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…en 1930.
Coll. André Beaucousin.

Albert Beaucousin naît le 29 juillet 1906 à Paris 15e arrondissement, fils de Maximilien, Jules, Beaucousin, 26 ans, et de Germaine Bréant, son épouse. Albert Beaucousin a – au moins – un frère, Henri.

Mobilisé au cours de la première guerre mondiale comme soldat au 129e régiment d’infanterie, son père – 35 ans – est tué le 25 septembre 1915 au combat de Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais).

Pendant un temps, Albert Beaucousin travaille comme égoutier à la Ville de Paris. Il est adhérent au Syndicat général unitaire du personnel des services publics, municipaux, départementaux, concédés et assimilés.

Début 1930, alors qu’il habite au 16, rue Victor-Hugo, dans le quartier des Rabats, à Antony (Seine / Hauts-de-Seine), dans un petit pavillon appartenant à sa mère, il sollicite un emploi à la Poste, ce qui enclenche une enquête administrative à son sujet. Il entre à l’administration des Postes, téléphone et télégraphes (PTT) le 10 avril 1930. Il devient soudeur au service téléphonique et télégraphique de Paris, 18, boulevard de Vaugirard (Paris 15e). Il adhère alors au syndicat unitaire des ouvriers des PTT, section lignes souterraines.

Le 4 octobre 1930 à Orsay (Seine-et-Oise / Essonne), Albert Beaucousin se marie avec Raymonde Renault, née le 25 décembre 1908 dans cette ville.

Bourg-la-Reine. La poste et la Grande Rue dans les années 1930. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Bourg-la-Reine. La poste et la Grande Rue dans les années 1930. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Fin 1933, le couple habite au 54, Grande-Rue à Bourg-la-Reine [1] (Seine / Hauts-de-Seine). Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée au n° 71 de la même rue.

Albert Beaucousin est adhérent au Parti communiste, de la section de Bourg-la-Reine ; son épouse partage ses convictions. Il est également secrétaire du comité intersyndical de la commune et secrétaire-trésorier de la section locale du Secours populaire de France.

Le 1er décembre 1938, Raymonde met au monde leur fils, André.

Au cours de la “drôle de guerre”, Albert Beaucousin est mobilisé au 3e groupe de télégraphie militaire, détachement ouvrier de travaux souterrains urbains (n° 955/3).

Le 4 mai 1940, les services du commissariat de la circonscription de Sceaux procèdent à une perquisition à son domicile qui amène la découverte de nombreuses brochures, tracts et journaux antérieurs à la dissolution du parti communiste et des groupements annexes.

Le 5 juillet 1941, Albert Beaucousin est arrêté à son domicile par les services du commissariat de la circonscription de Sceaux. Le lendemain, 6 juillet, le préfet de police signe l’arrêté ordonnant son internement administratif en application du décret du 18 novembre 1939.  Comme Louis Méresse, d’Aubervilliers, il est conduit  à la caserne désaffectée des Tourelles, boulevard Mortier, Paris 20e, “centre surveillé” dépendant de la préfecture de police de Paris.

La caserne des Tourelles, boulevard Mortier, avant guerre. Partagée avec l’armée allemande au début de l’occupation, elle servit surtout à interner les « indésirables étrangers ». Carte postale. Collection Mémoire Vive.

La caserne des Tourelles, boulevard Mortier, avant guerre.
Partagée avec l’armée allemande au début de l’occupation, elle servit surtout à interner les « indésirables étrangers ».
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Après son arrestation, son épouse, Raymonde Beaucousin part se réfugier à la campagne avec leur fils André.

Le 23 juillet, l’ingénieur en chef, directeur des services téléphoniques de Paris écrit au service des affaires générales du cabinet du préfet de police afin de lui demander les raisons ayant motivé l’arrestation de son subordonné, pour la suite administrative que cette affaire peut comporter, et « éventuellement la maison d’arrêt où l’intéressé est détenu ». Un mois plus tard, le 23 août, le préfet de police répond directement au secrétaire d’État aux Communications (en ajoutant « je vous serais obligé de faire informer la Direction des services téléphoniques de Paris, si vous le jugez utile ») : « … le nommé Beaucousin Albert […] est un militant communiste notoire et particulièrement actif. Il a été interné administrativement en application du décret du 18 novembre 1939 et se trouve actuellement à la caserne des Tourelles. » Le 6 octobre, le directeur des services téléphoniques écrit à la sous-direction administrative du cabinet du préfet de police en joignant à son courrier trois exemplaires d’une notification de suspension de fonctions destinées à Albert Beaucousin, en demandant que celui-ci soit invité à apposer son visa sur deux d’entre eux, qui lui seront retournés. Le directeur de cabinet transmet la demande au directeur des Renseignements généraux. Le 21 octobre, le directeur des services téléphoniques écrit de nouveau au cabinet du préfet pour lui demander de lui faire connaître l’état actuel de l’affaire concernant cet agent, le motif précis de son arrestation et de lui communiquer tous renseignements qu’il aura été possible de recueillir à son sujet. Quelques jours plus tard, directeur du cabinet transmet une note au directeur du 1er bureau des R.G. qui, aussitôt, envoie une autre note au commissaire de police de la circonscription de Sceaux pour lui demander de lui faire connaître, d’urgence, les motifs précis qui ont amené l’arrestation par ses services du nommé Beaucousin Albert. Il convient ici de remarquer que l’employeur de Beaucousin n’avait pas connaissance de ses convictions politiques et encore moins d’une quelconque activité, pas plus que les R.G. ou le cabinet du préfet, signataire de l’arrêté d’internement.

