Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

André Mortureux [1] naît le 15 septembre 1901 à Plombières-les-Dijon (Côte-d’Or), fils d’Auguste Mortureux, ouvrier à la minoterie Troubat et Cie de la ville, et de Joséphine Ancéry. André est le cinquième de six enfants.

En mars 1921, André Mortureux habite à Paris et travaille comme infirmier.

Le 6 avril 1921, il  est incorporé à la 8e section d’infirmiers militaires afin d’y accomplir son service obligatoire. Le 12 novembre 1922, il est nommé caporal. Le 30 mai 1923, il est renvoyé dans ses foyers et se retire au 31, boulevard Sébastopol, à Dijon.

Le 24 octobre 1925 à Paris 20e, André Mortureux épouse Marie Sébastien. Ils auront deux enfants ; l’un sera âgé de huit ans au moment de son arrestation, le deuxième naitra le 29 décembre 1940.

En 1926, André Mortureux entre comme employé à l’octroi [2] de Paris (péage où transporteurs et commerçants acquittent une taxe municipale sur certaines marchandises). Deux ans plus tard, il est nommé sous-brigadier.

En août 1927, il est domicilié au 11, rue Méchain, à Paris 14e. Début janvier 1936, il habite au 34, avenue Hoche (ou Roche), à Sevran(-Livry) [3] (Seine-et-Oise / Seine-Saint-Denis – 93).

En 1936, André Mortureux adhère au Parti communiste. Militant actif, secrétaire d’une cellule locale à Sevran, il est également secrétaire du Comité des usagers des chemins de fer et de la route.

En octobre 1937, il demeure au 2, allée Jean Bte (?), à Sevran.

En 1939, la famille emménage au 61, rue Augustin-Thierry à Sevran, dans un pavillon bâtit grâce à la loi Loucheur, dont le couple est propriétaire, mais dont André doit payer les traites.

Lors de la “drôle de guerre”, après l’interdiction du Parti communiste, il ne désavoue pas ses engagements.

Le 2 septembre 1939, André Mortureux est mobilisé, d’abord comme infirmier-major à l’hôpital complémentaire du lycée Michelet à Vanves (Seine / Hauts-de-Seine), puis à l’hôpital militaire Villemin, au 8, rue des Récollets, Paris 10e, à proximité de la gare de l’Est par laquelle arrivaient déjà les blessés évacués du front en 1914-1918 [4]. Il n’est renvoyé dans ses foyers que le 12 octobre 1940 !

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Paris 10e. Entrée de l’hôpital militaire Saint-Martin,
rue des Récollets. Carte postale oblitérée en 1908.
Collection Mémoire Vive.

Le 21 février 1941, le commissaire de Police de Livry-Gargan écrit au secrétaire général de la Police de Seine-et-Oise, à Versailles, pour lui transmettre un rapport d’enquête approfondie et de surveillance sur 29 individus signalés et domiciliés à Servan, desquelles il résulte que tous sont d’anciens adhérents du parti communiste, certains militants, aucun ne semblant se livrer alors à une « activité subversive en faveur du parti dissous ». Parmi ceux-ci, Maurice Métais et André Mortureux.

Le 24 avril suivant, le commissaire de Livry-Gargan écrit au secrétaire général de la Police pour l’informer qu’une distribution d’environ 200 tracts a eu lieu au cours de la nuit précédente dans le quartier de la gare et dans le lotissement des Trèfles, les « auteurs » de cette distribution n’ayant pu être identifiés. Comme mesure de répression, en application de l’arrêté préfectoral du 19 août 1940, il propose l’internement d’André Mortureux au titre de communiste.

