Anne-Marie Ostrowska, née Borsch, le 13 novembre 1900, à Schwalbach en Allemagne (Rhénanie), morte à Birkenau fin mars-début avril 1943.

Anne-Marie Ostrowska vient au monde le 13 novembre 1900, à Schwalbach en Rhénanie dans une famille de cinq enfants, son père est un entrepreneur de maçonnerie. d’origine allemande, mariée à un Juif d’origine polonaise.

De l’Allemagne à la France

Anne-Marie Borsch rencontre son futur mari, Salomon Ostrowska, à l’âge de vingt ans. Son mari est d’origine juive polonaise.

À sa naissance, la Pologne n’existe pas. Bien qu’ayant vécu en Allemagne depuis sa prime jeunesse il est donc considéré, dans les années 1920, comme « réfugié russe ». Il ne peut se marier avec Anne-Marie, car il ne peut prouver qu’il n’est pas déjà marié dans son pays d’origine. En effet, dans ces années, il est impossible de se procurer des papiers en Russie.

Anne-Marie doit tout affronter. Ses parents la renient. Elle se convertit au judaïsme. Le couple se marie religieusement et s’installe à Berlin. Anne-Marie travaille avec son mari dans la maroquinerie.

En 1923, Hitler tente son coup d’état. Les nazis menacent les Juifs. Salomon, qui a quitté avec ses parents la Pologne après la Révolution de 1905, sait ce que veut dire l’antisémitisme. En 1924, les Ostrowska partent vers la liberté et la France. Le couple a alors un premier enfant âgé de deux ans : un fils. Toujours considéré comme « réfugié russe », Salomon obtient un passeport “Nansen”. Anne-Marie obtient également un tel passeport.

Le XIe arrondissement

Le couple Ostrowska se marie civilement à la mairie du XIe arrondissement en 1925. Il a un deuxième enfant : une fille. Il tient un petit atelier de maroquinerie, rue Oberkampf.

La guerre

Salomon Ostrowska s’engage dans l’armée française alors que les frères d’Anne-Marie sont dans la Wehrmacht.

Les lois raciales

Dans un premier temps, le couple Ostrowska se déclare comme Juif. Il comprend immédiatement l’erreur. Anne-Marie presse son mari pour qu’il parte s’abriter en zone sud. Le père et le fils partent à l’automne 1941. Ils sont arrêtés par la gendarmerie française dès la ligne de démarcation franchie. Le père est envoyé au camp de Gurs, le fils au camp de Mauriac.

La tentative d’Anne-Marie

Anne-Marie Ostrowska ne songe qu’à faire évader son mari. Pour ce faire, elle fait valoir son origine allemande. Elle obtient une carte d’identité « normale », sans tampon marqué « Juif ». Ce qui lui permettra de se déplacer plus facilement pour rejoindre son mari.

Avec sa fille, elle part vers la zone sud en septembre 1942.

L’arrestation

La mère et la fille sont arrêtées à Vierzon, par la Gestapo. Elles sont aussitôt emprisonnées à Orléans.

Anne-Marie Ostrowska, considérée non-juive, est envoyée à Romainville, où elle arrive le 15 novembre 1942. La fille, considérée comme juive, est envoyée au camp de Pithiviers, puis à Drancy.

Auschwitz

Anne-Marie Ostrowska est morte au marais, ses camarades l’ont portée au camp pour l’appel. C’était à la fin mars ou début avril 1943.

La déportation de Salomon

Salomon Ostrowska est transféré de Gurs à Drancy. Il est déporté en février-mars 1943. Une destination inconnue. Charlotte Delbo supposeMaïdanek. Il faudra vérifier cette hypothèse auprès du Mémorial de la Shoah. Il n’est pas revenu.

Le destin de la fille

À Drancy, la fille est considérée comme « demi-juive ». Elle est alors envoyée travailler chez Lévitan, une entreprise réquisitionnée pour emballer et expédier en Allemagne, les biens juifs.

Le fils : sa résistance et sa déportation

Le fils s’évade du camp de Mauriac après deux ans d’emprisonnement. Il se réfugie à Nice. Il s’engage dans la Résistance. Il est pris dans une rafle, des tracts dans sa poche. Par défi, il dit : « Je suis Juif ». Il est déporté via l’Italie par un convoi de Juifs italiens.

À Auschwitz, il est envoyé à la mine de Jannina, un commando dont huit hommes sur deux mille ont survécu. Il est libéré par l’armée rouge, le 27 janvier 1945. Il est rapatrié par Odessa.

Il retrouve sa sœur dans le XIe arrondissement, au 18, avenue Parmentier – l’appartement des parents, vidé de tout contenu. En 1946, un employé de la mairie du XIe est venu prévenir les enfants de la mort de leur mère.

Source : 
- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, pages 219-220