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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Albert Keyser ou Kaiser naît à Paris le 28 décembre 1900. Pupille de l’Assistance publique de la Seine, il est placé dans le Cher (18), à Morlac puis à Vesdun.

Il a deux fils, Robert et Jacques, né le 7 mai 1923 à Saint-Amand-Montrond (18).

Devenu ouvrier pelletier à Saint-Amand, Albert Keyser (orthographe utilisée par le DBOF-Maitron pour désigner le militant) anime le syndicat local unitaire des Cuirs et Peaux.

En 1924, il adhère au Parti communiste et est trésorier du rayon communiste de Saint-Amand de 1925 à 1929. En 1930, il entre au bureau régional du Parti communiste.

Mais l’essentiel de son activité est consacré au syndicalisme. En mars 1930, quand P. Hervier – jugé trop modéré par les jeunes militants du Parti communiste – demande à être dégagé de ses responsabilités en raison de son âge, Keyser le remplace comme secrétaire général de la 17e Union régionale unitaire et applique la tactique « classe contre classe ».

En mai 1930, la grande grève de la céramique qui éclate est sa première expérience ; avec J. Picot et Charles Tillon, secrétaire de la Fédération unitaire de la céramique, il tente de politiser la grève et de dénoncer la collusion « flagrante entre les confédérés et l’aristocratie vierzonnaise ». Malgré quatre mois de lutte, cette grève est un échec et les confédérés en sortent renforcés. Keyser mène la lutte contre la minorité de la CGTU ; les dirigeants exclus les uns après les autres créèrent un syndicat autonome à Vierzon ou rejoignirent la CGT.

À une date restant à préciser, il vient habiter à Bourges ; au moment de son arrestation, il est domicilié au 19, rue Charlet.

Au meeting du 12 février 1934 à Bourges, Keyser demande aux manifestants de siffler le représentant du Parti radical qui doit renoncer à prendre la parole (La Dépêche, 13 février 1934). Claude Jamet, professeur à Bourges, présente Albert Keyser comme le représentant de la “nouvelle génération” communiste, « tout d’une pièce, le regard franc, la conscience en paix, presque un scout, mais aussi peu “éloquent” que possible » (journal, à la date du 29 novembre 1934, p. 30).

La CGT, très faible dans le Cher jusqu’en 1930, se renforce. Le congrès du 8 décembre 1935 permet de mesurer les progrès réalisés par les confédérés (congrès de réunification des Unions départementales). Les “unitaires” sont mis en minorité sur les trois principaux points de l’ordre du jour. La Bourse du Travail confédérée devient le siège de l’Union départementale. L’Union départementale n’a pas de secrétaire permanent, l’UD confédérée n’en a pas et Keyser, permanent unitaire, pourrait obtenir ce poste. Mais un militant investi « d’un mandat politique rétribué ne pourra faire partie de la commission administrative » : Keyser est là encore visé. Le bureau de l’UD comprend huit ex-confédérés pour quatre ex-unitaires. Pichon, instituteur et militant du groupe Jeune République est secrétaire, Amichot de la SFIO, secrétaire adjoint, Keyser n’est que secrétaire à la propagande. Sous le gouvernement du Front populaire, l’influence du Parti communiste se renforçant, l’UD a une direction collective avec trois secrétaires : Pichon, Amichot et Keyser qui redevient permanent.

Aux élections législatives de 1936, Keyser est candidat dans la circonscription d’Issoudun dans l’Indre, obtenant 14,7 % des suffrages des électeurs inscrits.

En 1939-1940, Keyser est un des dirigeants du PCF du Cher, dans la clandestinité. Le 15 décembre 1940, il est perquisitionné à Bourges avec une dizaine d’autres militants.

Professionnellement, il se déclare comme chauffeur de camion.

Le 22 juin 1941 [1], lors de la grande rafle des communistes du Cher, il est arrêté et bientôt interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Albert Keyser est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45704, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Albert Keyser se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Albert Keyser.

Il meurt à Auschwitz le 2 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Son fils Jacques est arrêté le même jour que lui, pour “propagande”, et déporté en Allemagne ; après la guerre, il travaille comme employé à la SNIAS de Bourges et milite au Parti communiste (décédé en avril 1975, avant 52 ans).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur l’acte de décès d’Albert Kaiser (J.O. du X-1994).

Sources :

- Claude Pennetier, notice in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Éditions de l’Atelier/Éditions Ouvrières, CD-rom, version 1990-1997, citant : Arch. Dép. Cher, 25 M 127-128, 25 M 95-96 – Arch. Dép. Indre, 3 M 1424-1431 – L’Émancipateur – Le Syndiqué du Cher – Claude Jamet, Notre Front populaire, journal d’un militant 1934-1939 – S. Courtois, thèse, op. cit. ?, annexe n° 18. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 73, 362 et 409. 
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC),liste de 44 otages FK 668, 24-10-1941. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 564 (26833/1942), son nom est orthographié « Keyser ».

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 22-06-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] L’ “Aktion Theoderich :

L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est défini le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre.

Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante. En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. 131 d’entre eux, arrêtés entre le 21 et le 30 juin, font partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.