de Sotteville-les-Rouen.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 377 et 395.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Basse-Normandie (2000), citant : Archives de la Mairie d’Oissel (1/6/1992) – Liste de Louis Eudier (45523), annexes p. 56 – Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), Paris ; liste d’otages – Fernand Grenier, Ce bonheur-là, éditions sociales, 2e trim. 1974, page 340.
- Paul Le Goupil, du convoi des tatoués (matricule 185899), Mémorial des Français non-juifs déportés à Auschwitz, Birkenau et Monowitz, ces 4500 tatoués oubliés de l’Histoire, page 15.
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, cabinet du préfet 1940-1946, individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels de Aa à Bl (cote 51 W 410), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis Jouvin (“45697”).
- Mémorial de la Shoah, Paris, site internet, Archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; doc. XLIII-56 et XLIII-66.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 92 (30657/1942).
- Site du Groupe Archives Quatre-Mares (GAQM).
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 21-05-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

Notes

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] La SNCF : Société nationale des chemins de fer français. À sa création, suite à une convention validée par le décret-loi du 31 août 1937, c’est une société anonyme d’économie mixte, créée pour une durée de 45 ans, dont l’État possède 51 % du capital.

[3] SD : Sichereitsdienst, service de renseignement de la SS, travaillant avec la Gestapo (police de sécurité).

[4] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).