Le 3 novembre, le commissaire se justifie : « … j’ai l’honneur de vous faire connaître que le nommé Beaucousin Albert était un membre très actif du parti communiste avant septembre 1939. Dès le début des hostilités, il fut l’objet de très nombreuses surveillances qui amenèrent une perquisition à son domicile. Un certain nombre d’ouvrages communistes furent découverts. Jusqu’à l’arrestation des principaux dirigeants locaux du parti communiste, quelques mois après les évènements de juin 1940, Beaucousin resta en relation avec eux. Propagandiste de première force, il était susceptible de prendre la tête d’un mouvement en cas de troubles. C’est à ce titre qu’il a été indiqué comme pouvant se voir appliquer le décret du 18 novembre 1939, n’ayant pu être jusqu’alors arrêté en flagrant délit de propagande. »

On constate ici que l’interpellation d’un “suspect” relève initialement de la seule décision d’un commissaire de circonscription, laquelle est ensuite avalisée sans aucune vérification par les R.G. qui transmettent la demande d’internement au cabinet du préfet pour signature.

Le 20 novembre, le préfet de police (le sous-directeur de cabinet) répond directement au secrétaire d’État aux Communications, sous le tampon « confidentiel », en y joignant une note des R.G. indiquant que Beaucousin a été arrêté « à la demande du commissaire de Sceaux, duquel il était connu comme “propagandiste dangereux et de premier ordre, capable en cas de mouvement d’en prendre la tête ”. » « Je vous laisse le soin de donner connaissance des renseignements qu’il contient à M. le directeur des services téléphoniques de Paris si, toutefois, vous le jugez opportun. » Le même jour, 20 novembre, le sous-directeur de cabinet transmet une note au directeur des R.G. à laquelle il joint la lettre des PTT informant Beaucousin qu’il est suspendu de ses fonctions à dater du 5 juillet. Trois jours plus tard, celle-ci fait le chemin inverse après avoir été émargée par l’intéressé. Le 4 décembre, le directeur des services téléphoniques transmet au préfet de police un procès-verbal d’enquête (administrative) destiné à recevoir les explications de l’intéressé, pièce qu’il souhaite lui être renvoyée dûment complétée (ce sera fait le 13 janvier suivant). Dans le même courrier, le cadre des PTT demande au chef de la police son « avis sur les sanctions administratives qu’il conviendrait éventuellement de prendre à l’encontre de cet agent ». La préfecture ne répondant pas, le directeur des services téléphoniques réitère sa demande d’avis auprès du service des affaires générales. Le 13 février, le chef du 1er bureau répond au nom du préfet : « … il ne m’appartient pas de donner un avis sur les sanctions administratives qu’il convient de prendre à l’égard de l’interné […]. Seuls, ses supérieurs hiérarchiques sont qualifiés pour prendre une décision à l’égard de cet agent. »

Le 5 mai 1942, Albert Beaucousin fait partie des 24 internés des Tourelles, dont beaucoup d’anciens Brigadistes, que viennent « prendre des gendarmes allemands » afin de les escorter à la gare du Nord d’où ils sont conduits  par le train de 5 h 50 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. À l’arrière plan à gauche, sur l’autre rive de l’Oise, l’usine de Venette qui fut la cible de plusieurs bombardements avec “dégâts collatéraux” sur le camp. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”,
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”.
À l’arrière plan à gauche, sur l’autre rive de l’Oise, l’usine de Venette qui fut la cible de plusieurs bombardements avec “dégâts collatéraux” sur le camp.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, Albert Beaucousin est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Albert Beaucousin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45211, selon les listes reconstituées (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Albert Beaucousin.

Il meurt à Auschwitz le 10 octobre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp. La cause indiquée, très probablement mensongère, est « double pneumonie » (Beiderseitige Lungenentzündung).

