JPEG - 73.3 ko
Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

La Jeunesse

Antoinette Tressard naît le 7 juin 1919 à Quimperlé (Finistère), fille unique d’un ferronnier d’art.

Plus tard la famille s’installe en région parisienne, à Vanves (Hauts-de-Seine). Antoinette suit des études jusqu’à l’école primaire supérieure et devient secrétaire.

En août 1940 (peu avant la guerre), à la mairie de Montrouge, elle épouse Mary, Émile, Besseyre, né le 7 octobre 1907 à Auxon (Aube), peintre en bâtiment, pour qui il s’agit de secondes noces.

Ce militant communiste avait rejoint les Brigades internationales en Espagne du 17 novembre 1936 au 23 août 1937 comme commissaire politique au sein du bataillon Henri-Vuillemin de la 13e Brigade.

Antoinette est elle aussi une militante communiste.

Arrêté en mars 1940, après l’interdiction du Parti communiste, pendant la “drôle de guerre”, son père sera interné dans divers camps en France (Ile-de-Ré, Riom…).

En mars 1941, Mary, Émile, Besseyre fait partie du triangle de direction du Parti communiste clandestin pour la région P5, en chargé de la propagande.

Le 14 juillet, il est blessé dans une manifestation à Richelieu-Drouot, hospitalisé à l’Hôtel-Dieu puis emprisonné à la Maison d’arrêt de la Santé, d’où il est relâché deux jours après.

Fin 1941, il est victime d’une dénonciation qui restera sans suite immédiate (relatée par Laurent Joly ; voir sources).

Le 8 décembre, Marguerite D. [1], infirmière dévouée et appréciée de son entourage, se souvient d’un ancien voisin [?], connu pour son engagement communiste et sa mauvaise moralité (selon ses critères) :

Monsieur le Préfet,

 

Autorisée à vous écrire à la suite de l’annonce parue dans les journaux au sujet des détracteurs communistes : nous avons eu voici quelques années, c’est-à-dire jusqu’à son départ pour l’Espagne, un nommé BESSEYRE (qui n’hésita pas à l’époque de laisser sa femme et ses deux enfants afin d’avoir plus d’activité). […] Depuis, il change fréquemment de domicile, sa femme et sa famille habitent Versailles, je crois qu’il a eu la précaution de divorcer […]. Je ne connais pas l’adresse de sa famille mais il vous sera facile de la trouver à l’état civil à l’hôpital de la localité, en raison du décès de sa petite fille Yvette vers le 19 ou 20 octobre 1941.

Si mon médiocre renseignement peut apporter un peu de lumière car je suis sûre que cet individu est plus que suspect, j’en serai fière, je serai ainsi sûre d’avoir rendu service à mon pays.

Je vous prie, M. le Préfet, d’excuser mon audace à vous écrire, veuillez croire à mon entière [sic] dévouement.

L’enquête ouverte par la 1ère section des RG en vue de découvrir Mary Besseyre, cadre clandestin ardemment recherché par la police, est infructueuse. Si un inspecteur vient interroger Mme D. chez elle à Vanves, l’infirmière ne peut que lui communiquer des informations datées et sans intérêt.

Début 1942, Mary Besseyre est nommé commissaire technique, membre de triangle de direction des FTP de la région parisienne.

L ‘arrestation dans le groupe FTP Losserand

Le 13 mai 1942, le couple est arrêté à Paris dans le 15e arrondissement où ils vivaient sous une fausse identité par des agents du commissariat de Puteaux (brigade spéciale). Arrestation qui oblige la BS2 “antiterroriste” à interrompre une série de filatures commencée le 28 mars 1942 quand a été identifiée France Bloch-Sérazin, chimiste et “artificier” du groupe (affaire Losserand, Douillot).

Le 18 mai, Antoinette est conduite au dépôt de la préfecture de police.

La condamnation de Mary Besseyre

Le 30 septembre 1942, le tribunal militaire allemand de Paris condamne à mort Mary Besseyre, Gaston Carré et Raymond Losserand. Le 21 octobre, ils sont exécutés au champ de tir d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).

