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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Émile, Joseph, Andrès naît le 30 décembre 1895 à Granges-sur-Vologne [1] (Vosges – 88) fils de Joseph Andrès, 25 ans, ouvrier tisseur [2], et de Marie-Adélaïde Didelot, 21 ans, ouvrière tisseuse, domiciliés dans la quartier des Voids. La famille n’apparaît pas dans ce quartier lors du recensement de 1906. Par contre, une famille de tisserands dont le père est Gaspard Andrès est domiciliée dans le quartier de Blanchefeigne.

Considérant son âge, Émile Andrès devrait avoir été mobilisé au cours de la guerre 1914-1918 (à vérifier…).

Le 8 janvier 1921, à Saint-Dié (88), il épouse Marie, Marguerite, Pierre.

Il est ouvrier du Livre (imprimerie).

Le 28 avril 1928, il devient gérant du quotidien communiste La Dépêche de l’Aube après l’arrestation de Batonnier.

Le 3 juillet suivant, il est lui-même arrêté pour un article sur l’action des réservistes paru dans ce journal. Le 27 juillet, il est condamné à six mois de prison et 500 francs d’amende. Emprisonné, il est présenté par le PC aux élections cantonales à Troyes (Aube – 10) le 7 octobre 1928 et obtient 1219 voix sur 3920 suffrages exprimés.

Il est également candidat communiste aux élections municipales de mai 1929. Il est alors l’un des secrétaires de la région troyenne du PC.

Le 20 octobre 1929 la commission régionale de révision du Parti annonce son exclusion temporaire pour « désintérêt après le 1er août, refus de répondre aux convocations et accusations infamantes envers un camarade ».

En octobre 1932, le mensuel de la CGT ayant attaqué le Secours rouge (SRI), il signe une lettre à Rousselet, responsable de cette organisation, pour déclarer que celle-ci lui avait toujours apporté de l’aide pendant son emprisonnement.

Au moment de son arrestation, il est déclaré comme garçon de café.

Entré dans la Résistance, Émile Andrès est arrêté le 26 février 1942 pour avoir distribué des tracts contre l’occupation allemande – le même jour que Robert Riché, de Saint-Mards-en-Othe (10). Détenu pendant un temps à la prison de la rue Hennequin à Troyes (10), Émile Andrès est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Émile Andrès est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45173, selon les listes reconstituées (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Émile Andrès.

Il meurt à Auschwitz le 16 septembre 1942, d’après les registres du camp.

Le 4 août 1945, La Dépêche de l’Aube déclare : « Nous perdons en lui un camarade courageux. »

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 11-03-1988).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 380 et 393 (indique domicilié à Saint-Dié). 
- Rémi Dauphinot et Sébastien Touffu, La déportation de répression dans l’Aube, fichier ressource pour le Concours national de la Résistance et de la Déportation, www.crdp-reims.fr 
- R. Lemarquis, notice in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Éditions de l’Atelier/Éditions Ouvrières, CD-rom, 1990-1997, Morts pendant la Seconde Guerre mondiale en raison de leur action militante, citant : La Dépêche de l’Aube, 1928-1929 et 4 août 1945 – Secrétariat d’État des Anciens combattants et victimes de guerre. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 26 (30720/1942). 
- Wikipédia, l’encyclopédie libre, article « Granges-sur-Vologne ».

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 23-03-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] L’addition du déterminatif « sur-Vologne » résulte d’un décret du 24 juillet 1917.

[2] Les usines textiles de Granges-sur-Vologne : En 1856, Étienne Seitz fonde à Granges-sur-Vologne la Filature et le tissage de Namur comportant respectivement 4 400 broches et 84 métiers à tisser. En 1860, il crée une filature à Aumontzey, à 3 km en aval de Granges. En 1884, à la suite du décès d’Étienne Seitz, son gendre, Didier Walter, et son épouse héritent de l’entreprise familiale et la rebaptise « Walter-Seitz ». À partir de 1989, l’entreprise Walter-Seitz et son site industriel intègrent la Société des Textiles de Granges-sur-Vologne (T.G.V.).