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Droits réservés.

Alexis, Clovis, Henri, Chaussinand, né le 20 mai 1907 à Saint-Florent-sur-Auzonnet (Gard), fils de Pierre Chaussinand, ouvrier-mineur devenu employé des PTT (poste, télégraphe et téléphone) et d’Esther Lardeur.

Le 5 juillet 1932 à Ivry-sur-Seine [1] (Seine / Val-de-Marne – 94), il épouse Lucienne Carria, née le 2 janvier 1911 à Saint-Martin-de-Valgagues (Gard), vendeuse. Ils ont un fils, Gilbert.

Alexis Chaussinand est ouvrier pâtissier.

Peu avant 1930, il emménage, avec sa famille, dans les premières “habitations à bon marché” (HBM) d’Ivry-sur-Seine, place Philibert-Pompée (devenue place de l’Insurrection).

C’est un militant syndical de haut niveau. En 1932, il est membre du Conseil exécutif de la Fédération unitaire de l’Alimentation et trésorier général, en 1933, de la Chambre syndicale ouvrière des pâtissiers-biscuitiers du département de la Seine. En 1938, il est secrétaire général de l’Union syndicale CGT de la Pâtisserie, Biscuiterie, Glacerie, Pâtes alimentaires et Produits de régime. Lucienne Chaussinand est secrétaire de l’Union des Comités de femmes de l’Île-de-France (dissoute le 26-09-1939).

Au début de la guerre, Alexis Chaussinand est domicilié au 24, rue Sauffroy à Paris 17e, à l’angle de la rue Balagny (devenue rue Guy Môquet). Il est membre du Bureau de la cellule Sauffroy-Balagny de l’arrondissement.

Sous l’occupation, la police française le considère comme un « militant communiste et syndicaliste très actif ».

Le 20 octobre 1940, vers 22 heures, il est arrêté à son domicile : prévenu que des militants communistes devaient se réunir clandestinement à son domicile, un commissaire des Renseignements généraux et plusieurs inspecteurs se présentent chez lui. Il ne trouvent qu’Alexis Chaussinand. Mais, au cours de leur perquisition, les policiers découvrent dans le poêle des tracts communistes et des documents à demi calcinés, dont un projet d’article sur les chômeurs destiné au journal clandestin La France au travail.

Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939, Alexis Chaussinand est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e.

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée.
(montage photographique)

Le 14 janvier 1941, il comparaît – seul – devant la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine qui prononce sa relaxe (néanmoins, il fait appel : à cause d’une amende ?).

Sa libération devrait prendre effet le lendemain (à vérifier…), mais, à cette date, le préfet de police (de Paris) signe l’arrêté ordonnant son internement administratif, sur réquisition du directeur de la Police judiciaire.

Le 17 janvier 1941, Alexis Chaussinand fait partie d’un groupe de 24 militants communistes conduits au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

Aincourt. Le sanatorium de la Bucaille. Au premier plan,  le pavillon qui fut transformé en camp d’internement.  Carte postale oblitérée en 1958. Coll. Mémoire Vive.

Aincourt. Le sanatorium de la Bucaille. Au premier plan,
le pavillon qui fut transformé en camp d’internement.
Carte postale oblitérée en 1958. Coll. Mémoire Vive.

Un an plus tard, le 11 février 1942, Alexis Chaussinand est parmi les 21 militants communistes que les “autorités d’occupations” « extraient » d’Aincourt sans en indiquer les motifs ni la destination au chef de centre. Tous sont conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Dans ce camp, bien que n’ayant pas été associé à l’équipe du “tunnel” [2], il devine que des camarades de la baraque dont il est responsable, parmi lesquels André Tollet, préparent une évasion et leur fournit des vivres supplémentaires. Après leur départ, il semble qu’il soit coopté au triangle de la direction politique clandestine.

