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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Albert (dit « Bébert »), Julien, Marie, Dugalès naît le 25 septembre 1894 à Guéhenno (Morbihan – 56), fils d’Eugène Dugalès et de Jeanne Baucher.

De la classe 1914 et du bureau de recrutement de Vannes (56), Albert Dugalès est mobilisé au cours de la guerre 1914-1918. Il est blessé à la main droite, ce qui lui laisse – comme « marque particulière » – une cicatrice de 8 cm au poignet.

Le 10 septembre 1921 à Paris 15e, il se marie avec Louise Bousquet. Leur fille, Simone, naît en 1921 à Versailles.

Pendant un temps, Albert Dugalès habite à Orgerus (Seine-et-Oise).

Plus tard, la famille est domiciliée au 16, rue de Noailles à Versailles (Yvelines – 78), où Albert Dugalès est propriétaire d’un café-bar (dans la même rue que la caserne Hoche : quelle proximité ?).

Il est membre du Parti communiste, et, selon une notice individuelle remplie ultérieurement par le commissaire central de Versailles, son établissement est le siège d’une cellule communiste de cheminots. Par ailleurs, Albert Dugalès tient la buvette lors des fêtes champêtres communistes.

Le 3 juin 1940, lors du bombardement de Versailles, il manifeste « son courage et son abnégation », selon un témoignage ultérieur de son épouse.

Le 19 novembre, la Cour d’appel de Paris le condamne à six mois d’emprisonnement avec sursis pour recel [?]. Mis dans l’incapacité de gérer son établissement, il en confie la gérance à l’épouse de Marcel Stiquel, interné à Aincourt.

Le 5 janvier 1941, Albert Dugalès est arrêté par la police française. Inculpé d’infraction au décret du 19 septembre 1939, il est écroué à la Maison d’arrêt de Versailles.

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Versailles, la Palais de Justice et la Maison d’arrêt. 
Carte postale oblitérée en 1910. Coll. Mémoire Vive.

Le 19 mars, le Tribunal correctionnel de Versailles le condamne à deux mois d’emprisonnement et 200 F d’amende, sa peine (dépassée de quinze jours) expirant immédiatement du fait de la détention préventive effectuée.

Mais Albert Dugalès n’est pas libéré : le jour même, à 18 heures 30, le gardien-chef de la Maison d’arrêt téléphone à la préfecture de Seine-et-Oise pour signaler que « quatre individus », dont Albert Dugalès, sont libérables sur l’heure. Le cabinet du préfet réagit rapidement : après avoir demandé l’avis du commissaire central de Versailles, il soumet le cas au directeur de cabinet qui donne comme instruction l’internement de Dugalès. Par téléphone, ordre est immédiatement donné à la police d’État d’appréhender celui-ci et de faire établir par le commissaire de police compétent une notice individuelle. Albert Dugalès est conduit au commissariat central de Versailles. Il reste à soumettre à la signature du préfet de Seine-et-Oise un arrêté ordonnant son internement administratif.

C’est chose faite le 21 mars. Dans l’après-midi, Albert Dugales est conduit au centre de séjour surveillé (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), aménagé dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

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Aincourt
Tel qu’il est photographié, le pavillon Adrien Bonnefoy Sibour ne laisse pas entrevoir la grande forêt qui l’entoure et l’isole de la campagne environnante

Le 10 avril [lettre datée accidentellement du 10 mars], Madame Dugalès écrit au préfet de Seine-et-Oise pour solliciter la libération de son mari : « Je ne vois pas pourquoi on me l’a interné au camp d’Aincourt puisqu’il avait fini sa peine… ».

Le 27 juin, Albert Dugalès est parmi les 88 détenus de Seine-et-Oise « remis à la disposition des autorités d’occupation » et transférés à l’Hôtel Matignon à Paris, puis, de là, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), Frontstalag 122 – Polizeihaftlager.

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Le camp vu depuis le mirador central. 
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué 
par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”) 
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Droits réservés.

Rapidement, peut-être, Albert Dugalès adresse aux autorités allemandes [?] « une demande de libération en donnant comme motif que [ses] arrestation et condamnation [n’étaient] pas justifiées », demande « prise en considération » (témoignage de son épouse).

