Alfred, Gabriel, Dufays naît le 29 janvier 1900 à Wassy (Haute-Marne – 52), fils d’Auguste Dufays, 27 ans, mouleur, et de Louise Duverne, son épouse, 23 ans, domiciliés au 88, rue Mauljean.

Le 4 décembre 1920 à Joinville (52), il se marie avec Louise Fosset, née le 31 décembre 1899 à Épinal (Vosges). Ils auront quatre filles : Germaine, née le 9 juillet 1921, Fernande, née le 1er septembre 1922, Marcelle, née le 22 février 1930, et Ginette, née le 20 mai 1934.

Au moment de son arrestation, Alfred Dufays est domicilié au 1, cour Barbonnot à Joinville (52).

Alfred Dufays est ouvrier à Saint-Dizier. Peut-être travaille-t-il pendant une période à la fonderie Ferry-Capitain de Bussy, commune de Vecqueville, car il est lié à Louis Thiéry, de Donjeux.

Vecqueville près de Joinville. L’usine de Bussy dans un méandre de la Marne. Carte postale éditée après guerre. Coll. Mémoire Vive.

Vecqueville près de Joinville. L’usine de Bussy dans un méandre de la Marne.
Carte postale éditée après guerre. Coll. Mémoire Vive.

Le 1er juillet 1941, Alfred Dufays est arrêté en gare de Joinville par des Feldgendarmes.

Joinville. La gare. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Joinville. La gare. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

D’abord détenu à la prison de Chaumont, il est transféré le 11 juillet au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Alfred Dufays est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

transportaquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Alfred Dufays est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45496 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photo), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.

Le 13 juillet, après l’appel du soir, une moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés certains ouvriers qualifiés. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté Alfred Dufays.

Il meurt à Auschwitz le 16 août 1942, d’après des registres du camp ; cinq semaines après l’arrivée de son convoi.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Joinville.

Mesdames Dufays et Thiéry, veuves, continueront à se fréquenter après la guerre.

Sources :

- Son nom (orthographié « DUFASS ») et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, page 367 et 402.
- Archives départementales de la Haute-Marne, archives en ligne, état civil de Wassy, registre des naissances de l’année 1900, acte n°6 (cote E dépôt Wassy E 37 1893-1902, vue 125/174).
- Club Mémoires 52, Déportés et internés de Haute-Marne, Bettancourt-la-Ferrée, avril 2005, p. 16.
- Max Thiéry, fils de Louis Thiéry, membre du bureau de la section de Haute-Marne de l’Association des Orphelins de Déportés, Fusillés, Massacrés, victimes de la barbarie nazie : communication, 2-02-2008.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 244 (22371/1942).
- Raymond Jacquot, site internet Mémorial GenWeb, 2002.
- Jean-Claude Leuzy, son petit-fils (messages 11-2017).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 21-11-2017)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.