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Collection Françoise Martin. 
Droits réservés.

André, Louis, Bréançon naît le 1er janvier 1910 à Rouen (Seine-Maritime [1] – 76), fils de Julien Bréançon, 28 ans, et de Lucie Robert-Nord, son épouse, 24 ans.

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Droits réservés.
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Droits réservés.

Le 23 décembre 1933, au Petit-Quevilly, agglomération de Rouen (76), André Bréançon – alors journalier – épouse Isabelle Coisy, née le 28 octobre 1915 à Rosendal (Nord – 59), alors employée de pharmacie. Ils ont deux filles : Liliane, née le 24 octobre 1935, et Françoise, née le 26 octobre 1940.

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Ce portrait de famille a probablement été réalisé 
en studio après l’arrestation d’André Bréançon 
et à son intention (un montage y ajoutera son visage). 
Droits réservés.

Au moment de l’arrestation du père, la famille est domiciliée au 3, rue Galilée, au Petit-Quevilly.

André Bréançon est ouvrier chimiste (à la raffinerie de la Société des pétroles Jupiter ?).

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Rouen. De l’autre côté de la Seine, le bassin des pétroles. 
Carte postale non datée. Collection Mémoire Vive.

André Bréançon est adhérent de la CGT et du Parti communiste.

Dans la nuit du 21 au 22 octobre 1941, il est arrêté à son domicile par les polices française et allemande, lors de la grande rafle de Rouen et de sa banlieue [2].

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Rouen. La caserne Hatry dans les années 1920. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés

André Bréançon fait partie des hommes rassemblés à la caserne Hatry de Rouen, puis transférés fin octobre au camp allemand de Royallieu à Compiègne [3] (Oise – 60), administré et gardé par laWehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Dans un message sorti clandestinement, un camarade de Maromme, Marcel Lecour, demande de faire prévenir certaines personnes, parmi lesquelles Madame Bréançon, « que le membre de leur famille absent est en bonne santé et arrivé ce jour à Compiègne ».

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Le quartier “A” de la caserne de Royallieu à Compiègne, 
futur “camp des communistes” du Frontstalag 122 ; 
à droite, sont visibles les bâtiments A4, A5, A6, A7 et A8. 
Carte postale des années 1930. Collection Mémoire Vive.

Le 17 avril 1942, André Bréançon fait clandestinement passer un mot à son épouse « par un copain qui a une visite » (Madame Birault ?). Il indique qu’il pourrait recevoir de l’argent par l’intermédiaire de l’épouse de Marius Vallée – cheminot de Sotteville-les-Rouen – laquelle doit venir voir son mari.

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Une partie du message, plié pour être dissimulé. 
Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin 1942, André Bréançon est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, André Bréançon est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45298.

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – André Bréançon est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

André Bréançon meurt du typhus au Revier [4] d’Auschwitz le 7 août 1942, d’après les registres du camp ; un mois après l’arrivée de son convoi.

Il a été déclaré “Mort pour la France” (7/3/1948) et homologué comme “déporté politique” (carte 110128382, 26-02-1962).

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Stèle en hommage aux Déportés apposée sur le monument 
aux morts de Petit Quevilly situé dans le cimetière communal. 
Photo Mémoire Vive. D.R.

À une date restant à préciser, le conseil municipal de Petit-Quevilly donne le nom d’André Bréançon àune rue de la commune.

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Cliché Mémoire Vive. D.R.
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Photo Mémoire Vive. D.R.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 25-10-1987).

Sources :

- Son nom (prénom orthographié « Andréas ») et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 376 et 397. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Haute-Normandie (2000), citant : Article de Lucien Ducastel (45491), du Petit-Quevilly, dans L’Humanité du 8 mai 1992, et son questionnaire (20/1/1988) – Témoignage de Robert Gaillard (45565), du Petit-Quevilly – Listes établies par Louis Jouvin (45697), du Grand-Quevilly, et par Louis Eudier (45523), du Havre – Liste établie par la CGT – Mairie du Petit-Quevilly : acte de décès (14/1/1947). 
- Musée de la Résistance nationale, Champigny, documents confiés par Françoise Martin, fille d’André Bréançon. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 130 (18823/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives (01-2009).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 9-5-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Le “brûlot de Rouen” et la rafle d’octobre 1941 : L’arrestation massive de plusieurs dizaines (*) de militants politiques et syndicaux – ou soupçonnés tels – dans un large périmètre autour de Rouen a suivi de peu le déraillement d’un train de matériel militaire allemand sur la ligne Rouen-Le Havre, dans le tunnel de Pavilly, à 1500 m de la gare de Malaunay, le 19 octobre 1941 ; ce sabotage étant l’un des objectifs visés par le “brûlot” de Rouen (groupe mobile de la résistance communiste). Néanmoins, les fiches d’otages des “45000” appréhendés dans cette période mentionnent que ces arrestations mettaient en application un ordre du Commandant de la région militaire “A”, daté du 14 octobre 1941. Ainsi, entre le 17 et le 25 octobre, il y eut le même type de rafles de “communistes” dans sept autres départements de la zone occupée. Il est probable que ces arrestations aient été ordonnées pour assurer la saisie de communistes destinés à être placés sur les listes d’otages de cette région militaire. Tous les hommes appréhendés furent, en effet, remis aux allemands qui les transférèrent à Compiègne entre le 19 et le 30 octobre 1941. 44 des otages arrêtés ces jours-là dans le secteur de Rouen furent déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Beaucoup furent fusillés au titre de représailles dans les semaines qui suivirent.

(*) 150 selon “30 ans de luttes“, brochure éditée en 1964 par la fédération du Parti Communiste de Seine-Maritime.

[3] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller.

À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).

[4] Revier , selon Charlotte Delbo : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. ». In Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24. Le terme officiel est pourtant “hôpital” ; en allemandHäftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus ou Krakenbau (KB). Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”.