JPEG - 77.1 ko
Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Auguste, Ernest, Gasrel naît le 21 avril 1894 à Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine – 35), fils de Rosalie Gasrel, 16 ans, sans profession, et de « père inconnu ». Il est présenté à l’officier d’état civil par son grand-père (?), 51 ans, tailleur de pierre.

Son oncle Joseph tient une boulangerie pour laquelle sa mère Rosalie livre le pain avec une charrette. Lorsqu’elle tombe enceinte d’un homme marié, commandant dans la marine marchande, elle nie cette grossesse (alerté, le médecin de famille doit dire à sa mère que la jeune fille ne mourra pas du mal dont elle souffre). Quand l’enfant naît, Rosalie refuse de s’en occuper. Plus tard, elle épousera un homme qui n’est pas le père du garçon.

Augustin Gasrel est élevé par ses grands-parents maternels, appelant sa grand-mère « Maman » et vouvoyant sa vraie mère (quand il sera arrêté, celle-ci déclarera : « C’est bien fait pour lui : il aurait mieux fait de fermer sa g… »). Alors que sa famille est très religieuse, lui-même se déclarera incroyant (« glaubenslos ») à Auschwitz.

Le 16 janvier 1912, à Brest, Augustin Gasrel s’engage volontairement comme électricien de 2e classe au 1er dépôt des équipages de la Flotte jusqu’à l’expiration légale du service dans l’armée active de la classe 1914, à laquelle il appartient par son âge. La Première guerre mondiale prolonge sa mobilisation. Il part en mer du 2 août 1914 au 26 juillet 1916, puis du 1er octobre suivant au 27 octobre 1917. Le 15 juillet 1919, il est mis en sursis illimité de démobilisation. Le certificat de bonne conduite lui est refusé.

Le 12 août 1919 au Havre (Seine-Maritime [1] – 76), Augustin Gasrel se marie avec Jeanne Doffémont, née le 9 décembre 1900 à Paris 11e. Ils sont alors domiciliés au 13, quai Videcoq. Ils auront deux enfants : Jeanne, née le 25 avril 1920 (partie vivre en Belgique) et un fils, Auguste, Louis, né le 11 mai 1922.

En septembre 1919, le couple habite au 13, quai Videcoq, au Havre. Fin mars 1930, ils demeurent au 22, rue Bazan, toujours au Havre.

Au moment de son arrestation, Augustin Gasrel est domicilié au 8, passage Coquelin-Aîné [2], à Graville-Sainte-Honorine, commune devenue un quartier du Havre après-guerre.

Auguste Gasrel est mécanicien ou électricien, selon les sources. Il est possible qu’il gère un café-restaurant (où il tiendrait des propos anti-allemand).

Dès les années 1920, il s’investit dans les comités de quartier, ce qui le met en relation suivie « avec l’Hôtel de Ville ».

En 1938 – peut-être lors de la mobilisation qui précède les accords de Munich -, il commence à organiser des cours de Défense passive, puis des cours sur les gaz de combat.

Selon la police, il est adhérent du Parti communiste en 1936 et 1937, et également membre du Secours rouge, où il se « [distingue] notamment en collectant pour les gouvernement espagnol ». Lui-même récusera tout engagement politique.

Au début de la mobilisation, Augustin Gasrel se porte volontaire pour la Défense passive, mais ne « signe » qu’en 1940. Sous l’occupation, il est chef de la Défense passive du secteur Nord du Havre. Son fils, engagé volontaire dans la Marine nationale et fait prisonnier par les Anglais en défendant Libreville, est détenu pendant un temps au camp de Batochenga, au Cameroun.

Auguste Gasrel aurait des activités de résistance.

Le 22 septembre 1941, la police française procède à une perquisition à son domicile qui n’amène aucune découverte. Il pense avoir été dénoncé par le directeur de la Défense passive du Havre, auquel il a reproché « certains abus de feuilles de tickets de pain ».

Le 22 octobre, à 4 heures du matin, Auguste Gasrel est arrêté chez lui par des agents du commissariat central du Havre. Il est incarcéré à la Maison d’arrêt du Havre, officiellement « sur ordre préfectoral », probablement au quartier allemand de la prison.

Le 22 décembre, il est transféré à Rouen (?) avec Eugène Friot.

À une date restant à préciser, il est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne [3] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Enregistré sous le matricule n° 2296, il est assigné pendant un temps au bâtiment A7.

Le 20 avril 1942, il écrit au préfet régional pour solliciter sa libération, qu’il justifie par son « droit d’aller porter secours à [ses] concitoyens » de la « malheureuse ville du Havre […] soumise presque chaque jour à des bombardements intense. »

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Auguste Gasrel est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46325 (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Auguste Gasrel se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Auguste Gasrel.

Il meurt à Auschwitz le 1er octobre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Il a été homologué comme “Déporté politique” (1001-4363) le 24 janvier 1955.

Son nom est inscrit sur le monument commémoratif dédié à la Résistance et à la déportation, situé dans les jardins de l’Hôtel de Ville du Havre («  Le 29 avril 1990, l’urne contenant des cendres de nos héros et de nos martyrs morts en déportation a été transférée dans ce monument. »).

La mention “Mort en déportation” est portée sur les actes de décès (arrêté 10-08-1992 – J.O. n° 226).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 375 et 405. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Haute-Normandie réalisée à Rouen en 2000, citant : Liste établie par Louis Eudier (45523), du Havre, 1973 – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen. 
- June Gasrel Tibbett, fille d’Eugène Gasrel, cousin d’Auguste Gasrel (correspondance 05-2008). 
- Archives départementales d’Ille-et-Vilaine (AD 35), site internet du Conseil général, archives en ligne ; état civil de Saint-Lunaire, registre des naissances de l’année 1894 (cote 10 NUM 35287 455), acte n°16 (vue 5/12) ; registre des matricules militaires, bureau de Rennes, classe 1914, vol. 4, matricules de 1501 à 2000 (cote 1 R 2161), matricule 3674 (vue 547/752). 
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’Hôtel du Département, cabinet du préfet 1940-1946 ; individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels de G à H (cote 51 W 416), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis jouvin (“45697”). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 336 (33842/1942). 
- Site Mémorial GenWeb, 76, Le Havre, relevé de Thierry Prunier (05-2004).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 2-10-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Le passage Coquelin-Aîné est situé entre l’église Sainte-Cécile et le bois des Hallates (forêt de Mongeon).

[3] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).