Le 27 octobre 1942, Antoinette Besseyre est transférée – avec Yvonne Carré, Charlotte Douillot et Marie-Louise Losserand – au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas [2] (Seine-Saint-Denis – 93), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122. Elle y est enregistrée sous le matricule n° 1005.

Antoinette a suivi l’itinéraire du plus grand groupe : Birkenau, la quarantaine, la couture, Ravensbrück, Mauthausen.

Le retour

Elle rentre à Paris à fin avril 1945.

Son père, déporté au KL Buchenwald [3], rentre peu après elle.

Antoinette se marie en secondes noces avec Monsieur Delporte.

Toutefois, elle est très gravement malade. Pendant dix-sept ans, elle a des anniversaires de typhus. Elle se soigne avec une énergie qui fait partie de son caractère, elle ne s’écoute pas.

Elle est homologuée au grade fictif d’adjudant dans la résistance intérieure française (RIF).

À une date restant à préciser, le Conseil municipal de Vanves donne le nom de Mary Besseyre à la rue Raspail, passant devant l’Hôtel de ville.

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), page 38.
- Marion Queny, Un cas d’exception : (…) le convoi du 24 janvier, mémoire de maîtrise d’Histoire, Université Lille 3-Charles de Gaulle, juin 2004, notamment une liste réalisée à partir du registre de Romainville (copie transmise par Thomas Fontaine), pp. 197-204, et p. 114.
- Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre, Le sang des communistes, Les Bataillons de la jeunesse dans la lutte armée, Automne 1941, collection Nouvelles études contemporaines, Fayard, février 2004, page 241, notes pp. 367-368.
- Jean-Pierre Besse, notice de Mary Besseyre, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (DBMOF), sous la direction de Jean Maitron, site Le Maitron en Ligne.
- Laurent Joly, introduction de La délation dans la France des années noires, ouvrage collectif sous la direction de l’auteur, éditions Perrin, avril 2012, page 41. L’auteur ne fait pas mention de la déportation d’Antoinette Besseyre.
- Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004, convoi I.252, t.4, pages 1358-1359, 1403.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 30-09-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] La délatrice : Laurent Joly semble créditer celle-ci d’un pétainisme sincère et désintéressé (patriotique ?). « Le drame des otages, les incitations publiques à dénoncer, le discours du “vent mauvais” et autres appels du Maréchal, la loi du 25 octobre, tous ces éléments favorisent inévitablement une recrudescence des dénonciations, perceptible en 1941. D’ “honnêtes” citoyens, désireux d’aider les autorités, se manifestent. » « À la Libération, Marguerite D., mortifiée, convaincue d’être responsable [du décès d’Émile Besseyre], se laissera condamner à cinq ans de travaux forcés, se contentant de rappeler, comme circonstance atténuante, le contexte de l’époque, les appels dans la presse, etc. »

[2] Les Lilas : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne” (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[3] Le père d’Antoinette Besseyre : probablement s’agit-il de Louis Tressard, né le 27 juillet 1893 à Mellac (Finistère), déporté dans le train composé de 1088 hommes et de 101 femmes et enfants parti de Toulouse le 31 juillet 1944 et arrivés au KL Buchenwald le 6 août (matri. 69117). Il s’agit d’un transport d’évacuation de plusieurs centres d’internement de la région de Toulouse, organisé par des Allemands cherchant alors à quitter la ville face à la progression des troupes alliées. Ainsi, l’administration française, sous la pression de l’occupant, vide le 30 juillet le camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), à 30 kilomètres au nord-est de Toulouse, et lui remet ainsi des centaines de personnes pour qu’elles soient déportées. Le même jour, d’autres arrêtés de répression,des hommes et des femmes, sont extraits par les Allemands de la prison Saint-Michel à Toulouse […] Après Buchenwald, femmes et enfants poursuivrons leur trajet jusqu’au KL Ravensbrûk.