Photo anthropométrique prise le 17 mars 1942 par le service de l’identité judiciaire. © Archives de la Préfecture de Police (APP), Paris.

Photo anthropométrique prise le 17 mars 1942
par le service de l’identité judiciaire.
© Archives de la Préfecture de Police (APP), Paris.

Alice Paris naît le 8 octobre 1914 à Grury (Saône-et-Loire), où ses parents sont cultivateurs.

En 1932, à dix-huit ans, elle épouse Marcel Boulet, né le 24 février 1908, douanier en poste à la frontière franco-belge. Ils n’ont pas d’enfant.

En 1939, les Boulet – qui sont tous les deux membres du parti communiste – viennent habiter Paris, dans le 20e arrondissement. Puis la lutte les sépare. Chacun a ses tâches propres. Lui est muté en Bretagne. Il est interné administratif pendant un temps, puis libéré. Elle habite seule, sous une fausse identité, au 31 boulevard de Grenelle à Paris 15e

En 1941, Alice Boulet est agent de liaison du Front national [1], ce qui implique de transporter du matériel imprimé, transmettre des messages et des consignes, etc.

En juin 1942, elle fait l’objet d’une filature par des inspecteurs des brigades spéciales des renseignements généraux de la préfecture de police et conduit involontairement ceux-ci chez Henri et Suzanne Maillard à Gagny (Seine / Seine-Saint-Denis).

Le 17 juin, elle est arrêtée chez elle par cinq inspecteurs des brigades spéciales, ceux-là mêmes qui arrêteront Madeleine Doiret quelques heures plus tard.

Le 20 juin, elle est conduite au Dépôt, sous le Palais de Justice, cellule n° 14. Le 26 juin, elle écrit au directeur (des R.G. ou du dépôt ?) pour solliciter l’autorisation d’être escortée jusqu’à son domicile afin d’y prendre du linge de rechange.

Le 10 août, Alice Boulet fait partie du groupe des détenus de son affaire – dont dix-neuf femmes déportées avec elle – transférés au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas [1] (Seine / Seine-Saint-Denis), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122, gardé par la Wehrmacht. Elle y est enregistrée sous le matricule n° 607.

L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122), surplombée par un mirador. © Musée de la résistance nationale (MRN), Champigny-sur-Marne (94).

L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122),
surplombée par un mirador.
© Musée de la résistance nationale (MRN),
Champigny-sur-Marne (94).

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) par lequel sont passés les “31000” (accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…). © Gilbert Lazaroo, février 2005.

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II)
par lequel sont passés les “31000” (accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

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Elle est admise au Revier parce qu’elle a la dysenterie. On fait savoir qu’une sélection aura lieu au Revier ; elle en sort pour mourir au Block 26, en rentrant du travail, le jour suivant, le 23 février 1943, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Arrêté le 23 juillet 1944, son mari, Marcel Boulet, est déporté de Belfort le 24 août 1944 – un des derniers convois – vers le KL Neuengamme (matricule n° 43818). Affecté au Kommando de Wilhemshaven, créé en septembre 1944 sur les rives de la Mer du Nord, il y meurt le 4 janvier 1945. Les parents d’Alice apprennent la mort de celle-ci au retour des rescapées.

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), page 50.
- Archives départementales des Yvelines (78), Montigny-le-Bretonneux, archives de la police de Seine-et-Oise ; cotes 300w48 (propagande par TSF).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 123 (10216/1943).
- Concernant Marcel Boulet : Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004, I.267, t. 4, p. 264.

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 26-03-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante).