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Les jeunes frères Lacroix. La mémoire de leur identification 
s’est perdue et il n’est pas possible de distinguer André et Louis. 
Collection de Madame Lacroix. Droits réservés.

André, René, Francis, Lacroix naît le 1er septembre 1921 à Bayeux (Calvados – 14), fils d’Eugène Lacroix, journalier, et de Marie Yvonne Sallent, son épouse, il a un frère jumeau, Louis, et un frère aîné, Maurice, né le 13 mars 1920.

À une date restant à préciser, André Lacroix épouse Léonie Augustine Lefrançois. Ils ont un enfant et en attendent un deuxième quand André est arrêté. À ce moment-là, la famille est domiciliée place de la Gare, à Bayeux.

André Lacroix est employé dans une quincaillerie.

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À gauche, succursale des Courriers Normands, rue Saint-Jean 
à Bayeux. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Son frère aîné, Maurice, est mobilisé en 1939 et fait prisonnier de guerre en 1940 (il reste en Allemagne jusqu’en 1945, d’où il revient malade).

Militant communiste, André « travaillait pour la Résistance » selon Yvonne Lerouge, de Bayeux (elle-même déportée au camp de Ravensbrück).

Dans la nuit du 1er au 2 mai 1942, André Lacroix est arrêté par la police française au domicile de ses oncle et tante, M. et Mme Desmares, demeurant au 30, rue Nesmond, face à l’hôpital de Bayeux, et employés aux “Courriers normands”. Figurant comme “communiste” sur une liste d’arrestations demandées par la Feldkommandantur 723 de Caen, à la suite du déraillement de Moult-Argences (Airan) [1], il est menotté et conduit à la gendarmerie (ou au commissariat) avec 17 autres habitants de la ville (selon le Comité local de Libération), où il retrouve son frère Louis, également arrêté.

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La gendarmerie et la prison de Bayeux dans les années 1900, 
ancienne chapelle de la Charité. CP collection Mémoire Vive.

Le 4 mai, remis aux autorités d’occupation, ils sont conduits au “petit lycée” de Caen où sont rassemblés les otages du Calvados. Le soir même, ils font partie du groupe de détenus conduits à la gare de marchandise de Caen pour être transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Ils y arrivent le lendemain, 5 mai en soirée.

Entre fin avril et fin juin 1942, André et Louis Lacroix sont sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, André Lacroix est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45711 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

André Lacroix meurt à Auschwitz le 11 août 1942, selon les registres du camp, un mois après l’arrivée de son convoi ; il a 21 ans.

Son frère lui survit pendant sept mois. Le 19 septembre 1942, le nom de Louis Lacroix est inscrit sur un registre de l’infirmerie (Revier). Il meurt à Auschwitz le 5 mars 1943, selon les registres du camp.

En juillet 1945, ayant appris le retour d’André Montagne, de Caen, le Comité de libération de Bayeux le sollicite pour connaître le sort de Lacroix (sans précision du prénom) et celui de six autres Bayeusains (aucun n’est revenu).

En décembre 1949, André Montagne rédige une attestation certifiant qu’il a été témoin de la mortd’André Lacroix à Auschwitz ; il estime alors que celle-ci a pu avoir lieu à la fin janvier 1943 (peut-être l’a-t-il confondu avec son frère jumeau Lucien, décédé plus tard). C’est la date retenue par l’état civil français.

Déclaré “Mort pour la France”, au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) est homologué comme “Déporté politique”.

Les noms d’André et Louis Lacroix sont gravés sur le monument aux déportés et fusillés de Bayeux, apposé sur l’ancien évêché, rue Larchet.

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Bayeux. Le monument dédié aux déportés.

Sources :

- Son nom et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60. 
- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’associationMémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, notice par Claudine Cardon-Hamet page 121. 
- Cl. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 360 et 409. 
- Jean Quellien (1992), sur le site non officiel de Beaucoudray, peut-être extrait de son livre Résistance et sabotages en Normandie, éditions Corlet. 
- Marguerite Lacroix, épouse de Maurice Lacroix, frère d’André et Louis, communication téléphonique avec Roger Hommet (11-2011). 
- Acte de décès d’André Lacroix, registre de l’état civil de Bayeux, année 1947, n° 10.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 9-11-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Le double déraillement d’Airan et les otages du Calvados : Dans la nuit du 15 au 16 avril 1942, le train quotidien Maastricht-Cherbourg transportant des permissionnaires de la Wehrmacht déraille à 17 kilomètres de Caen, à l’est de la gare de Moult-Argence, à la hauteur du village d’Airan, suite au déboulonnement d’un rail par un groupe de résistance. On compte 28 morts et 19 blessés allemands. L’armée d’occupation met en œuvre des mesures de représailles importantes, prévoyant des exécutions massives d’otages et des déportations. Le préfet du Calvados obtient un sursis en attendant les conclusions de l’enquête de police. Mais, faute de résultats, 24 otages choisis comme Juifs et/ou communistes sont fusillés le 30 avril, dont deux à Caen.

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un deuxième déraillement a lieu, au même endroit et par le même procédé. Un rapport allemand signale 10 morts et 22 blessés parmi les soldats. Ces deux déraillements sont au nombre des actions les plus meurtrières commises en France contre l’armée d’occupation.

Au soir de l’attentat – à partir de listes de communistes et de juifs (130 noms sur le département) transmises au préfet par le Feldkommandant – commence une vague d’arrestations, opérées par la police et la gendarmerie françaises avec quelques Feldgendarmes. Dans la nuit du 1er au 2 mai et le jour suivant, 84 hommes au moins sont arrêtés dans le Calvados et conduits en différents lieux de détention. Pour le commandement militaire allemand, ceux qui sont maintenu en détention ont le statut d’otage. Tous les hommes désignés n’ayant pu être arrêtés, une autre vague d’arrestations, moins importante, a lieu les 7 et 8 mai. Le préfet ayant cette fois-ci refusé son concours, ces arrestations d’otages sont essentiellement opérées par la Wehrmacht.

Au total plus de la moitié des détenus sont, ou ont été, adhérents du Parti communiste. Un quart est désigné comme Juif (la qualité de résistant de certains n’est pas connue ou privilégiée par les autorités). Des auteurs d’actes patriotiques, proches du gaullisme, sont également touchés par la deuxième série d’arrestations.

Tous passent par le “petit lycée”, contigu à l’ancien lycée Malherbe (devenu depuis Hôtel de Ville), où ils sont rapidement interrogés.

Le 4 mai, 48 détenus arrêtés dans la première rafle sont transférés en train au camp de police allemande de Compiègne-Royallieu ; puis d’autres, moins nombreux, jusqu’au 9 mai (19 ce jour-là). Les 8 et 9 mai, 28 otages communistes sont fusillés, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine – 93) pour la plupart (trois à Caen). Le 14 mai, onze otages communistes sont encore fusillés à Caen.

La plus grande partie des otages du Calvados transférés à Compiègne sera déportée à Auschwitz le 6 juillet 1942 : 57 politiques et 23 Juifs (près de la moitié des otages juifs du convoi).