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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Charles, André, René, Fourmentin naît le 9 février 1898 au hameau du Fresnoy, sur la commune de Salins (Seine-et-Marne – 77), chez ses parents, Lucien Fourmentin, 36 ans, jardinier, et Louise Gousset, son épouse, 31 ans, lingère.

De la classe 1918, Charles Fourmentin s’engage volontairement en 1916, à 18 ans. Il est blessé à deux reprises. Son frère aîné est tué en Argonne.

À une date inconnue, Charles Fourmentin est victime d’un accident au cours duquel il perd l’œil gauche (mutilé du travail).

Le 22 juillet 1923, à Forges (77), il se marie avec Adrienne Bonnefoy. Ils ont trois filles : Louise, née le 23 mars 1924, Reine, née le 23 novembre 1927, et Odette, née le 8 juin 1929.

En 1931, quand le couple divorce, Charles Fourmentin a la garde des trois enfants.

Rapidement, il se met en ménage avec une veuve, Louise Gounon, née le 24 février 1900 à Paris 20e.

Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée au 15, quai de Seine à Montereau-Fault-Yonne (77) ; à hauteur du confluent de la Seine et de l’Yonne, rive droite après les ponts.

Charles Fourmentin est ouvrier agricole. De février 1932 à juillet 1934, il est employé par la Société du château des Forges à divers travaux d’installation et d’aménagement du parc : « façons d’allées neuves, réfection d’allées anciennes, assainissement, plantations d’arbres et préparation du terrain ».

Il a adhéré au Parti communiste en 1925. Pendant un temps, il est secrétaire de la cellule d’entreprise de la briqueterie Sachot, rédacteur de la chronique locale du journal départemental L’Information de Seine-et-Marne et correspondant de L’Humanité.

Le 28 janvier 1939, à la demande de la direction générale de la Sûreté nationale au ministère de l’intérieur, et après avoir consulté ses sous-préfets, le préfet de Seine-et-Marne transmet à celle-ci un long rapport sur « l’organisation et l’activité de chacun des partis extrémistes » de son département dans lequel sont répertoriées les cellules du parti communiste. Pour le secteur de Montereau, il indique que : « 15 cellules composent le secteur et comprennent environ 700 adhérents, à savoir : […] 8° – Cellule des Établissement Sachot. – 50 membres. Secrétaire : M. FOURMENTIN Charles André […], briquetier. » Dans le rapport préparatoire du sous-préfet de Provins, Charles Fourmentin est désigné comme « nouveau chef ».

Le 24 septembre 1939, en réponse à une directive du préfet, un brigadier du commissariat de police de Montereau transmet à celui-ci « les noms et adresses de ceux [membres du PCF] qui sont susceptibles d’obéir à un mot d’ordre » ; parmi les 23 hommes désignés, Charles Fourmentin. Une autre liste policière, datée du 14 octobre suivant, le désigne comme « communiste très actif ».

« À la suite de la dissolution du Parti communiste français, un arrêté d’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé » est pris à son encontre. Arrêté le 1er avril 1940, Charles Fourmentin est interné à Riom-es-Montagne (Cantal), puis au camp de Saint-Paul-d’Eyjaux (Haute-Vienne).

En avril 1941, « le gouvernement envisage, à l’occasion du 1er mai [journée alors organisée comme une fête “maréchaliste”], des mesures de clémence en faveur des internés administratifs français qui, par leur conduite au camp et leur bon esprit, s’en seront montrés dignes ». La commission had hoc a proposé des libérations par départements « sous réserve de l’avis favorable du préfet du domicile de l’intéressé ». Le 26 avril, le préfet de Seine-et-Marne envoie un télégramme officiel au préfet délégué de ministère Intérieur, Jean-Pierre Ingrand, pour lui signaler l’opportunité de procéder à la libération de treize internés dont Fourmentin Charles, alors détenu au camp de Fort-Barraux, sur la commune de Barraux (Isère), un des plus anciens fort bastionné des Alpes.

Finalement, Charles Fourmentin ne rejoint son domicile que le 6 juillet suivant, fatigué physiquement et moralement, après avoir signé un engagement de ne pas « entraver » la politique du Maréchal Pétain (?).

Il travaille alors en pleine campagne, à six kilomètres de chez lui, assurant la moisson chez un cultivateur. Puis il effectue seul une coupe de bois chez un exploitant forestier de Forges, partant « au petit jour et ne[rentrant] que le soir très tard ».

Début octobre, une distribution clandestine de tracts a lieu à Montereau.

Le dimanche 19 octobre, dans la matinée, plusieurs Feldgendarmes viennent appréhender Charles Fourmentin à son domicile dans le cadre d’une vague d’arrestations décidée par l’occupant contre des communistes de Seine-et-Marne, pris comme otages en représailles de distributions de tracts et de destructions de récolte – incendies de meules et de hangars – ayant eu lieu dans le département.

Charles Fourmentin est d’abord conduit à Melun, puis rapidement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager), parmi 86 Seine-et-Marnais arrêtés en octobre (42 d’entre eux seront des “45000”). Il y est enregistré sous le matricule n° 1753 et assigné au bâtiment A3.

Le 28 novembre, le nom de Charles Fourmentin est inscrit sur une liste de 79 otages communistes pouvant être proposés pour une exécution de représailles, établie par la Feldkommandantur 680 de Melun et adressée au chef du district militaire “A” à Saint-Germain-[en-Laye].

Le 11 avril 1942, sa compagne, Louise Gounon, peut lui rendre visite au camp.

Entre fin avril et fin juin 1942, comme René Trillault et Joseph Verger, de Montereau, Charles Fourmentin est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous à pied escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Charles Fourmentin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45556 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [1]).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Charles Fourmentin est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

À une date inconnue, il est admis au Block 21a (chirurgie) de l’hôpital [2].

Charles Fourmentin meurt à Auschwitz le 16 ou 17 août 1942, d’après les registres du camp.

Après la guerre, Louise Gounon dépose une demande d’attribution du titre de Déporté politique.

Le nom de Charles Fourmentin est inscrit sur le monument aux morts de Montereau-Fault-Yonne, place Jacques-Leqesme.

Sources :

- Son nom (prénom orthographié « Karl ») et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 73, 378 et 404.
- Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys ; examens de la situation des internés politiques (cote SC51238) ; cabinet du préfet, dossiers d’attribution de la carte de déporté (SC1994) ; arrestations allemandes, secteur de Provins, dossier individuel (SC51231) ; notes (SC51241) ; fonctionnaires appartenant au PCF (SC51242).
- Archives départementales de Seine-et-Marne, site internet, archives en ligne, registre d’état civil de Salins de 1894 à 1910, cote 6E462/9, année 1896, acte n° 2 (vue 66/258).
- Mémorial de la Shoah, Paris, site internet, Archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste d’otages, document allemand, cote XLIV-60.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 1, cahier photos pages 92* et 93* (reproduction de la liste des prisonniers morts sur le registre d’appel) ; tome 2, page 301 (21877/1942).
- Site Mémorial GenWeb, 77-Montereau-Fault-Yonne, relevé de Christian Prunier (2004).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 23-01-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz n°21 de mai-juin 1948).

[2] L’hôpital du camp : en allemand Krakenbau (KB) ou Häftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus. DansSi c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”. Mais les « 31000 » et Charlotte Delbo ont connu et utilisé le terme « Revier » : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient «  révir  », car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. », Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24.