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Droits réservés.

Aloyse, Numa, Arblade naît le 18 août 1901, au 2 rue Condorcet à Montpellier (Hérault – 34), il est fils de Jean Arblade, 30 ans, maçon, et de Léonie Dantoni, 20 ans.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 20, avenue Auguste-Dumont à Malakoff [1] (Hauts-de-Seine – 92), menant à la gare.

Scieur de profession, il est embauché aux « usines Citroën » le 22 octobre 1923.

Le 4 avril 1925, à Malakoff, Aloyse Arblade épouse Germaine Guérin, tricoteuse. Ils ont un fils : André (âgé de 7 ans au moment de l’arrestation de son père).

Le 31 octobre 1933, il perd son emploi à la suite d’un accident du travail. Pensionné à 45 %, il est contraint au chômage. Cet « excellent militant syndical » se montre particulièrement actif « pour la défense des intérêts des victimes de la crise ». Au moment de son arrestation, il est déclaré comme manœuvre.

Le 12 mai 1935, Aloyse Arblade est élu Conseiller municipal de Malakoff sur la liste du Parti communiste, dirigée par Léon Piginnier.

Le 5 octobre 1939 – comme pour toutes les villes de la “banlieue rouge” – le conseil municipal de Malakoff est dissous par décret du président de la République et remplacé par une “délégation spéciale” nommée par le préfet (malgré le reniement public par le député-maire communiste de son engagement politique antérieur). Deux jours plus tôt, Aloïse Arblade a signé le dernier compte rendu du Conseil.

Le 29 février 1940, il est déchu de son mandat par le conseil de préfecture pour son appartenance au Parti communiste.

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L’Œuvre, édition du 18 mars 1940. 
Archives de la préfecture de police. Paris.

Aloyse Arblade figure en deuxième position sur une liste de “suspects“ établie par le président de la délégation spéciale et transmise à la Kommandantur et/ou à la police (en mai 1942, cette délégation spéciale devient conseil municipal “nommé” par le gouvernement de Pétain). Selon la police, Aloyse Arblade « se livre à une active propagande ».

Après une distribution de tracts, et suivant la directive du préfet de police Langeron datée du 20 octobre 1940 décidant que « toute découverte de tracts clandestins sur le territoire d’une commune [du département] de la Seine, entraînerait l’internement administratif de militants communistes résidant sur son territoire », Aloyse Arblade est arrêté le matin du 26 octobre, à son domicile, et conduit au centre de séjour surveillé (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé en octobre 1940 dans les bâtiments désaffectés d’un sanatorium isolé en forêt.

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Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930. 
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Conçus à l’origine pour 150 malades, les locaux sont rapidement surpeuplés : en décembre 1940, on compte 524 présents, 600 en janvier 1941, et jusqu’à 667 au début de juin. Là, son épouse et son fils peuvent lui rendre au moins une visite.

Le 11 février 1941, il signe une requête adressée au chef de camp pour demander sa libération.

Le 11 février 1942, Aloyse Arblade fait partie des 21 militants communistes que les “autorités d’occupations” « extraient » d’Aincourt sans en indiquer les motifs ni la destination au chef de centre. Tous sont conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Aloyse Arblade est enregistré à Auschwitz sous le numéro 45176 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Aloyse Arblade est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Pendant ce temps, à Malakoff, son épouse Germaine Arblade fait la connaissance de Charlotte, l’épouse de Louis Girard rencontrée à la suite des arrestations de leurs maris respectifs. Ensemble, les deux femmes confient à la Croix-Rouge française des lettres qui, finalement, ne seront pas envoyées.

Inscrit sur un registre de l’infirmerie le 10 janvier 1943, Aloyse Arblade meurt à Birkenau le 13 janvier, selon les registres du camp.

En juillet 1945, Lucien Monjauvis, de Paris, vient apprendre sa mort à son épouse.

Le 27 juin 1946, la municipalité de Malakoff donne le nom d’ Aloyse Arblade à l’ex-avenue du Chemin de Fer.

Son nom est inscrit (sans prénom), parmi les victimes du nazisme, sur le Monument aux morts de Malakoff, situé dans le cimetière communal, sur la plaque apposée en mairie « à la mémoire de nos martyrs victimes du nazisme, les conseillers municipaux de Malakoff morts en déportation » et sur laplaque commémorative apposée à son ancien domicile.

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Dans l’entrée de l’Hôtel de Ville de Malakoff…

André Arblade et Paulette Girard – qui s’étaient connus enfants avant l’arrestation de leurs pères respectifs – se marient en 1957.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 355, 383 et 393. 
- Cl. Cardon-Hamet, Mille otages pour Auschwitz, Le convoi du 6 juillet 1942 dit des “45000”, éditions Graphein, Paris nov. 2000, page 512. 
- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Éditions de l’Atelier/Éditions Ouvrières, version CD-rom 1990-1997. 
- Malakoff, cent ans d’histoire, édité par le centre culturel communal, Messidor, temps actuels, 1983, page 108 et illustration pages 120 et 121 (extrait d’un bulletin de 1945). 
- Site internet de la Ville de Malakoff (article sur la Résistance en 2005, noms des rues). 
- Mary Cadras, Les enfants de la tourmente, FMD-éditions Graphein, Paris 1995, pages 60 à 65. 
- Archives départementales de l’Hérault, site internet : registre d’état civil de Montpellier, cote 3 E 177/476, année 1901, acte 1079 du 20 août (p. 271). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Occupation allemande” : BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941) – BA 2447 (chemise “liste des personnes se livrant à une activité de propagande”). 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w74 (révisions trimestrielles), 1w76, 1w80, 1w85 (notice individuelle). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 31 (1570/1943). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives (01-2009). 
- Site Mémorial GenWeb, 92-Malakoff, relevés de Philippe et Claudine Deguillien (02-2004), et de Claude Richard (02-2008).

MÉMOIRE VIVE

(Dernière mise à jour, le 20-02-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Malakoff : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert effectif en janvier 1968).