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Collection André Lermite – Droits réservés.

André, Alexandre, Émile, Lermite naît le 21 août 1908 à Nantes (Loire-Atlantique [1] – 44), fils d’Émile Lermite et de Anne Cottineau, son épouse.

André Lermite est instituteur laïque.

En 1938, il épouse Marguerite Joubert, née le 25 février 1910 à Vallet (44), également institutrice.

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Collection André Lermite. Droits réservés.

Ils ont un fils, André, Jean, né le 22 août 1939.

Au moment de |’arrestation du père de famille, celle-ci est domiciliée au 27, rue Ferdinand-Buisson à Chantenay, faubourg de Nantes, dans la maison familiale des parents d’André Lermite.

La dernière affectation professionnelle de son épouse est à Bouaye, village proche de Nantes.

André Lermite le secrétaire adjoint de la section du Syndicat des Instituteurs (SNI) de Loire-Inférieure en 1930, conseiller syndical en 1934, trésorier adjoint du Syndicat Général de l’Enseignement en 1936 et 1937.

Il est également est un militant communiste actif dans la section de Chantenay.

Il adhère au Comité antifasciste Amsterdam-Pleyel. Pendant la guerre, il continue ses activités et joue un rôle important de propagande avec sa femme et Alphonse Braud, de Chantenay, dénonçant le régime de Vichy et la collaboration.

Le 4 juillet 1941, après une première vague d’arrestations opérée le 23 juin [2] dans l’agglomération de Nantes par la police militaire allemande (GFP), le commissaire central de Nantes donne à celle-ci (qui lui a demandé) une liste de neuf « ex-militants communistes » où figure le nom d’André Lermite, ainsi que ceux d’Alphonse Filloleau et Jean Raynaud.

Le 9 juillet, à 6 heures de matin, André Lermite est arrêté chez lui et « conduit aussitôt au camp du Champ de Mars » [3], avec quatre autres « militants communistes » dont A. Filloleau et J. Raynaud.

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Nantes. La salle des fêtes du Champ de Mars. 
Est-ce l’endroit où ont été rassemblés les militants 
arrêtés en juillet 1942 ? 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 12 juillet, André Lermite est parmi les vingt-quatre communistes (dont les dix futurs “45000” de Loire-Atlantique) transférés avec sept Russes (juifs) au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Dans le cadre de l’organisation des détenus et aux côtés notamment d’Alphonse Braud, André Lermite donne des cours d’arithmétique, de géométrie et l’algèbre de niveau supérieur dans le bâtiment E1, les lundi, jeudi et vendredi.

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Emploi du temps des cours donnés par l’organisation des détenus, noté par Angel Martin le 16 mars 1942 (extrait). 
Le nom d’André Lermite est mal orthographié (« LHERMITTE »). 
Collection José Martin, son frère. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin 1942, André Lermite est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, André Lermite est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45785 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – André Lermite est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

André Lermite meurt à Birkenau le 7 août 1942, d’après les registres du camp [4] ; un mois après l’arrivée de son convoi. Selon des témoignages de rescapés, il aurait été gazé (Ch. Delbo). L’acte de décès dressé par l’administration SS mentionne mensongèrement une « faiblesse cardiaque et circulatoire » (Hertz und Kreislaufschwäche).

Sur les dix “45000” de Loire-Atlantique, il n’y eut que deux rescapés : Eugène Charles, de Nantes, etGustave Raballand, de Rezé.

À une date restant à préciser le nom d’André Lermite est donné à l’école primaire de Nantes où il enseignait, rue Évariste-Luminais.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 29-09-1994).

Marguerite Lermite est arrêtée à son tour le 5 septembre 1942, au Boulay, commune de Mouzeil (44), où elle est en vacances avec ses beaux-parents et son fils. Elle se sent menacée et songe à se cacher quand elle tombe malade. Des policiers français arrivent dans la nuit et l’emmènent en voiture. Elle est hospitalisée à Nantes, internée à la Roche-sur-Yon, à Fontenay-le-Comte, puis à au Fort de Romainville, sur la commune des Lilas (Seine-Saint-Denis), où elle arrive le 15 janvier 1943, c’est-à-dire une semaine avant le départ. Ce qui explique qu’elle n’est pas bien connue ni identifiée par ses camarades de déportation.

À Auschwitz-Birkenau, elle est enregistrée sous le matricule n° 31835 (sa photo d’immatriculation faisait partie de celles qui n’étaient pas encore identifiées en novembre 2009 ; elle a été reconnue par comparaison avec un portrait civil d’avant guerre). Marguerite Lermite meurt à Birkenau le 18 mars 1943, selon l’acte de décès du camp, qui indique mensongèrement : « entérite (diarrhée) par faiblesse corporelle » (Darmkatarrh bei Körperschwäche). Aucune rescapée n’a pu témoigner sur sa mort, selon Ch. Delbo.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 365 et 411. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Bretagne (2002), citant : témoignages de Gustave Raballand, d’Eugène Charles, de Nantes, et de Raymond Montégut, de Châtellerault . 
- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 178-179. 
- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 34.
- Claude Avez, professeur d’Histoire-Géographie à Bouaye, recherches conduites avec André Lermite fils, dans le cadre d’un projet pédagogique (classe de 1ère STG 2009-2010). 
- Archives départementales de Loire-Atlantique, cote 1694 W 9. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 712 (18559/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, bureau d’information sur les prisonniers : copies du Starke Bucherdu 7 au 8 août 1942, actes de décès au camp d’André et Marguerite Lermite.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 20-01-2010)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Loire-Atlantique : département dénommé “Loire-Inférieure” jusqu’en mars 1957.

[2] L’ “Aktion Theoderich :

L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est défini le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre.

Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante. En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. Fin août, 200 d’entre eux font déjà partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[3] Le « camp du Champ de Mars » : s’agit-il de la salle des fêtes, également dénommée « Palais du Champ de Mars » ? (à vérifier…)

[4] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant André Lermite, c’est 15 novembre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.