JPEG - 77.1 ko
Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Arthur, Émile, Étienne, Lepetit naît le 2 mars 1907 au Mont-d’Aubusson (Creuse – 23), fils d’Ernest (?) Lepetit et Eugénie Pauly.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 110, rue Jules-Ferry à Colombes [1] (Hauts-de-Seine – 92). Il est marié et a deux enfants.

Arthur Lepetit est maçon (cimentier) à l’entreprise Chaize d’Asnières [1] (92).

C’est un militant communiste “de base”, écrit sa veuve qui précise ses activités : « service d’ordre, garde à la maison de L’Huma », diffuseur CDH (Comité de défense de L’Humanité), et membre du syndicat des Locataires (quel secteur ?).

Il continue son action pendant l’occupation : cache des machines chez un paysan, tire et diffuse des tracts, colle des affiches.

Le 10 ou 11 février 1941, à 11 heures du soir, Arthur Lepetit est arrêté chez lui par la police française qui le roue de coups qui lui fait avouer ses activités clandestines, notamment la « distribution de tracts dans les boîtes aux lettres » : son nom avait été donné par un de ses camarades, arrêté la veille en collant des affiches.

Le 13 février, il est conduit au dépôt de la préfecture de police (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice, île de la Cité) et mis à la disposition de la Justice qui l’inculpe d’infraction au décret du 26-09-1939.

JPEG - 126.7 ko
Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. 
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée. 
(montage photographique)

Le 4 juin, la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine condamne Arthur Lepetit à un an de prison, 100 francs d’amende et cinq ans d’interdiction de droits civiques et politiques. Le 17 juin, Arthur Lepetit est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne – 94) ; n° d’écrou “ correction homme” 8668.

Le 20 septembre, le Tribunal d’État confirme sa condamnation. Le 9 octobre, Arthur Lepetit est transféré à la Maison centrale de Poissy (Yvelines – 78).

JPEG - 132.4 ko
Au deuxième plan, la Maison centrale de Poissy vers 1916. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

À l’expiration de sa peine, il n’est pas libéré : le 13 février 1942, il est dans un groupe de vingt-quatre « militants communistes » détenus à Poissy – composé pour moitié de futurs “45000” – transférés au dépôt de la préfecture de police de Paris.

Le 25 mars 1942, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif et, le 16 avril, il fait partie d’un groupe de détenus enregistrés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28), où il reçoit le matricule n° 85.

JPEG - 135.7 ko
Musée de la Résistance Nationale, Champigny. 
Fonds de l’Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. 
Droits réservés.

Le 10 mai 1942, Arthur Lepetit fait partie des 81 internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Arthur Lepetit est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I), sous le numéro 45782 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Il meurt à Auschwitz le 10 mai 1943, d’après les registres du camp.

Déclaré “Mort pour la France”, il est homologué au grade de sergent de la Résistance Intérieure Française (9-10-1949, notification 2176) et homologué comme “Déporté politique”. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 29-09-1994).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 381 et 403. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice réalisée pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” du nord des Hauts-de-Seine, citant : Lettre de Robert Guérineau, ancien résistant qui a effectué des recherches dans les registres d’état civil de la mairie de Colombes – État civil de la mairie de Colombes – Questionnaire rempli par sa veuve, accompagné d’attestations (22/2/1991). 
- Archives Départementales du Val-de-Marne, Maison d’arrêt de Fresnes, registre d’écrou n° 151, “correction hommes” du 20 avril au 7 juillet 1941, cote 2742w18. 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, carton BA 2374 (occupation allemande – camps d’internement…). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 711 (19625/1943).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 13-12-2009)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Colombes et Asnières : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).