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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Camille Delbès naît le 4 mars 1892 à Aubin (Aveyron – 12), fils de Jean Marie Delbès et de Marie Fraisne.

Considérant son âge, il devrait avoir été mobilisé au cours de la guerre 1914-1918 (à vérifier…).

À une date restant à préciser, il se met en ménage avec Euphrasie, Bertranne, Marie, Jeanne (son prénom d’usage), Le Breton, née le 19 février 1900 à Melgven (Finistère), cuisinière. Ils ont une fille, Madeleine, née le 21 mars 1927 (à vérifier…).

À une date restant à préciser, Camille Delbès vient habiter à Issy-les-Moulineaux [1] (Hauts-de-Seine – 92). Au moment de son arrestation, il est domicilié au 105 ou au 109, avenue de Verdun.

Il est coiffeur.

Le 12 mai 1935, il est élu conseiller municipal de cette commune sur la liste antifasciste dirigée par Victor Cresson.

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Issy-les-Moulineaux. Place de la Mairie. 
Carte postale écrite en août 1946. Coll. Mémoire Vive.

Le 4 octobre 1939, le Président de la République – Albert Lebrun -, par décret et « sur la proposition du ministre de l’intérieur, suspens jusqu’à cessation des hostilités les Conseils municipaux » de 27 communes de la banlieue parisienne à majorité communiste, dont celui d’Issy-les-Moulineaux, et les remplace par des Délégations spéciales composées de notables désignés.

Camille Delbès est déchu de son mandat le 9 février 1940.

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Le Populaire, quotidien édité par la SFIO, 
édition du 17 février 1940. 
Archives de la préfecture de police, Paris.

Sous l’occupation, les Renseignements généraux le considèrent comme un « propagandiste acharné ».

Le 26 octobre 1940, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif. Le jour même, Camille Delbès est conduit au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes avant-guerre.

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Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte 
montrant les points d’impact après le bombardement 
par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940. 
Arch. dép. des Yvelines, cote 1W71.

Le 25 février 1941, sur le formulaire de « Révision trimestrielle du dossier » de Camille Delbès, à la rubrique « Avis sur l’éventualité d’une mesure de libération », le commissaire spécial, directeur du camp, émet un avis défavorable en s’appuyant sur le constat que cet interné « reste communiste, son internement n’a modifié en rien ses opinions », tout en lui reconnaissant une « attitude correcte – n’a jamais été puni ».

L’administration du camp lit systématiquement la correspondance des détenus et y relève toutes les informations concernant leur état d’esprit à titre individuel ou collectif. Le 12 juillet 1941, après l’invasion de l’URSS par le Reich, le directeur du CSS d’Aincourt adresse un rapport au préfet de Seine-et-Oise avec plusieurs extraits des lettres interceptées en lui faisant « connaître que, depuis la guerre germano-soviétique, [il] communique tous les matins, à Laurent Darnar, la presse parisienne. Ce dernier fait un extrait succinct et objectif des informations que[le directeur fait] afficher ensuite à l’intérieur du Centre. Ce procédé représente l’avantage de [lui] éviter toute critique personnelle dans la rédaction de ce communiqué et a fini de discréditer complètement l’interné Laurent Darnar aux yeux de ses anciens camarades… ». Le 18 octobre, le chef de camp poursuit son enquête sur les convictions des détenus. « Restants persuadés que les communiqués et informations qui leur parviennent sont erronés, ils demeurent convaincus que l’avenir leur sera favorable et que leur libération reste proche. Cet état d’esprit n’est d’ailleurs pas particulier aux seuls internés d’Aincourt, dont les familles elles-mêmes partagent les mêmes dispositions. Enfin, des lettres parvenues d’autres camps prouvent également cette même mauvaise foi devant l’évidente défaite russe. » Il transmet encore au préfet de Seine-et-Oise des extraits de lettres. Un proche écrit à Camille Delbès : « …Plein d’espoir dans cette période grave pour tous et qui, j’espère, sera décisive… ».

Le 9 mai 1942, Camille Delbès est parmi les quinze internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers 
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, 
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. 
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise, 
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements 
avec “dégâts collatéraux” sur le camp. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Camille Delbès est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45441, selon les listes reconstituées (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Camille Delbès.

Il meurt à Auschwitz le 31 août 1942, d’après les registres du camp.

Jeanne Delbès, son épouse, est active au sein des FTP, assurant la liaison avec l’inter-région sous le pseudonyme de « Gusse ». En avril 1944, elle est arrêtée « en possession d’un carnet annoté établissant son activité ». Le 15 août, elle est déportée de la gare de Pantin vers le KL [2] Buchenwald, les Allemands vidant les prisons de la région parisienne. Transférée au KL Ravensbrück, elle y meurt en mars 1945 (J.O. du 10-03-1988).

Le nom de Camille Delbès inscrit sur le monument « à la mémoire des combattants et de toutes lesvictimes de guerre » d’Issy-les-Moulineaux, place Bonaventure-Lecat, derrière la mairie.

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Sur une des stèles du monument d’Issy-les-Moulineaux, 
les “45000” : Delbès Camille, Dumont Paul, Lacour Louis 
et Rossignol Ernest. Cliché Mémoire Vive.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 10-03-1988).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 355, 382 et 401. 
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94), carton “Association nationale des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “activité communiste sous l’occupation ” : carton V (chemise Liste des conseillers municipaux communistes de banlieue déchus). 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt, cotes 1w74 (révision trimestrielle), 1w71, 1w80 (notice individuelle). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 218 (26016/1942). 
- Site Mémorial GenWeb, 92-Issy-les-Moulineaux, relevé de Jérôme Charraud (11-2002). 
- Jean-Pierre Besse, notice de Jeanne Delbès sur le site du Maitron en ligne, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 25-02-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Issy-les-Moulineaux : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.