Vers la fin juillet, les hommes internés au cours du mois écoulé sont interrogés sur leurs antécédents politiques par une commission allemande. Une quinzaine de jours plus tard, le 14 août, plusieurs dizaines d’entre eux sont libérés, dont Albert Dugalès et quatre autres anciens d’Aincourt. Le militant versaillais rentre chez lui par ses propres moyens.

Mais le préfet de Seine-et-Oise ordonne au Bureau politique de son cabinet de remettre la main sur les internés administratifs ainsi libérés.

Le 25 août, Albert Dugalès est de nouveau arrêté par le commissariat central de Versailles, interrogé puis ramené à Aincourt (significativement, le directeur du centre d’internement note que le détenu avait « été mis à la disposition de la gestapo » (sic).

Début septembre, Madame Dugalès écrit de nouveau au préfet de Seine-et-Oise pour solliciter la libération de son mari, argumentant qu’elle ne peut « comprendre cela » et dans l’espoir que le haut fonctionnaire voudra « bien reconsidérer cette affaire qui repose peut-être sur une erreur ».

Le 1er décembre, au nom du Sturmbannführer Boemelburg, le bureau du SD de Paris s’adresse à la police judiciaire de Versailles pour exiger le transfert immédiat d’Albert Dugalès au Frontstalag 122. Le bureau politique de la préfecture de Seine-et-Oise qui “récupère” la demande commente : « Après la mesure de libération prise par la police allemande à son égard […], l’ordre de reconduire Dugalès à Compiègne au camp de Compiègne est pour le moins curieux ». Le 13 décembre, le préfet de Seine-et-Oise écrit à « Monsieur le conseiller supérieur d’administration de guerre » de la Feldkommandantur 758 de Saint-Cloud afin que celui-ci l’informe de la suite à donner à cette affaire, car il ne connaît pas « le service d’où émane cette demande ».

Le 15 janvier, c’est le Haut commandement des forces militaires en France qui demande à son tour le transfert à Compiègne du militant interné.

Le 20 ou 22 janvier 1942, escorté par un inspecteur spécial de la police d’État française, Albert Dugalès est ramené au camp allemand de Royallieu, où il est enregistré sous le matricule n° 2357.

Début février, la rumeur circule parmi les internés d’Aincourt que leur compagnon a été fusillé par les Allemands.

Le 28 février, la Feldkommandantur 758 se plaint auprès du préfet de Seine-et-Oise de ne pas avoir encore été informée du transfert ; demande réitérée le 10 mars… Huit jours plus tard, le préfet répond que le document attendu « a bien été envoyé en son temps ».

Entre fin avril et fin juin 1942, Albert Dugalès est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Albert Dugalès est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45500 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Albert Dugalès est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Le 19 novembre, son nom est inscrit sur le registre des détenus du Revier de Birkenau (Block n° 8 – en brique – du secteur BIb), chambrée n° 2, qui reçoivent des médicaments ; il se voit administrer 12 gouttes d’Anisine et 40 de valériane.

Albert Dugalès meurt à Birkenau le 24 janvier 1943, d’après les registres du camp.

Il est homologué comme appartenant aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) et comme “Déporté politique”.

Albert Dugalès est le seul “45000” de Versailles.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 379 et 402. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Bretagne (2004), citant : Archives municipales de Versailles (Essonne – 91) – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (Calvados -14), dossier statut. 
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94), carton “Association nationale de des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes. 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1W76, 1W80 (relations avec les autorités allemandes), 1W11 (dossier individuel). 
- Liste des 88 internés d’Aincourt (domiciliés dans l’ancien département de Seine-et-Oise) remis les 27 juin 1941 à la disposition des autorités d’occupation, et liste Internés de Seine-et-Oise à la suite d’une mesure prise par le préfet de ce département, ayant quitté le centre d’Aincourt, copies de documents des AD 78 communiquées par Fernand Devaux (03 et 11-2007). 
- Registre des détenus ayant reçu des médicaments à l’infirmerie de Birkenau, archives du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau (APMAB), Oświęcim, Pologne, copies transmise par André Nouvian. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 245 (3774/1943). 
- Irena Strzelecka, Les hôpitaux dans le camp de concentration d’Auschwitz, in Auschwitz 1940-1945, tome 2, Les détenus – La vie et le travail, chap. 9, p. 364-365, éditions du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, 2011.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 17-10-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.