Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Alfred, Eugène, Méniens naît le 10 octobre 1899 à Aslonnes (Vienne – 86), fils naturel de Marie Métayer, 24 ans, couturière, domiciliée au village de Laverré. Venu déclarer l’enfant, le père de l’accouchée est Jean Métayer, 59 ans, scieur de long. L’enfant est légitimé par le mariage de François Méniens avec Marie Métayer, le 2 octobre 1905 à Iteuil (86).

Alfred Méniens commence à travailler comme agriculteur.

Le 17 avril 1918, il est incorporé comme matelot de 2e classe au 3e dépôt des équipages de la Flotte. Du 12 juillet suivant au 23 octobre 1919, il est affecté sur le cuirassé Paris. Le 21 mars 1921, il est renvoyé dans ses foyers.

En octobre 1923, Alfred Méniens habite la gare de Cambrai (Nord), travaillant [?] au dépôt de la Compagnie du chemin de fer du Nord.

En septembre 1924, il habite au 62, côte Montbernage à Poitiers. En décembre 1934, il habite au 37, rue de la Tranchée. En mars 1936, il habite chemin de la Cueille-Aigüe. En janvier 1939, il habite au 13, rue des Carmélites.

Au moment de son arrestation, Alfred Méniens est domicilié au 35, rue de Rochereuil, dans le faubourg du même nom à Poitiers (86). Il est célibataire et vit avec sa mère, très âgée.

Électricien, il travaille comme agent de secteur, surveillant d’atelier et chef d’équipe, à la Régie intercommunale d’électricité de Poitiers.

En 1934, la Commission de réforme de Poitiers le classe dans le service auxiliaire de l’armée de réserve pour séquelles de fracture ouverte des deux os de la jambe gauche et raideur tibio-tarsienne.

Militant communiste actif, il distribue des tracts et vend L’Humanité.

Avec René Amand, de Poitiers, il fréquente l’épicerie-café de Marie-Louise Troubat à Bruxerolles, point de rendez-vous des militants communistes poitevins.

Alfred Méniens reste actif après l’interdiction du Parti communiste et sous l’occupation.

En septembre 1939, il est probablement classé comme “affecté spécial” sur son poste de travail. Le 27 janvier 1940, il est « rayé » de cette affectation par décision du général commandant de la 9e région ; le lendemain, il est affecté au dépôt d’infanterie n° 95. Mais, le 15 mars suivant, la commission de Brive le déclare « réformé définitif n° 2 pour fracture ancienne des deux os de la jambe gauche à la partie moyenne, péroné consolidé en baguette, pas ostéite, pas séquestre, pas coquille. Raccourcissement : 2 cm ».

Le 23 juin 1941, Alfred Méniens est appréhendé par des policiers français. Il est probablement conduit au poste de l’Hôtel de Ville, comme Marcel Couradeau, de Poitiers, arrêté le même jour (déporté au KLSachsenhausen le 24 janvier 1943). Celui-ci raconte : « En fin d’après-midi, nous sommes six au poste de l’hôtel de ville. À 18 heures, la Feldgendarmerie nous emmène à la Chauvinerie, dans une baraque entourée de barbelés. Nous y serons bientôt près d’une quarantaine [sic] avec un fort contingent de Châtellerault et quelques femmes. » La caserne de la Chauvinerie, à Poitiers, a été réquisitionnée par l’occupant. Selon M. Rideau, 33 communistes sont arrêtés ce jour-là dans la Vienne ; 28 sont conduits à la Chauvinerie, 14 seront des “45000”).

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Poitiers. La caserne de la Chauvinerie, sur le coteau de la Roche.
Carte postale éditée dans les années 1900. Coll. Mémoire Vive.

Le 12 (ou le 14 juillet) à midi, à la gare de Poitiers, une trentaine de détenus sont embarqués dans un wagon, seuls avec leur escorte. Les soldats allemands repoussent brutalement les parents et amis accourus sur place après avoir été alertés.

Les Viennois sont transférés au camp de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Alfred Méniens est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Dans sa description du départ de Compiègne des futurs “45000”, Marcel Couradeau signale qu’Alfred Méniens avait réussi à cacher dans ses bagages une scie égoïne, dans l’intention de s’évader. Raymond Montégut confirme qu’avec un autre détenu ayant réussi a emporter une paire de tenailles, ils essayèrent d’entamer le plancher de leur wagon. Mais, ne réussissant à rien avant la nouvelle frontière allemande (à Metz), ils abandonnent.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Alfred Méniens est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45869 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.

Le 13 juillet, après l’appel du soir, Alfred Méniens est dans la moitié des déportés du convoi ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés des ouvriers ayant des qualifications utiles au camp.

Pendant un temps, il est admis au Block 20 de l’hôpital d’Auschwitz. Peu avant sa mort, il y est assigné au Block 28, Stube (chambrée) 12 ; « Menicus ».

Alfred Méniens meurt à Auschwitz le 22 novembre 1942, d’après un registre du Block 20 et une copie du registre de la morgue relevée par la résistance polonaise, n° 15 (DMPA Caen, 26 P 850).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 73, 380 et 413.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Deux-Sèvres et de la Vienne (2001), citant : Raymond Jamain (1972, 1989) – Témoignages de Maurice Rideau(2-10-1971), Raymond Montégut (11-1972) et Émile Lecointre (23-2-1989).
- Archives départementales de la Vienne, site internet du conseil général, archives en ligne : état civil d’Aslonnes, registre des naissances 1893-1902 (2 MI 1221), année 1899, actes n°13 et 14 (vues 39-40/59) ; registres matricules du recrutement militaire, bureau de Poitiers, classe 1919, numéros de 1 à 500 (cote ?), matricule 471 (vue 615/653).
- Raymond Montégut, Arbeit macht Frei, Éditions du Paroi (imprimeur), juin 1973, Recloses, 77-Ury, 349 pages.
- Site de l’association Vienne Résistance Internement Déportation (VRID).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 18-09-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.