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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Aimé, Florival, Robert, Obœuf, naît le 16 avril 1912 à Burbure, à l’ouest de Béthune (Pas-de-Calais – 62), dans une famille de huit enfants. Son père est alors mineur de fond.

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Burbure, entrée du village par la rue de Pernes. 
Carte postale des années 1900. Collection Mémoire Vive.

En 1914-1918, le Front est proche de leur domicile : son père est mobilisé, la famille dort dans la cave. Aimé voit arriver et repartir les soldats venant de divers pays de l’empire britannique. Puis la famille estévacuée à Morlaix (Côtes-d’Armor – 22) et y reste pendant quatre ans. Après avoir combattu à Verdun, gazé, souffrant de névralgies à l’épaule, son père est démobilisé et vient les rejoindre à Morlaix où il est affecté dans une usine de munitions.

Puis la famille rentre dans le Pas-de-Calais. Le père retourne à la mine. Il est délégué des mineurs et organise des réunions syndicales. Il est également conseiller municipal à (?), aux côtés d’un militant communiste.

À treize ans, Aimé Obœuf descend à son tour travailler au fond de la mine ; pendant cinq ans. Au contact de mineurs polonais, il apprend des rudiments de leur langue… qui lui serviront plus tard.

Son père devient commerçant sur les marchés et, avec sa femme, vend d’abord des chemises, des casquettes, des chapeaux. Puis ils se lancent dans la vente de cacahuètes qu’ils font griller dans un four à pain.

Au moment de la crise de 1929, la mère de famille décide que ses enfants n’iront plus à la mine. Ils s’installent à Fontenay-sous-Bois [1] (Val-de-Marne – 94), puis à Vincennes [1].

En 1932, Aimé Obœuf est appelé au service militaire. Dans son unité, avec un camarade de Beauvais, il monte une section clandestine du Mouvement de la Paix : il est déjà catalogué comme “rouge”.

Démobilisé en 1934, il se marie en décembre avec Hélène (?), hongroise, née en 1915.

Au recensement de 1936 et jusqu’à son arrestation, il est domicilié au 79, rue Defrance à Vincennes. Il est père d’un garçon (?).

En 1935, il se rend avec son frère à une réunion du Parti communiste auquel il adhère. Dès lors, il participe pleinement et pour longtemps à l’action militante : il est désigné un temps comme « champion de France des vendeurs de L’Humanité ».

En 1936, il se déclare comme chef manœuvre à l’entreprise Grenelle (à ?) Charenton.

Dans la période 1936-1937, il participe à l’organisation d’une grève de sept mois dans l’entreprise où il travaille, mettant au point une « brigade de motos » allant à la recherche de soutien alimentaire sur les marchés. Dans son entreprise, les négociations pour la reprise du travail, dans laquelle intervient un ministre, se soldent par une importante majoration des salaires. Mais Aimé Obœuf est licencié en tant que délégué syndical.

Il travaille alors dans un restaurant dont la patronne lui donne les restes de repas afin qu’il les emporte à la maison.

Au moment de la guerre d’Espagne, il se porte volontaire lors d’une réunion de cellule du PCF, mais sa proposition est rejetée ; probablement parce qu’il est considéré comme un bon collecteur de la solidarité et plus utile à ce poste.

En 1938, il est mobilisé comme réserviste, probablement lors des tensions bellicistes qui précèdent les accords de Munich. Mais il se blesse (trois doigts écrasés) et rentre spontanément dans ses foyers après avoir prévenu les gendarmes ; il ne sera pas poursuivi.

Sur la liste électorale de Vincennes en 1939, il se déclare comme verrier. Au moment de son arrestation, il est déclaré comme commis de chai.

En 1940, il est de nouveau mobilisé, à Sedan, dans l’artillerie. Il reste prudent sur le plan de l’action et de l’expression politique. Lors de la débâcle, son cheval est tué à Épernay et il continue la route à vélo jusqu’à Castres (1400 km parcourus). Alors brigadier, il est chargé de garder le pont de la ville. Après avoir craint d’être envoyé au Moyen-Orient selon des rumeurs, il est finalement démobilisé le 30 août 1940 et remonte sur Paris.