Le 13 décembre 1943, l’ingénieur en chef régional, directeur des services téléphoniques de Paris écrit à la sous-direction administrative du cabinet du préfet de police pour le prier de lui faire connaître si Albert Beaucousin, agent des PTT, est toujours interné et, le cas échéant, le lieu de sa détention, ceci afin de répondre à une demande de renseignements de son administration (elle-même sollicitée par Madame Beaucousin ?). Le 20 décembre, le chef du 1er bureau de la sous-direction administrative transmet la question au directeur général des Renseignements généraux. Le 25 janvier 1944, le sous-directeur de cabinet du préfet transmet la réponse des R.G. : le détenu a été réclamé par les autorités allemandes le 5 mai 1942 et se trouve actuellement dans un camp de concentration en Allemagne.

Le 5 juin 1945, son frère Henri, alors domicilié à Bagneux, remplit un formulaire de demande de renseignements.

Le 16 février 1946, Raymonde Beaucousin complète une fiche-formulaire de renseignements. Le jour même, deux voisins complètent des formulaires du ministère des Victimes de la guerre (sic) par lesquels ils se portent garants qu’Albert Beaucousin a été arrêté par la police française le 5 juillet 1941 comme communiste.

Le 28 octobre 1946, Madame Beaucousin complète un formulaire du ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre (ACVG) en vue d’obtenir la régularisation de l’état civil d’un « non-rentré ». Elle désigne son mari comme déporté politique. Dans la troisième partie du document, le maire de Bourg-la-Reine certifie que celui-ci n’a pas reparu à son domicile depuis le 5 juillet 1941. Le 5 décembre le « Bureau de l’État-Civil Déportés » du ministère des ACVG établit un acte de disparition au nom d’Albert Beaucousin, que sa veuve reçoit cinq jours plus tard.

Le 1er octobre 1947, brulant les étapes administratives sans le savoir, Raymonde Beaucousin écrit au ministre des Anciens Combattants pour lui demander en retour deux extraits d’acte de décès de son mari pour faire établir sa pension de veuve et inscrire son fils aux pupilles de la Nation (sic). Le 31 octobre, Madame Beaucousin complète un formulaire de renseignements, dans lequel est mentionné que deux rescapés du convoi ont témoigné du décès de son mari : Henri Gorgue, de Romainville (Seine / Seine-Saint-Denis), et Raymond Saint-Lary, de Fresnes (Seine / Val-de-Marne).

Le 3 décembre suivant, Raymond Saint-Lary, remplissant un formulaire à en-tête de la Fédération nationale des déportés et internés patriotes (FNDIRP) – Amicale d’Auschwitz -, certifie qu’Albert Beaucousin est mort à Auschwitz à une date qu’il estime être novembre 1942.

Le 19 décembre, l’officier d’état civil au ministère des anciens Combattants et victimes de guerre dresse l’acte de décès officiel d’Albert Beaucousin sur la base des éléments d’information figurant au dossier, fixant officiellement la date de son décès « en novembre 1942 ».

En mars 1949, Raymonde Beaucousin engage les démarches administratives pour obtenir que la mention « mort pour la France » soit apposée en marge de l’acte de décès de son mari. Le 29 avril suivant, le ministère des ACVG transmet à la mairie de Bourg-la-Reine sa décision d’apposer la mention sur le registre d’état civil.

Le nom d’Albert Beaucousin est inscrit sur le Monument aux morts de Bourg-la-Reine, situé dans le cimetière communal.
Raymonde Beaucousin, sa veuve, embauchée à ce titre aux PTT, se remarie en 1954. Peut-être est-ce pour cette raison qu’elle n’engage pas de démarche administrative afin de demander le statut de déporté politique ou de déporté résistant pour Albert. Elle décède en 1970.

 La mention « mort en déportation » est apposée sur l’acte de décès d’Albert Beaucousin (J.O. du 18-07-1987).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 381 et 394.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris) ; cartons “occupation allemande” (BA ?), cabinet du préfet, dossier individuel (1w1670-95985).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 60.
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Service d’information sur les anciens détenus (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; acte de décès (350007/1942).
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen ; dossier d’Albert Beaucousin (21 p 422 413), recherches de Ginette Petiot (message 05-2013).
- Site Mémorial GenWeb, 92-Bourg-la-Reine, relevé de Bernard Tisserand (03-2004).
- Laure Beaucousin, sa petite-fille, fille d’André (message 05-2013).

MÉMOIRE VIVE

(Dernière mise à jour, le 20-01-2017)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Bourg-la-Reine : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne” (transfert administratif effectif en janvier 1968).