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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

André, Marcel, Crépin naît le 7 mai 1906 à Châlons-sur-Marne [1] (Marne – 51), fils d’Henri, Camille, Crépin et d’Hortense Maintrain, son épouse (celle-ci sera décédée au moment de son mariage).

Le 4 mai 1929 à Aulnay-l’Aitre (51), André Crépin, alors représentant de commerce, se marie avec Léa Engel, née dans cette commune le 18 août 1910. Ils ont sept enfants : Yvonne, née le 5 septembre 1930, Éliane, née le 18 avril 1932, Jeannine, née le 22 juin 1933, Hélène, née le 21 mai 1935, Christiane, né le 13 mai 1936, Daniel, né le 27 juillet 1938, et Roger, né le 4 juin 1940. Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée au 40 et 56, Parc de Vesle à Reims (51).

À la veille de la guerre, André Crépin est rédacteur en chef de La Champagne ouvrière et paysanne, journal bimensuel communiste fondé en 1937 où il traite plus particulièrement de politique étrangère.

Sous l’occupation, il est ouvrier-caviste à la maison de champagne Heidsieck-Monopole, rue Coquebert à Reims. Il y côtoie certainement le jeune caviste et militant communiste Marcel Chatton (né à Épernay en 1919).

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Reims. Cave Charles Heidsieck. Le remuage. 
Carte postale non datée. Coll. Mémoire Vive.

Aussitôt après l’armistice, André Crépin est chargé de réorganiser le Parti communiste français clandestin et fait paraître une Champagne clandestine, à l’édition de laquelle participe, entre autres, Marcel Chatton.

Début août 1941, selon un témoignage ultérieur, Michel Sicre, alors dirigeant interrégional du Front national [2] pour la Marne, la Haute-Marne et l’Aube, envoie André Crépin en mission à Troyes comme responsable de la résistance civile et militaire de la section locale de ce mouvement, peut-être sous le pseudonyme de « du Parc » ou « Duparc ».

Le 19 septembre, un juge d’instruction de Reims lance un mandat d’arrêt contre André Crépin pour infraction au décret du 29 septembre 1939 après l’interpellation de Marcel Chatton, arrêté le 17 septembre sur son lieu de travail – les caves de champagne Heidsieck – à la suite d’une perquisition au domicile de ses parents où ont été trouvés des tracts et du matériel de propagande. L’épouse d’André Crépin évoquera plusieurs fois une lettre anonyme pour expliquer l’arrestation de son mari (?).

Le 27 septembre 1941, celui-ci est arrêté à Troyes (Aube) par deux gardiens de la paix de la ville, chez une tante de son épouse domiciliée au 124 rive droite du canal.

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Troyes. Le canal de la Haute-Seine dans les années 1900. 
La rive droite est… à droite. Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Le 4 octobre, André Crépin est écroué à la Maison d’arrêt de Reims.

Deux jours plus tard, le 6 octobre, il est transféré par les autorités allemandes à Châlons-sur-Marne ; peut-être à la prison militaire.

Le 17 décembre, un tribunal militaire allemand siégeant à Châlons condamne à mort Marcel Chatton – fusillé le 23 décembre suivant à la caserne Tirlet [3] – et acquitte André Crépin. Celui-ci est remis aux autorités françaises pour être interné administrativement (détenu en quel endroit ?).

Fin janvier 1942, André Crépin est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, André Crépin est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, André Crépin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45411, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – André Crépin est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à la suite de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [4]).

En décembre de cette année, ou un an plus tôt, Léa Crépin reçoit le prix Cognac-Jay [5], décerné aux familles nombreuses et doté de 8000 francs. Par ailleurs, la société de champagne employant son mari l’a « reprise à sa place ».

Le 2 mars 1943, Léa Crépin écrit à Pierre Laval, chef du gouvernement – titre créé pour la circonstance – de collaboration, afin de solliciter une amnistie pour son mari suite à un article paru dans un journal du 22 février concernant les internés administratifs (?). Dans ce courrier, elle fait part de son épuisement, résultant du cumul de sa journée de travail avec le soin qu’elle doit apporter à ses nombreux enfants et son inquiétude sur le sort de son époux.

Le 7 avril, les services de François de Brinon, ambassadeur de France, Délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, interrogent la préfecture de la Marne sur les motifs d’arrestations d’André Crépin.

Le 21 mai, Léa Crépin adresse une demande identique au maréchal Pétain, ajoutant : « … vous sera-t-il possible, sinon, de me faire avoir de ses nouvelles ? ».

