Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Charles, Gabriel, Efflame, Véron naît le 4 novembre 1901 à Aulnay-sous-Bois [1] (Seine / Seine-Saint-Denis – 93), fils de Louis Véron et de Jeanne Denès, son épouse.

Pendant un temps, il habite chez ses parents, alors domiciliés au 6 bis, rue Doulcet, à Sevran [2] (93). Peut-être travaille-t-il comme « chauffeur de locomotive ».

Le 11 avril 1921, il est incorporé au 508e régiment de chars de combat. Il est renvoyé dans ses foyers le 30 mai 1923, titulaire d’un certificat de bonne conduite.

En janvier 1924, Charles Véron habite rue de Turenne, à Aulnay-sous-Bois. En mai 1925, il demeure au 30, allée circulaire, toujours à Aulnay. En novembre suivant, il est domicilié au n° 59 de la même allée. En janvier 1929, il habite au 28, chemin des Marais.

À une date restant à préciser, il épouse Alice Schmitt, née le 12 juin 1905. Ils ont une fille, Jeanine, née le 2 septembre 1937.

Au moment de son arrestation, Charles Véron est domicilié au 23, rue Béranger à Sevran.

Il est cantonnier, employé communal, à Sevran, municipalité communiste. Il est « un des responsables » du Parti communiste dans cette commune.

À compter du 1er mars 1940, il est rappelé à l’activité militaire au dépôt de char 503 (suite inconnue…).

En juillet 1940, le commissaire de police de Livry-Gargan effectue une perquisition à son domicile au cours de laquelle sont trouvés « différents tracts d’origine communiste ». Le 7 août, un juge d’instruction du tribunal de Pontoise établit un mandat d’amener à son nom pour infraction au décret du 26 novembre 1939. Charles Véron est arrêté le 17 août. Le 19 septembre, le tribunal correctionnel de Pontoise le condamne à dix-huit mois d’emprisonnement. Le 28 novembre, la cour d’appel de Paris confirme le premier jugement.

Pendant un temps, il purge sa peine à la Maison centrale de Clairvaux (Aube) ; n° d’écrou 2017.

Clairvaux. La Maison centrale. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Clairvaux. La Maison centrale. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 10 juin, il est admis à l’hôpital de la prison.

Le 1er décembre 1941, à l’expiration de sa peine, Charles Véron n’est pas libéré et reste maintenu en détention au régime du droit commun. Le 15 février 1942, il écrit au préfet de Seine-et-Oise pour solliciter un statut d’interné administratif.

Le 13 février, le préfet de l’Aube reçoit des autorités d’occupation l’ordre le faire transférer avec cinq autres détenus – tous futurs “45000” – au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Dans un courrier à son homologue de Seine-et-Oise daté du 17 février, de préfet de l’Aube évoque encore un « prochain transfert ».

Entre fin avril et fin juin 1942, Charles Véron est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Charles Véron est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46189 (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où, pour la plupart d’entre eux, ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Charles Véron se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Charles Véron.

Il meurt à Auschwitz le 17 août 1942, d’après les registres du camp.

Son nom est inscrit sur le Monument aux morts de Sevran, situé dans le cimetière communal.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 8-07-2001).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 386 et 422.
- Conseil départemental des Yvelines, site internet, Archives départementales (AD 78) ; registres des matricules du recrutement militaire de Seine-et-Oise, classe 1921, bureau de Versailles (1R/RM 634), n° 1727 (vue : 248/542).
- Archives départementales de l’Aube, site internet, cote 310W114.
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, archives du cabinet du préfet sous l’occupation, cote 1W158 (dossier individuel).
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94), carton “Association nationale des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes (2699).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; registre d’appel avec la liste des détenus décédés (« Verstorbene Häftlinge).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 1275 (21441/1942).
- Site Mémorial GenWeb, 93-Sevran, relevé d’Alain Claudeville (2000-2002).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 25-11-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Aulnay-sous-Bois : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Sevran : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine-et-Oise (transfert administratif effectif en janvier 1968).