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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Charles Coutereau naît le 11 février 1908 à Coulommiers (Seine-et-Marne – 77), fils de Victor Coutereau et de Joséphine Prétat. Son père sera décédé au moment de son arrestation.

En 1937 à Coulommiers, Charles Coutereau, employé municipal, épouse Marthe Mangin, employée des PTT (Postes, télégraphe et téléphone), qui sera active dans la Résistance.

Charles Coutereau est un militant communiste. Lors des élections cantonales d’octobre 1937, le PCF le présente comme candidat au Conseil d’arrondissement dans la circonscription de Coulommiers.

En 1938, il emménage à Bagnolet [1] (Seine-Saint-Denis – 93). Au moment de son arrestation et lors de sa détention, il donne plusieurs adresses : 56, rue Pierre-Curie ; 8, rue Girardot ; 69, avenue Raspail ; 27, rue de l’Épine.

Il est employé communal, gardien du cimetière.

En 1938, il est élu au secrétariat de la section de Bagnolet.

Le 28 janvier 1939, à la demande de la direction générale de la Sûreté nationale au ministère de l’intérieur, et après avoir consulté ses sous-préfets, le préfet de Seine-et-Marne transmet à celle-ci un long rapport sur « l’organisation et l’activité de chacun des partis extrémistes » de son département dans lequel sont répertoriées les cellules du parti communiste. Pour la région de Coulommiers, il indique : « Les cellules de ce secteur ne paraissent pas grouper, à l’heure actuelle, un nombre d’adhérents dépassant la cinquantaine. En dehors des membres du bureau […], le principal animateur du parti […] est le nommé Coutereau Charles, ancien secrétaire du rayon […], qui vient fréquemment à Coulommiers réchauffer le zèle des militants communistes dont il est le chef incontesté. »

Le 29 août 1939, Charles Coutereau est arrêté par des agents du commissariat des Lilas pour distribution de tracts subversifs et conduit au dépôt de la préfecture de police de Paris. Il est condamné à six mois de prison et 300 francs d’amende (à vérifier).

Le 1er octobre 1939, en réponse à une directive du préfet de Seine-et-Marne, le commissaire de police de Coulommiers transmets à celui-ci une « liste des partisans communistes non-mobilisés qui font l’objet d’une surveillance particulière de la part de [son] service » sur laquelle est inscrit en tête « Coutereau Charles rue Jean Bobé, détenu à la Santé ».

Libéré et mobilisé dans la période suivante, Charles Coutereau est blessé au combat le 14 juin 1940.

Sous l’occupation, la police française le considère comme un « communiste notoire, principal animateur de la propagande clandestine à Bagnolet ».

Le 5 octobre 1940, Charles Coutereau est appréhendé par la police française lors de la grande vague d’arrestations organisée dans les départements de la Seine et de la Seine-et-Oise par les préfets du gouvernement de Pétain contre des hommes connus avant guerre pour être des responsables communistes (élus, cadres du PC et de la CGT) ; action menée avec l’accord de l’occupant. Charles Coutereau figure sur une liste annexe de vingt-et-un « syndicalistes et militants importants ». Après avoir été regroupés en différents lieux, 182 militants de la Seine sont conduits le jour-même en internement administratif au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé à cette occasion dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

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Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930. 
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Conçus à l’origine pour 150 malades, les locaux sont rapidement surpeuplés : en décembre 1940, on compte 524 présents, 600 en janvier 1941, et jusqu’à 667 au début de juin.

Le 6 septembre 1941, Charles Coutereau est parmi les 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés au camp français (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86), pour l’ouverture de celui-ci.

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 9 février 1942, il est dans le groupe de 52 « communistes » (dont 36 seront déportés avec lui) remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits par des Feldgendarmes à la gare de Poitiers. Enfermés dans deux wagons à bestiaux, ils sont transférés – via Paris – au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Charles Coutereau est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Charles Coutereau est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46323 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Il meurt à Auschwitz le 12 novembre 1942, d’après les registres du camp.

Marthe Coutereau est internée jusqu’au 24 mai 1944.

À Bagnolet, une plaque commémorative a été apposée sur l’immeuble où ils habitaient (au rond-point de la Paix), et une autre au nouveau cimetière (63 avenue Raspail ?).

La mention « Mort en déportation » est apposée sur les actes d’état civil (JORF du 7-08-2011).

Sources :

- Jean-Pierre Gast, Bagnolet 1939-1940, éd. Folies d’encre, août 2004, liste « Résistants déportés » page 284, liste « Résistants internés » page 292-293. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 384 et 400. 
- Site Gallica, Bibliothèque Nationale de France, L’Humanité n° 14095 du mercredi 21 juillet 1937, page 6, “neuvième liste…”. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…) – BA 2447 (chemise “1939, liste des personnes arrêtées”) – cartons “Parti communiste” : BA 2447 (chemise “1939, liste des personnes arrêtées”). 
- Nadia Ténine-Michel, Le camp d’Aincourt (Seine-et-Oise), 5 octobre 1940 – 15 septembre 1942, article in Les communistes français de Munich à Châteaubriant (1938-1941), sous la direction de Jean-Pierre Rioux, Antoine Prost et Jean-Pierre Azéma, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, novembre 1987. 
- Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys, cabinet du préfet ; fonctionnaires appartenant au PCF (SC51242). 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cote 1W104 (dossier individuel) ; notes (SC51241). 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 20-01-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Bagnolet : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).