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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Clovis, Albert, Julien, Dehorter naît le 3 décembre 1895 à Lederzeele (Nord – 59), au nord de Saint-Omer, fils de Jérémie Dehorter (né en 1869), ouvrier agricole, et de Victorine Devinck (née en 1878), son épouse.

Lors du recensement de population de 1906, la famille habite le hameau de Boonegham. Trois autres enfants sont nés : Tobie, né en 1897, Marie, née en 1900, et Jeanne, née en 1903.

Considérant son âge, Clovis Dehorter devrait avoir été mobilisé au cours de la guerre 1914-1918 (à vérifier…).

Le 31 janvier 1919, il est embauché par une compagnie de chemin de fer qui fusionnera avec d’autres au sein de la SNCF début 1938 [1].

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 3, rue du Tour-de-Ville (Paul-Vaillant-Couturier) à Camon, agglomération d’Amiens (Somme – 80). Marié, il a deux enfants, nés vers 1920 et 1922.

Il est alors chauffeur de route au dépôt SNCF d’Amiens, sur le réseau de la région Nord.

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Façade de la gare d’Amiens dans les années 1920. 
Carte Postale. Collection Mémoire Vive.

Il est très mal vu par sa hiérarchie « ayant un dossier très chargé en punitions diverses ».

Le 6 mars 1940, il est mobilisé après avoir été rayé de l’Affectation spéciale par l’autorité militaire.

A l’été 1940, Camon est limitrophe de la ligne de démarcation de la “zone rouge” (ou “zone interdite”) de la région Nord instaurée par l’occupant, où l’on n’accède qu’avec un Ausweis.

Sous l’occupation, Clovis Dehorter est actif dans la Résistance. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai avecGeorges Poiret, il participe au sabotage de la grue de relevage (32 tonnes) du dépôt SNCF d’Amiens.

Le 7 mai, il est arrêté par la police allemande. Il est écroué à la Maison d’arrêt d’Amiens « à la disposition des autorités allemandes » et fait partie des treize cheminots du dépôt SNCF gardés en représailles.

Dans une notice individuelle réalisée après coup, le commissaire central d’Amiens : « N’est pas connu des services de police ; toutefois, d’après les renseignements recueillis, aurait manifesté des sentiments communistes ». De son côté (le 11 mai), sa hiérarchie ajoute : « Assure normalement son service depuis l’occupation allemande, dont les méthodes brutales conviennent mieux à son esprit obtus ».

Le 10 juin, ils sont dix cheminots du dépôt d’Amiens (dont neuf futurs “45000”) [2] à être transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag122 – Polizeihaftlager).

Au cours du mois de juin 1942, Clovis Dehorter est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Clovis Dehorter est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45475, selon les listes reconstituées (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Clovis Dehorter.

Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp [3], alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à l’intérieur du camp à la suite de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [4]).

Le 23 août 1945, le Conseil municipal de Camon décide la pose, à l’intérieur du cimetière, d’une stèle portant l’« Hommage de la population de Camon à ses morts dans la Résistance », sur laquelle sont inscrit les noms de Clovis Dehorter, de Roger Allou, et de huit autres Camonois. Au pied de cette stèle, qui a l’aspect d’une tombe, un de ses enfants (? « À mon père ») dépose une plaque avec un médaillon funéraire (portrait photographique).

En avril 1969, le Conseil municipal de Camon donne le nom de Clovis Dehorter à une petite rue alors nouvellement créée dans un lotissement.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 10-03-1988).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 63, 74, 150 et 153, 379 et 394. 
- Archives départementales du Nord, site internet, archives en ligne, recensement de population de Lederzeele, année 1906, cote M474/340, page 42 (vue 43/52). 
- Hervé Barthélémy, association Rail et Mémoire, relevé de… ? (10-2006). 
- Site internet de la Ville de Camon, 50e anniversaire de la libération des camps (2005) :http://www.camon.net/bulletins_muni… 
- Site internet de Gabriel Devianne
- Site Les plaques commémoratives, sources de mémoire (aujourd’hui désactivé – nov. 2013), photo de Jacques Fouré. 
- Archives départementales de la Somme, Amiens, correspondance de la préfecture sous l’occupation, cotes 26w592. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 218 (31899/1942). 
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 16-05-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] La SNCF : Société nationale des chemins de fer français. À sa création, suite à une convention validée par le décret-loi du 31 août 1937, c’est une société anonyme d’économie mixte, créée pour une durée de 45 ans, dont l’État possède 51 % du capital.

[2] Les neuf cheminots, futurs “45000” : Roger Allou et Clovis Dehorter, de Camon ; Émile Poyen, de Longeau ; Paul Baheu, Fernand Boulanger, Fernand Charlot, Albert Morin, Georges Poiret et François Viaud, d’Amiens (ce dernier étant le seul rescapé des “45000” d’Amiens, Camon et Longueau).

Le dixième cheminot interné à Compiègne est Joseph Bourrel, mécanicien de manœuvre, domicilié au 102 rue Richard-de-Fournival à Amiens. Son sort en détention reste à préciser (il n’est pas déporté, selon le mémorial FMD)…

Un onzième cheminot reste à la prison d’Amiens, Jean Mayer, ouvrier au dépôt, domicilié au 36 rue Capperonnier à Amiens, arrêté la nuit même de l’attentat. Il est probablement condamné par un tribunal militaire allemand. Le 26 avril 1943, il est transféré dans une prison du Reich à Fribourg-en-Brisgau. Il est libéré à Creussen le 11 mai 1945.

[3] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives. S’agissant de Clovis Dehorter, il semble que 12 août 1942 qui a été initialement retenu pour certifier son décès (à vérifier…).

[4] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code “14 f 13”). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.