La décision semble être transmise par téléphone. Une note interne du cabinet du préfet datée du même jour en atteste : le commissaire de Livry-Gargan, « nouveau fonctionnaire dans la commune », a repéré lui-même André Mortureux. « Mais il s’agit d’un individu non encore astreint à la résidence forcée. Le commissaire craint que, procédant aux formalités d’usage pour l’établissement de sa fiche individuelle, Mortureux, se sentant menacé, ne lui échappe. Il conviendrait donc, à son avis, soit de lui notifier immédiatement la résidence obligatoire, en attendant un internement ultérieur, soit de l’interner, en fait, de suite ». Soumise au directeur de cabinet, la décision est prise : internement immédiat. Instruction est donnée au commissaire de Livry-Gargan, d’appréhender André Mortureux pour le diriger sur Aincourt, puis d’envoyer un dossier de propositions ; la police d’État de Seine-et-Oise étant priée de son côté de faire le nécessaire pour ce transfert au camp et de soumettre d’urgence à la signature du préfet l’arrêté d’internement. Celui-ci ne sera transmis que le 28, mais antidaté du 24.

André Mortureux est immédiatement arrêté par la police de Livry-Gargan. Au cours de la perquisition, on lui confisque ses livres et ses documents, mais aucun élément compromettant n’est trouvé.

Dirigé sur Versailles, André Mortureux est interné deux jours plus tard au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise /Val-d’Oise), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes avant-guerre.

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Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930.
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Conçus à l’origine pour 150 malades, les locaux sont rapidement surpeuplés : en décembre 1940, on compte 524 présents, 600 en janvier 1941, et jusqu’à 667 au début de juin. André Mortureux est assigné à la chambre C.V. 4 bis.

Le 9 mai, le préfet de Seine-et-Oise écrit au préfet de la Seine pour lui faire savoir qu’il a fait interner André Mortureux, en lui laissant le soin d’apprécier, comme employeur, si cette décision doit se traduire par une « décision administrative » [révocation] que lui-même estime « opportune ».

À Plombières-les-Dijon (21), une Madame veuve Mortureux sollicite une allocation de secours en tant que famille nécessiteuse d’un interné administratif ; probablement sa mère, aux besoins de laquelle il ne peut plus subvenir… (le père d’André est effectivement décédé).

Le 1er juin 1941, Marie Mortureux écrit au préfet de Seine-et-Oise pour solliciter la libération de son mari, en s’appuyant sur la bonne réputation de celui-ci et sur le fait qu’elle-même ne peut « faire vivre[ses] deux enfants avec une allocation journallère de 19 francs ».

Le 21 juin, le commissaire de police spéciale commandant le camp, transmet au préfet de Seine-et-Oise un rapport sur André Mortureux, indiquant que plusieurs de ses lettres ont été censurées et relevant dans l’une d’elles : « C’est ici même que je puise cette conviction. Ah, si tu pouvais connaître le moral de tous nos camarades. Ce moral est fondé sur des choses renversantes que tu connaîtras un jour. Alors c’est à moi, qui suis ici, de te dire courage, courage, et surtout patience. »

Le 27 juin – avec cinq autres Sevranais, dont Georges Denancé et Maurice Métais – André Mortureux est inscrit et “pointé” sur une liste de 88 internés communistes de Seine-et-Oise – dont 32 futurs “45000” – remis aux “autorités d’occupation” et conduits à l’Hôtel Matignon, à Paris, – alors siège de la Geheime Feldpolizei – où ils sont rejoints par d’autres détenus, arrêtés le même jour et les jours suivants dans le département de la Seine [5]. Tous sont ensuite menés au Fort de Romainville (sur la commune des Lilas – 93), élément du Frontstalag 122. Considérés comme étant en transit, ils ne sont pas enregistrés sur les registres du camp [6].

Trois jours plus tard, les hommes rassemblés sont conduits à la gare du Bourget (Seine / Seine-Saint-Denis) et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Polizeihaftlager). Ils sont parmi les premiers détenus qui inaugurent ce camp créé pour les « ennemis actifs du Reich ».

Cependant, le 11 juillet, le commandant du camp d’Aincourt transmet au cabinet du préfet de Seine-et-Oise « cinq notices individuelles concernant des internés mis à la disposition des autorités allemandes le 29 juillet 1941 » [sic], dont celles d’André Mortureux et Jean Romanet. Concernant le mois, il s’agit d’une faute de saisie, puisqu’un tampon date la réception de ce courrier au 12 juillet. Mais un secrétaire a-t-il également commis une erreur sur la transcription du jour… ?

Le 31 juillet, le préfet de Seine-et-Oise demande au commissaire de police de Sevran de notifier à l’épouse d’André Mortureux sa décision de ne pas autoriser celui-ci à rentrer dans ses foyers « en raison de l’activité politique particulièrement prononcée » de son mari.

Le 5 mai, le préfet transmet au Conseiller supérieur d’administration de guerre [sic] de la Feldkommandantur de Saint-Cloud une liste d’anciens internés d’Aincourt à la libération desquels il donne un avis défavorable – « renseignements et avis formulés tant par [ses] services de police que par le directeur du centre de séjour surveillé » ; liste accompagnée de notes individuelles avec copie traduite en allemand, dont celle d’André Mortureux.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, André Mortureux est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45905 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté André Mortureux.

Il meurt à Auschwitz le 8 octobre 1942, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Le 16 janvier 1943, Marie Mortureux écrit au préfet de Seine-et-Oise pour savoir ce qu’est devenu son mari, car elle « ignore s’il est encore en vie ». « Pourquoi, Monsieur le préfet, ne les laisse-t-on pas écrire ? Ils sont sans vêtements chauds, sans colis, sans nouvelles des leurs depuis bientôt sept mois. Si au moins la Croix-Rouge pouvait envoyer des colis. Mais impossible, puisqu’elle-même ne sait pas où ils sont ». Le 25 janvier, le préfet répond : « …j’ai l’honneur de vous informer que seules les autorités occupantes sont susceptibles de vous renseigner sur le sort de votre mari, les détenus administratif de cette catégorie échappant à mon contrôle ». Il la laisse se débrouiller en lui conseillant d’écrire au « Directeur du Fronstalag 122 à Compiègne ».

Après la guerre, le conseil municipal de Sevran donne le nom d’André Mortureux à une rue de la ville.

Son nom est inscrit sur le Monument aux morts de Sevran, situé dans le cimetière communal.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 386 et 414.
- Archives départementales de Côte-d’Or (AD 21), Dijon.
- Archives départementales de Côte-d’Or, site internet, archives en ligne ; registres matricules du recrutement militaire, bureau de Dijon, classe 1921 (R2571), matricule 1561 (vue 81/360).
- Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l’Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, pages 197 et 198.
- Sachso, Amicale d’Orianenburg-Sachsenhausen, Au cœur du système concentrationnaire nazi, Collection Terre Humaine, Minuit/Plon, réédition Pocket, mai 2005, page 36 (sur le transfert depuis Aincourt des 88 de Seine-et-Oise, fin juin 1941).
- Gérard Bouaziz, La France torturée, collection L’enfer nazi, édité par la FNDIRP, avril 1979, page 262 (sur les arrestations du 27 juin 1941).
- Archives départementales des Yvelines et de l’ancien département de Seine-et-Oise (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w73, 1w80 (relations avec les autorités allemandes), 1w142 (dossier individuel), 1w277 (Liste des 88 internés d’Aincourt remis les 27 juin 1941 à la disposition des autorités d’occupation).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 830 (34111/1942).
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94), carton “Association nationale des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes.
- Site Mémorial GenWeb, 93-Sevran, relevé d’Alain Claudeville (2000-2002).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 15-06-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] André Mortureux : sur certains documents, son patronyme est parfois orthographié « MONTHUREUX ».

[2] L’octroi : sous l’occupation, l’octroi accroissait encore plus les difficultés d’approvisionnement des denrées pour les Parisiens. Il fut supprimé définitivement par la loi n° 379 du 2 juillet 1943 portant suppression de l’octroi à la date du 1er août du gouvernement Pierre Laval. (source : Wikipedia)

[3] Sevran : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine-et-Oise (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[4] L’hôpital militaire Villemin, installé dans l’ancien couvent des Récollets : devenu trop vétuste, il ferme ses portes en 1968 et est évacué en 1971.

