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Droits réservés.

André Bardel naît le 21 octobre 1903 à Bouville (Seine-Maritime [1] – 76), fils d’Alphonse Bardel et de Marie-Picard, son épouse.

Au moment de son arrestation, il est domicilié depuis plusieurs années au 14, impasse Delaunay, à Maromme, à l’ouest de l’agglomération de Rouen (76), dans une maison dont il est propriétaire. Il possède également « une petite voiture automobile, 5 chevaux, marque Citroën de modèle déjà ancien ». Marié, il a un fils, né vers 1932.

Métallurgiste, André Bardel est chaudronnier tuyauteur à la Compagnie Française des Métaux (CFM), dans l’usine de Déville-lès-Rouen, commune voisine, où l’on fabrique des tubes d’acier sans soudure(ancienne « usine à plomb », « Le Plomb »).

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Déville-les-Rouen. L’usine de la Compagnie des Métaux
de Déville. Carte postale des années 1900. Coll. Mémoire Vive.

Délégué syndical à la CFM, André Bardel est membre du Conseil syndical du Syndicat des métaux à Rouen. La police le désigne comme fervent syndicaliste, remarquant son activité lors des grèves de 1936 et 1938.

Dans cette période, il adhère au Parti communiste, fréquentant « les dirigeants de la section communiste de Maromme […] Lecour, Brieu et Bonnifet ».

À la déclaration de guerre, il est mobilisé à l’École d’application dartillerie de Fontainebleau. Mais son employeur demande et obtient une affectation spéciale dans son usine.

Début 1941, André Bardel est dénoncé par une lettre anonyme. Le 13 janvier 1941, la police française – « le fameux inspecteur Madelaine » écrit sa veuve – perquisitionne son domicile et y trouve trois tracts communistes. Il est aussitôt arrêté. Le 6 février, le Tribunal correctionnel de Rouen l’acquitte en estimant que les preuves de son activité ne sont pas suffisantes.

Mais le Ministère public fait appel et, le 26 mars, la Section spéciale de la Cour d’appel de Rouen le condamne à un an d’emprisonnement et 100 francs d‘amende. Il est écroué à la Maison d’arrêt Bonne-Nouvelle de Rouen durant treize mois.

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Rouen, la prison Bonne-Nouvelle.
Carte postale des années 1900.

Son épouse et son fils sont pris en charge par ses beaux-parents.

À l’expiration de sa peine, le 2 mars 1942, André Bardel n’est pas libéré, mais maintenu en détention suivant un ordre de la Feldkommandantur 617 adressé au préfet de Seine-Inférieure : « Une mise en liberté d’André Bardel – étant donnés ses sentiments et son activité communiste – ne peut pas avoir lieu ».

Le 17 mars, la Kreiskommandantur de Rouen le transfère au camp de Royallieu à Compiègne [2] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, André Bardel est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, André Bardel est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45198. Sa photo d’immatriculation a été retrouvée.

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – André Bardel est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Une fois, André Bardel est affecté à la réparation d’un crématorium et rapporte à ses camarades ce qu’il a vu de l’installation.

En janvier 1943, il est affecté à la serrurerie (Haftlings-Schlosserei), assigné au Block 15a. Du 12 au 14 janvier, avec Armand Saglier, il est dans une équipe de six détenus désignés pour travailler sur des fers à béton.

Le 21 juillet 1943, André Bardel est affecté au Kommando Instalateur Bauleitung.

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz, essentiellement des “45000”, reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis.

À la mi-août 1943, André Bardel est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11 – la prison du camp – pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. Le premier étage du Block 11, avec ses fenêtres
partiellement obstruées. Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.

En juin et juillet 1944, André Bardel est affecté au Kommando 114-B Baukolonne Instalateur.

Le 3 août 1944, André Bardel est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert.

Le 7 septembre 1944 , il est dans le petit groupe de trente “45000” transférés – dans un wagon de voyageurs ! – au KL Gross-Rosen, dans la région de Wroclaw. Déjà malade, il est soutenu par ses compagnons solidaires, et même par le Meister allemand de l’entreprise où il a été affecté ; celui-ci ayant été prisonnier en France en 14/18, selon Roger Abada. Il est finalement admis au Revier [3].

Il y meurt le 24 ou le 31 janvier 1945, dans l’incendie de l’infirmerie par les SS, peu avant l’évacuation de ce camp, selon le témoignage de René Demerseman.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 30-06-1987).

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Hommage aux militants de Maromme disparus.
Carte-souvenir éditée après guerre. Plusieurs noms sont
mal orthographiés, dont celui de Marcel Lecour (« U. Lescour »),
en bas à droite. Collection Martine Groult.
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Verso du document précédent. Collection Martine Groult.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 376 et 394.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Haute-Normandie (2000), citant : Lettres et témoignage de sa veuve (2-8/1972) – Listes établies par Louis Eudier (45523), du Havre, et par Louis Jouvin (45697), du Grand-Quevilly – Liste établie par la CGT.
- Alain Alexandre et Stéphane Cauchois, Résistance(s), Rouen, sa région, la vallée du Cailly entre histoire et mémoire, 1940-1944, éditions L’écho des vagues, avril 2015, pages 23 et de 26 à 29.
- Témoignage de René Demerseman (45453), 23/9/1990.
- Louis Eudier, Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945, imprimerie Duboc, Le Havre, sans date, p. 32 et listes à la fin de son livre.
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’Hôtel du Département, cabinet du préfet 1940-1946, individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels de Aa à Bl, cote 51 W 410, recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis Jouvin (“45697”).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives, Arbeitskarte, communication du 23-01-2009.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 31-08-2015)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller.

À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp C est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).

[3] Revier , selon Charlotte Delbo : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. ». In Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24. Le terme officiel est pourtant “hôpital” ; en allemandHäftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus ou Krakenbau (KB). Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation KB.