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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Charles Rouyer naît le 22 juillet 1907 à Clichy-la-Garenne [1] (Hauts-de-Seine – 92), chez ses parents, Oscar Rouyer, 25 ans, et Joséphine Alleno, 24 ans, blanchisseurs, domiciliés au 17, rue des Cailloux. Ceux-ci se marient le 10 août suivant.

Le 22 juin 1929 à Gennevilliers [1] (92), Charles Rouyer épouse Anne Marie André.

Le 16 mars 1940 à Gennevilliers, il épouse Odette Mock. Il a au moins un enfant.

Pendant un temps Charles Rouyer habite au 14, rue du Square à Gennevilliers.

Charles Rouyer est clicheur à l’imprimerie Simard, rue du Croissant à Paris (2e). C’est dans un café situé à l’angle de cette rue et de la rue Montmartre (La Chope du Croissant) que Jean Jaurès a été tué, victime d’un attentat. Charles Rouyer est membre du Syndicat du Livre parisien.

Militant communiste, il est élu conseiller municipal de Gennevilliers dès 1932 sur la liste de Jean Grandel.

En 1937 ou 1938, Charles Rouyer est domicilié au 24 rue de l’Arbre Sec à Clichy.

Après son arrestation, la police indique comme domicile le 16, rue d’Alsace à Clichy-la-Garenne. Comme il n’est inscrit sur aucune liste électorale de la commune, il s’agit peut-être de l’adresse d’un contact, familial ou autre.

Pendant la guerre d’Espagne, Charles Rouyer s’engage dans les Brigades internationales pour défendre la République espagnole contre la rébellion du général Franco soutenue militairement par Hitler et Mussolini. Enrôlé le 19 novembre 1936, il est affecté à la 13 brigade. Le 26 mars 1937, il est muté à la 11e comme adjoint au lieutenant de compagnie. Le 6 juin suivant, il intègre le 15e bataillon de la 14e brigade. Il rentre « en permission » en France le 15 janvier 1938, pour « raisons de famille ».

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Insigne de l’Association 
des volontaires pour 
l’Espagne républicaine, ayant 
appartenu à Christophe Le Meur. 
Produit entre la mi-1938 et la mi-1939. 
Coll. André Le Breton.

Le 9 février 1940, Charles Rouyer est déchu de son mandat électoral à Gennevilliers « pour appartenance au Parti communiste ».

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Le Populaire, quotidien édité par la SFIO, 
édition du 17 février 1940. 
Archives de la préfecture de police, Paris.

Au moment de son arrestation, il habite au 16, rue d’Alsace à Clichy, « 1er étage, porte n° 2 »).

Le 24 décembre 1941, peu après 6 heures du matin, dans le cadre d’une vague d’arrestations organisées par la police française contre 33 anciens membres des brigades internationales (dont Jean Cazorla,Maurice Fontès…), Charles Rouyer est arrêté à son domicile par des agents du commissariat de Clichy. Il est conduit à la caserne désaffectée des Tourelles, boulevard Mortier, Paris 20e, “centre surveillé” dépendant de la préfecture de police de Paris. Deux jours plus tard, le préfet de police signe l’arrêté ordonnant son internement administratif.

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La caserne des Tourelles, boulevard Mortier, avant guerre. 
Partagée avec l’armée d’occupation, elle servit surtout, 
au début, à interner les « indésirables étrangers ». 
Carte postale, collection Mémoire Vive.

Le 8 avril 1942, des inspecteurs viennent chercher «  l’interné administratif Charles Rouyer (…) qui estautorisé à assister aux obsèques de son enfant. Il sera réintégré à la caserne des Tourelles sitôt après cette cérémonie. »

Le 5 mai, Charles Rouyer fait partie des 24 internés des Tourelles, pour la plupart anciens Brigadistes, que viennent « prendre des gendarmes allemands » afin de les escorter à la gare de l’Est d’où ils sont conduitsen train au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht(Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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Le camp vu depuis le mirador central. 
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué 
par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”) 
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Charles Rouyer est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I), peut-être sous le numéro 46082, selon les listes reconstituées (la photo d’immatriculation correspondant à ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Charles Rouyer.

On ignore la date exacte de sa mort à Auschwitz [2], probablement avant la mi-mars 1943.

Il est homologué comme “Déporté politique”.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 27-01-1999).

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative dédiée aux Conseillers municipaux morts pour la France (hall de la Mairie de Gennevilliers).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 354, 382 et 419. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Hauts-de-Seine nord (2005), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier central) – Archives de Gennevilliers (lettre à Madame Cadoret, Maire-adjointe de Gennevilliers, du 2 septembre 1945, liste des déportés, noms de rues). 
- Archives communales de Clichy : acte de naissance. 
- Archives départementales des Hauts-de-Seine (AD 92), site internet du conseil général, archives en ligne, registre des naissances de Clichy, année 1907 (cote E NUM CLI N1907), acte n° 506 (vue 86/163).
- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 40, p. 430. 
- Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), campus de l’Université de Paris X-Nanterre, microfilms du Centre russe pour la conservation des archives en histoire politique et sociale (RGASPI), acquisition BDIC/AVER-ACER, bobines cotes Mfm 880/1 (545.6.1014), 880/47 (542.2.112), 880/48 (545.2.290). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 1837 (« Journalier des détenus administratifs de la caserne des Tourelles ») – cartons “Parti communiste” : BA 2447 (chemise “1941, perquisitions particuliers”).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 3-11-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Clichy-la-Garenne et Gennevilliers : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] La date de décès inscrite sur les actes d’état civil : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documentsadministratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Charles Rouyer, c’est la fin août 1942 qui a été retenue pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.