[5] Les 88 internés de Seine-et-Oise. Le 26 juin 1941, la Feldkommandantur 758 de Saint-Cloud transmet au préfet du département de Seine-et-Oise – « police d’État » -, cinq listes pour que celui-ci fasse procéder le lendemain à l’arrestation de ressortissants soviétiques ou de nationalité russe ancienne ou actuelle, dont 90 juifs, et de républicains espagnols en exil, soit 154 personnes. La sixième catégorie de personnes à arrêter doit être constituée de «  Différents communistes actifs que vous désignerez  » (aucune liste n’étant fournie). Tous doivent être remis à la Geheime Feldpolizei, à l’Hôtel Matignon, à Paris.

Si aucun autre document n’atteste du contraire, c’est donc bien la préfecture de Seine-et-Oise qui établit, de sa propre autorité, une liste de 88 militants communistes du département à extraire du camp d’Aincourt.

Le 27 juin, le commandant du camp écrit au préfet de Seine-Et-Oise pour lui « rendre compte que 70 internés[du département] ont été dirigés aujourd’hui dans la matinée sur le commissariat central de Versailles et que 18 autres internés ont été dirigés dans le courant de l’après-midi à l’Hôtel Matignon à la disposition des Autorités allemandes d’occupation. Le départ de ces internés s’est déroulé sans incident. » Les listes connues à ce jour ne distinguent pas les deux groupes et réunissent les 88 internés.

Le 29 juin, l’inspecteur de police nationale commandant l’escorte conduisant le contingent de 70 détenus à Versailles, rend compte que le commissaire divisionnaire lui a ordonné de poursuivre son convoyage « jusqu’à l’Hôtel Matignon, à Paris, siège de la Geheime Feldpolizei. En passant à Billancourt, quelques internés du premier car ont montré le poing et des ouvriers qui allaient prendre leur travail ont répondu par le même geste. J’ai immédiatement donné des ordres aux gardiens pour que les internés rentrent leurs bras.

À mon arrivée à Paris, je me suis trouvé en présence d’une quinzaine de cars remplis de prisonniers ayant la même destination que les internés d’Aincourt et j’ai dû prendre la suite.

Le formalités d’immatriculation étant assez longues, j’ai dû attendre mon tour ; l’opération a commencé à 18 heures et s’est terminée à 19h15 ; je n’ai pu faire la remise que de 38 internés sur 88 venus d’Aincourt. En raison de l’heure, le chef de bureau de la Feldpolizei m’a fait savoir qu’il recommencerait l’immatriculation le lendemain matin à 8h15, d’avoir à revenir à cette heure-là. J’ai rassemblé les 50 internés restant dans les deux cars et ai libéré les camionnettes et les gardiens disponibles.

Je me suis aussitôt mis en rapport avec la préfecture de Seine-et-Oise afin de savoir où je devais conduire, pour passer la nuit, les 50 internés. Une heure après, je recevais l’ordre de les conduire au Dépôt, 4 quai de l’Horloge, et de continuer ma mission le lendemain matin. Cette formalité étant remplie, j’ai renvoyé les cars et le personnel à Versailles.

Le 28 juin, à 7 heures, j’ai continué ma mission qui a pris fin à 11 heures. Cette escorte s’est déroulée sans autre incident. »

[6] Arrestations de la fin juin 1941 dans le département de la Seine, témoignage d’Henri Rollin : «  Le 27 juin 1941, vers 6 heures de matin, ma femme et moi nous sommes réveillés par un coup de sonnette. Trois inspecteurs de la police française viennent nous arrêter ; perquisition rapide sans résultat (nous avions la veille au soir distribué les derniers tracts que nous avions). Nous arrivons à l’hôtel Matignon où nous trouvons de nombreux cars et camions, résultat d’une rafle dans toute la région parisienne. Nous sommes remis par la police française aux autorités allemandes. Au moment de ma remise aux Allemands, j’ai aperçu qu’on leur donnait une petite fiche portant mon nom et la mention «  communiste  », soulignée à l’encre rouge. Nous subissons un court interrogatoire d’identité… Attente… Vers la fin de l’après-midi, départ en car. Arrivée au fort Romainville, fouille, identité. Départ de Romainville le 1er juillet, au matin, par train spécial et bondé au Bourget, arrivée l’après-midi à Compiègne. Le lendemain, même cérémonie, refouille et identité, ensuite la vie de camp… »