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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Alexandre, Joseph, Guillou naît le 13 novembre 1898 à Bannalec (Finistère), fils d’Yves Guillou et de Marie Salaun, cultivateurs.

Il est titulaire du Certificat d’études primaires.

Il se marie le 9 janvier 1926 à Boissy-Saint-Léger [1] (Seine / Val-de-Marne – 94) avec Virginie Colombani, originaire de Corse, ouvrière raffineuse chez Say (Paris 13e) ; ils ont un fils, Roger, qui sera vérificateur au Printemps.

En 1935, la famille est domiciliée à Bonneuil ; au moment de son arrestation, Alexandre Guillou habite au 69, rue Montaigne.

Le 12 mai 1935, il est élu conseiller municipal communiste de Bonneuil-sur-Marne [2] (94) sur la liste dirigée par Henri Arlès.

En 1936, il est mécanicien aux Établissements Darras et Jouanin de Neuilly-sur-Seine (Seine /Hauts-de-Seine), puis, en 1939, mécanicien-électricien à la STCRP (Société des transports en commun de la région parisienne, ancêtre de la RATP).

En 1938, il est délégué titulaire aux élections sénatoriales.

En 1939, il est mobilisé.

Le 4 octobre 1939, le Président de la République – Albert Lebrun -, par décret et « sur la proposition du ministre de l’intérieur, suspend jusqu’à cessation des hostilités les Conseils municipaux » de 27 communes de la banlieue parisienne à majorité communiste, dont celui de Bonneuil, et les remplace par des Délégations spéciales composées de notables désignés.

Le 9 février 1940, sur requête du préfet de la Seine, le conseil de préfecture déchoit de leur mandat municipal huit élus de Bonneuil, dont Alexandre Guillou, pour n’avoir pas « répudié catégoriquement toute adhésion au Parti communiste » (loi du 20 janvier 1940).

Sous l’occupation, la police française (RG) considère Alexandre Guillou comme un « agent très actif de la propagande communiste clandestine ».

Le 5 octobre, il est appréhendé par la police française lors de la grande vague d’arrestations organisée dans les départements de la Seine et de la Seine-et-Oise par les préfets du gouvernement de Pétain contre des hommes connus avant-guerre pour être des responsables communistes (élus, cadres du PC et de la CGT) ; action menée avec l’accord de l’occupant. Après avoir été regroupés en différents lieux, 182 militants de la Seine sont conduits le jour même en internement administratif au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), créé à cette occasion dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

Prévenue de son arrestation deux jours plus tard par la préfecture de police de Paris, la direction de la STCRP répond qu’Alexandre Guillou est inconnu de ses services (a-t-il été révoqué ? a-t-il pris une disponibilité ? a-t-il démissionné ?).

Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930. Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930.
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Conçus à l’origine pour 150 malades, les locaux d’Aincourt sont rapidement surpeuplés : en décembre 1940, on compte 524 présents, 600 en janvier 1941, et jusqu’à 667 au début de juin.

En janvier 1942, Alexandre Guillou sollicite sans succès une permission de sortie exceptionnelle afin d’assister au mariage de son fils Roger qui doit avoir lieu le dernier jour du mois. Le 20 janvier, celui-ci écrit au préfet de Seine-et-Oise afin de formuler la même demande, « que cette petite réunion familiale ne soit pas gâchée par l’absence de mon cher Papa ». La réponse est encore une fois négative : le jour même de la cérémonie, le préfet de Seine-et-Oise en averti le préfet de police de Paris, qui avait pris l’arrêté d’internement ; « par contre, lorsqu’il sera marié, je suis disposé à l’autoriser exceptionnellement à rendre, accompagné de sa femme, visite à son père au Centre d’Aincourt » (copie transmise au directeur du CSS d’Aincourt avec prière de bien vouloir donner suite favorablement à la demande qui pourra lui être présentée par Guillou Roger…).

Le 11 février, Alexandre Guillou fait partie des 21 militants communistes que les “autorités d’occupation” « extraient » d’Aincourt sans en indiquer les motifs ni la destination au chef de centre. Tous sont conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Alexandre Guillou est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Alexandre Guillou est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45645 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Alexandre Guillou.

Il meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

À une date restant à préciser, le Conseil municipal de Bonneuil donne son nom à une rue de la commune.

Son nom est inscrit sur le Monument aux morts de Bonneuil, devant le cimetière.

La mention “Mort en déportation” est portée sur les actes d’état-civil (8-07-1985 ou J.O. 21-06-1994).

Sources :

- Claude Pennetier, notice dans le Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 356, 387 et 407.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire-Vive sur les “45000” et “31000” de Bretagne.
- Jean-Marie Dubois, Malka Marcovich, Les bus de la honte, éditions Tallandier, 2016, pages 144, 145, 146 et 189.
- Archives municipales de Bonneuil.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais : cartons “occupation allemande”, communistes fonctionnaires internés… (BA 2214) ; liste des internés communistes, 1939-1941 (BA 2397).
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux : centre de séjour surveillé d’Aincourt (1W80),  dossier individuel (1W121).
- Association Mémoire et création numérique, site Les plaques commémoratives, sources de mémoire.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrit, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 409 (38898/1942).
- Site Mémorial GenWeb, 94-Bonneuil, relevé de Bernard Laudet (06-2003).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 12-03-2017)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Boissy-Saint-Léger : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine-et-Oise (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Bonneuil-sur-Marne : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert effectif en janvier 1968).