Entre fin avril et fin juin 1942, Alexis Chaussinand est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée (suivant un ordre de Hitler) en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée d’occupation.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont à pied conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Pendant le trajet en France, Alexis Chaussinand jette un message qui parvient à ses proches.

transportaquarelle

Le 8 juillet 1942, Alexis Chaussinand est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45363 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Portail du secteur B-Ib du sous-camp de Birkenau par lequel sont passés tous les “45000”. © Mémoire Vive.

Portail du secteur B-Ib du sous-camp de Birkenau par lequel sont passés tous les “45000”. © Mémoire Vive.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Alexis Chaussinand est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier). Là, il est assigné au Block 7. Plusieurs de ses camarades de déportation se souviennent qu’il est mort le crâne fendu par un de ses gardiens. Ensanglanté, il est jeté hors du Block par une température inférieure à 20 degrés.

Selon Georges Dudal, il serait mort dans ses bras autour du 28 décembre 1942.

Sa femme, Lucienne, est arrêtée le 25 novembre 1941 par la police française, quai des Célestins à Lyon, en possession de nombreux documents servant à la propagande communiste.

Incarcérée à la prison Saint-Joseph à Lyon le 19 décembre 1941, elle est condamnée, le 5 mai 1942, par le tribunal militaire de Lyon aux travaux forcés à perpétuité. Le 9 février 1943, elle est transférée à la prison de Marseille.

Puis, le 9 février 1943, venant de Rennes (Ille-et-Vilaine) (la prison de femmes ?), elle est remise aux autorités d’occupation et internée au camp allemand du fort de Romainville (Seine / Seine-Saint-Denis – 93) ; matricule 4859.

Déportée dans le convoi du 18 avril 1944, arrivé le 22 avril à Ravensbrück, matr. 35125, Lucienne Chaussinand est transférée le 12 août 1944 à Beendorf (Kommando de Neuengamme).

Libérée et rapatriée par la Suède, elle passe au centre de Paris-Lutétia le 23 juin 1945.

Elle siège comme adjointe au maire au conseil municipal de Saint-Ouen (93).

Elle est homologuée comme “déportée politique” (28-01-1955).

Lucienne Chaussinand décède à Vallon-Pont-d’Arc (Ardèche) le 18 octobre 1982.

Alexis Chaussinand est homologué comme déporté politique (26-03-1954). La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 18-05-1995).

Le 27 juillet 1945, le conseil municipal d’Ivry-sur-Seine donne le nom d’Alexis Chaussinand à une rue de la commune.

Sources :

- Ivry, fidèle à la classe ouvrière et à la France, supplément au Travailleur d’Ivry, édité par la section du PCF, à l’occasion du 25e anniversaire de la capitulation allemande, page 93, 96 94 et 110.
- Michèle Rault, Des noms qui chantent la liberté (noms de rues), édité par Ville d’Ivry-sur-Seine pour le 50e anniversaire de la Libération (1994), pages 10 et 12.
- André Tollet, Le Souterrain, éditions sociales, collection “souvenir”, Paris 1974, page 149.
- Archives municipales d’Ivry-sur-Seine ; dossier individuel rassemblé par Michèle Rault, conservatrice, à partir de différentes sources, notamment policières.
- Gilbert Chaussinand, ancien FTPF (signataire d’un appel dans Le Travailleur d’Ivry, 10 août 1963).
- Alain Chaussinand envoie une lettre au maire d’Ivry pour les archives municipales le 22 août 1998.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 373 et 399.
- Témoignage de Georges Dudal, rescapé du convoi.
- Archives de Paris ; archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 2 décembre 1940 au 25 février 1941, cote D1u6-5852.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris) ; cartons “occupation allemande” camps d’internement… (BA 2374), liste des internés communistes, 1939-1941 (BA 2397),  dissolution du PC (BA 2447).
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux ; centre de séjour surveillé d’Aincourt (1W80).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 14-10-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] [Ivry-sur-Seine : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Le tunnel d’évasion : dans la nuit du 21 au 22 juin 1942, un tunnel creusé à l’insu de l’ensemble des détenus a permis l’évasion de 19 militants syndicalistes (dont Georges Cogniot et André Tollet), peu avant la déportation du millier d’otages communistes, le 6 juillet