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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Charles, Paul, Alban naît le 3 novembre 1902 à Paris 20e arrondissement, chez ses parents, Camille Alban, 27 ans, serrurier, et Anna Hurel (?), son épouse, 27 ans, brunisseuse, domiciliés au 89, rue Dixérecourt.

Le 29 septembre 1928 à Paris 18e, Charles Alban se marie avec Andrée Rouquette.

Le 25 novembre 1939 à Gennevilliers [1] (Seine / Hauts-de-Seine), il épouse Madeleine Lamoulen.

Il est père de quatre enfants.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 74, rue Paul-Vaillant-Couturier (rue de l’Arbre-Sec) à Gennevilliers.

Il est métallurgiste (mortaiseur-raboteur).

Adhérent de la CGT, communiste depuis 1934, Charles Alban est élu conseiller municipal le 14 octobre 1934, sur la liste de Jean Grandel, et réélu le 5 mai 1935.

Le 5 octobre 1939, comme pour toutes les villes de la “banlieue rouge”, le conseil municipal de Gennevilliers est “suspendu” par décret du président de la République (sur proposition du ministre de l’Intérieur) et remplacé par une délégation spéciale nommée par le préfet.

Charles Alban est mobilisé du 24 octobre 1939 au 30 juin 1940.

Entre temps, le 9 février 1940, il a été officiellement déchu de son mandat pour ne pas avoir « répudié catégoriquement toute adhésion au Parti communiste ».

Dès son retour dans ses foyers, il participe au combat clandestin.

Le 5 octobre, Charles Alban est arrêté à Gennevilliers par la police française lors de la grande vague d’arrestations organisée dans les départements de la Seine et de la Seine-et-Oise par les préfets du gouvernement de Pétain contre des hommes connus avant guerre pour être des responsables communistes (élus, cadres du PC et de la CGT) ; action menée avec l’accord de l’occupant. Après avoir été regroupés en différents lieux, 182 militants de la Seine sont conduits le jour-même en internement administratif au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), créé à cette occasion dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930. Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930.
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Conçus à l’origine pour 150 malades, les locaux sont rapidement surpeuplés : en décembre 1940, on compte 524 présents, 600 en janvier 1941, et jusqu’à 667 au début de juin.

Le 23 janvier 1941, Charles Alban écrit au préfet de la Seine (voulait-il s’adresser au préfet de police ?) pour protester contre sa détention et demander sa mise en liberté immédiate.

À partir du 16 juillet, un nommé Alban travaille dans la journée chez un agriculteur, à la ferme de la Tilleuse sur la commune voisine de Fontenay-Saint-Père (départ 7 h, retour 20 h 15) : est-ce lui ?

L’administration du camp lit systématiquement la correspondance des détenus et y relève toutes les informations concernant leur état d’esprit à titre individuel ou collectif. Le 12 juillet 1941, après l’invasion de l’URSS par le Reich, le directeur du CSS d’Aincourt adresse un rapport au préfet de Seine-et-Oise avec plusieurs extraits des lettres interceptées en lui faisant « connaître que, depuis la guerre germano-soviétique, [il] communique tous les matins, à Laurent Darnar, la presse parisienne. Ce dernier fait un extrait succinct et objectif des informations que[le directeur fait] afficher ensuite à l’intérieur du Centre. Ce procédé représente l’avantage de [lui] éviter toute critique personnelle dans la rédaction de ce communiqué et a fini de discréditer complètement l’interné Laurent Darnar aux yeux de ses anciens camarades… ». Le 18 octobre, le chef de camp poursuit son enquête sur les convictions des détenus. « Restants persuadés que les communiqués et informations qui leur parviennent sont erronés, ils demeurent convaincus que l’avenir leur sera favorable et que leur libération reste proche. Cet état d’esprit n’est d’ailleurs pas particulier aux seuls internés d’Aincourt, dont les familles elles-mêmes partagent les mêmes dispositions. Enfin, des lettres parvenues d’autres camps prouvent également cette même mauvaise foi devant l’évidente défaite russe. » Il transmet encore au préfet de Seine-et-Oise des extraits de lettres. Charles Alban a écrit à son épouse : « Espérons donc incessamment que ça finira bientôt. Encore un peu de patience et le changement pointera à l’horizon, comme la chanson que nous chantions en chœur lors des promenades heureuses ».

Le 6 février 1942, le commandant du Grand-Paris fait savoir au préfet de Seine-et-Oise que, par une ordonnance prise quatre jours auparavant, 26 communistes du département de la Seine doivent être « placés sous la surveillance de la police allemande et transféré au centre de séjour surveillé allemand à Compiègne. La prise en charge et le transfert d’Aincourt à Compiègne sera assuré par la brigade de Feldgendarmerie de la Feldkommandantur 758 à Saint-Cloud » ; la date et le lieu de la prise en charge ne sont alors pas encore fixés.

Le 11 février, Charles Alban fait partie des 21 militants communistes que les “autorités d’occupations” « extraient » d’Aincourt sans en indiquer les motifs ni la destination au chef de centre. Tous sont conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

transportaquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Charles Alban est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45160 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée – première dans l’ordre des matricules).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Charles Alban se déclare sans religion (« Glaubenslos ») -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de dire dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Charles Alban.

Il meurt à Auschwitz le 9 août 1942, d’après les registres du camp ; un mois après l’arrivée de son convoi.

Déclaré “Mort pour la France”, il est homologué comme “Déporté politique”.

Après la guerre, le conseil municipal de Gennevilliers a donné son nom à une rue de la commune.

Son nom est également inscrit sur la plaque commémorative dédiée « À la mémoire des Conseillers municipaux morts pour la France » (hall de la Mairie de Gennevilliers) et à la Maison du Combattant.

Une courte biographie établie par les Archives municipales insiste sur « son dévouement et sa modestie ».

Sources :
- Son nom et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 17, page 55.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 355, 382 et 393.
- Cl. Cardon-Hamet, notice réalisée pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” du nord des Hauts-de-Seine, citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense (fichier national), Caen – Archives municipales de Gennevilliers (liste des déportés, nom des rues).
- Archives départementales de Paris, site internet, archives en ligne ; registre des naissances du 20e arrondissement à la date du 3-11-1902 (V4E 10824), acte n°3963 (vue 12/25).
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux ; centre de séjour surveillé d’Aincourt, cotes 1w71, 1w74, 1w76, 1w80.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 20 (17902/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 21-02-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Gennevilliers : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).