Daniel Germa naît le 23 (ou 27 ?) décembre 1923 à Vitry-sur-Seine [1] (Val-de-Marne – 94). Son père décède prématurément en 1934, des graves séquelles des gaz de combat qui l’ont atteint en 1914-1918. Sa mère, Blanche, née en 1890, travaille comme employée communale aux bains-douches de Vitry. Il a une sœur, Jacqueline, née en 1918, un frère plus âgé, Lucien, né en 1921, et un autre plus jeune, Michel, né en 1929.

De 1936 à la guerre, la famille est domiciliée au 7, voie Broca à Vitry.

Métallo, Daniel Germa est tourneur à la Fonderie Technique de Vitry, voie Ampère.

Sous l’occupation, il est actif au sein des Jeunesses communistes clandestines, avec son frère Lucien, Ginette Mateos, Maurice Coulin fils… Son groupe fabrique des “papillons”, entre autres avec l’imprimerie en jouet de son jeune frère Michel.

En septembre 1940, son frère Lucien, imprimeur à Vitry, est arrêté par la police française. Comme celle-ci trouve des papillons mal cachés (fouille ou perquisition), une procédure judiciaire est ouverte. Il est écroué à la prison du Cherche-Midi, condamné à quatre mois de prison et à une forte amende qui sera payée par la solidarité. Il est libéré en janvier 1941 et reprend la lutte clandestine dans l’équipe de Raymond Jeannot (sabotages, etc.).

La police française (RG) considère Daniel Germa comme un « meneur particulièrement actif ».

Le 14 juillet 1941, il est arrêté par des agents du commissariat d’Ivry lors d’une vague d’arrestations menée par la police française à la suite ou lors d’une manifestation patriotique organisée sur les Grands boulevards parisiens par les Jeunesses communistes. Il est interné comme « détenu communiste » à la caserne désaffectée des Tourelles, boulevard Mortier (Paris 20e), “centre surveillé” dépendant de la préfecture de police de Paris.

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La caserne des Tourelles, boulevard Mortier, avant guerre. 
Partagée avec l’armée d’occupation, elle servit surtout, 
au début, à interner les « indésirables étrangers ». 
Carte postale, collection Mémoire Vive.

Un détenu qui a fait le portrait au crayon de plusieurs internés des Tourelles, généralement à partir de photographies, A. Touchov (ou Altenchov), dessine celui de Daniel Germa le 30 mars 1942. Son frère cadet Michel lui rend plusieurs visites.

Le 5 mai 1942 à 4 heures du matin, Daniel Germa fait partie des 24 internés des Tourelles que viennent « prendre des gendarmes allemands » afin de les conduire au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Enregistré sous le matricule n° 1592, il est assigné au bâtiment C 1. Le 7 mai, Daniel Germa envoie une lettre clandestine à sa mère depuis ce camp.

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Le camp vu depuis le mirador central. 
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué 
par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”) 
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Daniel Germa jette un message qui parviendra à sa mère, dans lequel il précise qu’il part avec son ami Jean (Hernando) et demandant qu’elle prévienne la mère de celui-ci.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Daniel Germa est enregistré à Auschwitz sous le numéro 45594 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Daniel Germa est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Le 1er novembre 1942, dans la chambrée (Stube) n°3 du Revier de Birkenau (Block n° 8 – en brique – du secteur BIb) – où se trouvent également Marcel Colin, Albert Faugeron, Marcel Lenglet, Marcel Nonnet,Marcel Nouvian, Jean Paupy, Gaston Sansoulet et Georges Vinsous -, Daniel Germa reçoit six gouttes d’un bactéricide, l’Anisine. Dans ce dispensaire, le SS-Rottenführer Franz Schulz exécute certains détenus avec une injection mortelle dans le cœur…

On ignore la date exacte de la mort de Michel Germa à Birkenau ; très certainement avant la mi-mars 1943 [2].

(aucun des treize “45000” de Vitry n’est revenu).

Son nom est inscrit sur le monument « À la mémoire de Vitriotes et des Vitriots exterminés dans lescamps nazis » situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry.

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Une plaque dédiée aux “45000” vitriots a été apposée 
au dos du monument. Elle est parfois masquée par la végétation.
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La plaque apposée pour le 50e anniversaire de la libération 
des camps (avril 1995).

Sources :

- Informations collectées par José Martin (frère d’Angel Martin) pour Roger Arnould (FNDIRP), 1973. 
- 1939-1945, La Résistance à Vitry, Ville de Vitry-sur-Seine, 1992, pages 11 et 19. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 390 et 405. 
- Roger Arnould, article paru dans le journal de la FNDIRP, Le Patriote Résistant, n° 511, mai 1982. 
- Michel Germa, témoignage in De l’occupation à la Libération, témoignages et documents, brochure édité par la Ville de Vitry-sur-Seine, pour le 50e anniversaire de la Libération, septembre 1994, pages 8, 13. 
- Musée de la Résistance nationale, Champigny-sur-Marne, fonds Germa. 
- Boris Dänzer-Kantof, historien, échange téléphonique (10-03-2008). 
- Archives communales de Vitry-sur-Seine, listes de recensement 1936. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, carton “Occupation allemande” BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Registre des détenus ayant reçu des médicaments à Birkenau, archives du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau (APMAB), Oświęcim, Pologne, copies transmise par André Nouvian. 
- Irena Strzelecka, Les hôpitaux dans le camp de concentration d’Auschwitz, in Auschwitz 1940-1945, tome 2, Les détenus – La vie et le travail, chap. 9, p. 364-365, éditions du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, 2011.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 17-10-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Vitry-sur-Seine : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] La date inscrite par l’état civil en France : dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – s’appuyant sur le ministère des Anciens combattants qui avait collecté le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Ainsi a été établie la date du 15 décembre 1942 pour Daniel Germa.

La parution au J.O. rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.