Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Alexis, Victor, Martin naît le 17 septembre 1892 au Havre (Seine-Inférieure / Seine-Maritime), chez sa grand-mère, au 5, rue Bonvoisin. Il est fils de Thérèse Martin, 19 ans.

Pendant un temps, Alexis Martin travaille comme journalier.

Le 9 octobre 1913, il est incorporé comme soldat de 2e classe au 164e régiment d’infanterie afin d’accomplir son service militaire. Neuf mois plus tard, la guerre est déclarée. Le 25 décembre 1915, à Louvemont [1], Alexis Martin est blessé par des éclats d’obus qui lui occasionnent des plaies multiples. Évacué, il est hospitalisé jusqu’au 21 octobre 1916. Le 4 décembre suivant, la commission de réforme de Laval propose son changement d’arme avec affectation dans l’artillerie lourde à tracteur pour : « raideur tibio-tarsienne droite et cicatrice douloureuse ». Le 20 décembre, Alexis Martin passe au 81e régiment d’artillerie lourde. Le 28 novembre 1917, il passe au 49e régiment d’artillerie de campagne, où il est mitrailleur à la 1re batterie.

Mitrailleurs à l’exercice, en manœuvre à l’arrière du front. Carte postale non datée. Coll. Mémoire Vive.

Mitrailleurs à l’exercice, en manœuvre à l’arrière
du front. Carte postale non datée. Coll. Mémoire Vive.

Le 10 mai 1918, à Grivesnes (Somme), il est  intoxiqué par les gaz de combat et évacué. Le lendemain, il est cité à l’ordre de son régiment : « Mitrailleur remarquable, est resté à son poste de combat sous un bombardement prolongé jusqu’à ce qu’il soit blessé ». Alexis Martin reçoit la Croix de Guerre. En décembre 1934, il sera décoré de la Médaille militaire.

Le 15 mars 1919, l’armée le met à la disposition des Chemins de fer de l’État, titulaire d’un certificat de bonne conduite. Le 23 juin suivant, elle le classe « affecté spécial » dans la Réserve comme employé des Chemins de fer.

Le 30 mars 1920, à Sotteville-les-Rouen (76), Alexis Martin se marie avec Suzanne Roger. Ils auront un fils, Max.

Le 23 décembre 1920, la commission de réforme de Grand-Quevilly propose qu’il touche une pension temporaire de 40 % pour « bacillose pulmonaire imputable au service ». En juillet 1923 la commission de réforme de Rouen mentionne une « cicatrice scapulaire droite ».

En juillet 1931, il est domicilié au 198, avenue Édouard-Vaillant, à Boulogne-Billancourt [2] (Seine / Hauts-de-Seine). En décembre 1934, il demeure au 4 bis, rue du Hameau, dans cette commune. Au moment de son arrestation, il habite au 65 bis, rue de Saint-Cloud.

Alexis Martin est ouvrier (manœuvre spécialisé) aux usines Renault de Billancourt. En avril 1933, l’armée le classe affecté spécial dans la Réserve sur son poste de travail : contrôleur technique.

JPEG - 116.4 ko
Boulogne-Billancourt. Place Jules-Guesde.
Carte postale écrite le 16 novembre 1942. Coll. Mémoire Vive.

C’est un militant syndical. Il est membre du Parti communiste, selon la police.

Le 24 juin 1941, Alexis Martin est arrêté à la demande du commissaire de police de Boulogne-Billancourt, mais sur arrêté du préfet de police. Il « est conduit le même jour à l’Hôtel Matignon, à la disposition des autorités allemandes ». Le 27 juin, il est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Madame Alexis écrit rapidement au gouvernement de Vichy pour solliciter la libération de son mari, expliquent que celui-ci est « victime d’une erreur ». Le 9 août 1941, le chef du 5e bureau du secrétariat général pour la police écrit  au cabinet du service des affaires de Sûreté générale à la préfecture de police pour lui demander de faire procéder à une enquête complémentaire sur les faits reprochés et de lui en communiquer les résultats.

Le 3 mars 1942, la Royal Air Force bombarde les usines Renault, mais de nombreux bâtiments d’habitation sont touchés, dont l’immeuble où habite toujours Madame Alexis. Dès lors, elle est hébergée par son fils, domicilié au 2, rue des Platanes, au Plessis-Robinson.

Le 15 juin, Madame Martin écrit au préfet de police pour solliciter la libération de son mari.

Entre fin avril et fin juin 1942, Alexis Martin est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

transportaquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Alexis Martin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45847 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Il meurt à Auschwitz le 17 août 1942, d’après les registres du camp. Ce jour-là, 26 autres “45000” sont portés décédés ; probablement à la suite d’une séance de désinfection à Auschwitz-I (coups, manque de sommeil…).

Ce n’est que le 27 juillet 1942 que le préfet de police a sollicité de l’administration militaire allemande une mesure de clémence, « en raison de la situation pénible et difficile dans laquelle se trouve Madame Martin par suite du bombardement anglais ».

Alexis Martin est déclaré mort en déportation (J.O. du 11-01-95).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 147 et 148, 381 et 413.
- Bulletin municipal de Boulogne-Billancourt, supplément au n° 335, avril 2005, page 26, Liste des déportés des usines Renault, document cité dans un fichier pdf d’Annie Lacroix-Riz et Michel Certano (juin 2011).
- Archives départementales de la Seine-Maritime (AD 76), site internet du conseil départemental, archives en ligne, registre des naissances du Havre, année 1892 (4E 12484), acte n° 2909 (vue 214/544) ; registre matricule du recrutement militaire, bureau du Havre, classe 1912 (cote 1 R 3331), matricule 729.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; archives du cabinet du préfet, dossier individuel de Martin Alexis (carton 1w723, chemise 26853).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 784 (21383/1942).

MÉMOIRE VIVE

(Dernière mise à jour, le 27-06-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Louvemont : s’il n’y a pas erreur sur le toponyme, il s’agit d’un des neuf villages français détruits durant la Première Guerre mondiale qui n’a jamais été reconstruit. Déclaré « village mort pour la France » à la fin des hostilités, il fut décidé de conserver cette commune en mémoire des évènements qui s’y déroulèrent (source Wikipedia).

[2] Boulogne-Billancourt : créée sous le nom de Boulogne-sur-Seine en 1790, la commune prend le nom de Boulogne-Billancourt en 1926, le rattachement de Billancourt datant de 1859. Jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).