Dès le 15 juin 1945, Guy Lecrux, de Reims, rescapé du convoi, atteste qu’André Crépin est « entré à l’infirmerie fin septembre 1942 avec la dysenterie et les jambes enflées. Quelques jours après, l’hôpital fut vidé de ses occupants et ceux-ci conduits à la chambre à gaz ». Il ajoute comme argument : « Le 3 mars 1943, nous savions par nos camarades allemands travaillant au secrétariat qu’il restait 144 Français [politiques] vivants au camp et qu’aucun n’était parti en transport. M. Crépin n’était pas parmi les survivants ».

Le 24 août, Léa Crépin demande à un service administratif – probablement le ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre – que lui soit établit un acte de décès « pour affaire de famille ».

Le 13 mars 1946, depuis Verrières (Orne), André Montagne, autre rescapé, signe une attestation dans laquelle il certifie que son camarade a « été envoyé à la chambre à gaz fin septembre 1942 après un court séjour à l’infirmerie où il avait été admis, malade… ».

Le 2 mai, sur la foi de ces déclarations, le tribunal civil de première instance de Reims déclare judiciairement le décès d’André Crépin, fixé fin septembre 1942, afin que celui-ci soit transcrit sur les registres d’état civil de Reims et de Châlons-sur-Marne, et mentionné en marge de son acte de naissance.

Le 22 juin, à Reims, sa veuve – qui a toujours sept enfants à charge – se marie en secondes noces avec André Jonquières.

Le 20 mai 1947, suite à une demande officielle déposée en janvier par Madame veuve Crépin, épouse Jonquières, la mention « mort pour la France » est apposée en marge des actes d’état civil d’André Crépin. Le 27 mai, le bureau d’état civil de Reims constate que l’acte de décès lui-même n’a pas été enregistré…

Le 24 octobre 1947, la Commission nationale d’homologation des grades F.F.I (Forces française de l’Intérieur) prononce son homologation dans le grade d’assimilation de sergent.

Le 19 mars 1951, Léa Jonquières, veuve Crépin, signe un formulaire de demande d’attribution du titre de déporté résistant au nom de son ancien mari et en tant que tutrice de ses enfants mineurs, en y joignant notamment une attestation de Michel Sicre – alors maire de Reims. Le 28 septembre 1951, la Commission départementale des déportés et internés politiques émet un avis défavorable, suivi par la commission nationale le 18 novembre… 1953, qui justifie celui-ci au motif que l’arrestation d’André Crépin a été ordonnée pour infraction au décret du 29 septembre 1939. Le 25 novembre suivant, la demande du titre de déporté résistant est rejetée par le ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre et, le 14 décembre, le chef du bureau des fichiers et de l’état-civil déporté envoie une carte de déporté politique délivrée à « Madame Crépin » (n° 1118.08184).

Le nom d’André Crépin est inscrit sur la plaque commémorative apposée « À la mémoire de nos camarades tombés dans la lutte pour la liberté, victimes de la barbarie nazie » (ce dernier adjectif ayant remplacé “barbarie allemande”), dans la salle de réunion de la Bourse du Travail de Reims, devenue Maison régionale des syndicats, 13 boulevard de la Paix, et sur le monument aux martyrs de la résistance et de la déportation, situé sur les Hautes Promenades à Reims.

Sources :

- Georges Clause, notice in Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron (aujourd’hui Claude Pennetier), Editions de l’Atelier/Editions Ouvrières, 1990-1997, CD-rom version 3.61, citant : L’Union (Reims), 5 février 1946 – La Champagne ouvrière et paysanne (Reims), journal bimensuel, 1937-1939 ; la même notice dans le Maitron en ligne
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 366 et 400. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 187 (31898/1942). 
- Site Mémorial GenWeb, relevés d’Alain Girod (11-2002 ; photo) et de Claude Richard (2006). 
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier d’André Crépin (cote 21 p 439 224), recherches de Ginette Petiot (message 05-2013).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 28-05-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Châlons-sur-Marne, la ville reprend définitivement son toponyme médiéval de Châlons-en-Champagne le 29 décembre 1997.

[2] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante).

[3] Marcel Chatton est le premier fusillé rémois.

[4] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.

[5] Le prix Cognacq-Jay est créé en 1922 grâce à un don privé d’Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ – fondateurs du magasin La samaritaine, qui n’avaient pas pu avoir d’enfants – confié à l’Institut de France et permettant de récompenser annuellement 300 familles nombreuses, ayant au moins cinq enfants, souvent beaucoup plus. Le prix est décerné chaque année par l’Académie française. (source : Wikipedia)