Dès le 6 septembre, il entre dans un groupe clandestin de trois militants, avec Marcel (?) d’origine italienne, né à Saint-Dié, fusillé pendant l’occupation après s’être évadé d’un wagon (?), et Merlin (ou Mayer), qu’il soupçonne d’avoir été ensuite un dénonciateur. Dans cette période, Aimé Obœuf colle des affiches, distribue des tracts, notamment L’Appel du 10 juillet, signé Jacques Duclos et Maurice Thorez. Il commence des actions de sabotage en crevant de pneus. Puis il est rapidement désigné pour passer à l’Organisation spéciale. Après avoir pris contact avec un responsable appelé “Léon” au marché aux puces de Montreuil, il rencontre ses contacts au canal Saint-Martin. Il ne revient plus chez lui que de temps en temps.

Dans cette période, il surveille et file Charles Delval, élu conseiller général communiste du canton Charenton-Alfortville les 26 mai et 2 juin 1935. Charles Delval, en désaccord avec le pacte germano-soviétique, a non seulement rompu publiquement avec le parti communiste le 11 novembre 1939, mais il a rejoint le Parti ouvrier et paysan français (POPF) – collaborationniste – de Marcel Gitton et Marcel Capron, au sein duquel il est membre du comité central au printemps 1942. Aimé Obœuf témoigne qu’il est chargé de l’abattre, ainsi qu’un autre homme. Mais, étant lui-même surveillé par la police française qui le considère comme un « membre très agissant de l’ex-Parti communiste, irréductible dans ses convictions », il est arrêté avant d’avoir pu mener cette action…

Le 28 avril 1942, Aimé Oboeuf est arrêté à son domicile par des policiers français (dont un commissaire de police) accompagnés de soldats allemands, lors d’une grande rafle visant des militants communistes de la région parisienne, avec Luc (?), postier à Vincennes qui écrivait dans La Voix de l’Est sous le pseudonyme de Latude (un temps président de la FNDIRP du 20e après la Libération ?). Les deux hommes sont conduits à la mairie du 20e arrondissement, centre de regroupement où ils sont rapidement interrogés, puis, avec d’autres victimes de la vague d’arrestations, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager), où Aimé Obœuf est enregistré le lendemain. Là, il est l’objet d’une mise à l’écart qui l’exclut des groupes de solidarité. Il interroge le responsable de ceux-ci – Roger Bonnifet, de Déville-lès-Rouen – sur cette situation, mais n’obtient aucune explication.

Entre fin avril et fin juin, Aimé Oboeuf est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Aimé Obœuf est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45934 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Partageant un mégot de cigarette avec deux autres détenus, Aimé Obœuf est repéré par le chef de Blockqui lui administre aussitôt 15 coups de bâton sur les fesses ; il pense avoir été le premier puni de cette manière.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, tous sont envoyés au travail dans différentsKommandos. Aimé Obœuf transporte notamment des sacs de ciment venant de Belgique avec David Badache, lequel entend des kapos polonais envisager de se débarrasser des Français : « Un par jour. »

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Aimé Obœuf est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Affecté au Kommando Schtumbau (?), Aimé Obœuf monte des miradors à Birkenau. Son Kapo est un antifasciste allemand qui le protège. Depuis ce poste, il est témoin de l’arrivée des détenus sélectionnés qui sont amenés, nus, dans des camions jusqu’à une des deux premières chambres à gaz (Bunker I ou II) et de leur incinération sur des troncs d’arbres dans des fosses.`

Ensuite (?) assigné au Block 5, il est affecté dans le même Kommando (Terrasse ?) que BadacheHenri MigdalRoland PannetratLéon Thibert et Marius Zanzi. Il est également en contact avec André Lanvert, de Paris 11e, également arrêté le 28 avril. Celui-ci échange régulièrement sa ration de pain contre des cigarettes : il ne survivra pas.

Aimé Obœuf contracte successivement le typhus, la tuberculose et la malaria : au Revier, il aperçoit les deux frères Colin (Lucien et Marcel).

Il ne travaille que huit jours au Koenigsgraben. Au Schlaufarbeit (?), il rencontre Henri Marti qui y est puni.

Le 27 janvier 1943, depuis le bord de la route où il travaille, il assiste – interloqué – à l’arrivée des “31000” qui entrent à Birkenau en chantant La Marseillaise. Ce n’est que bien plus tard qu’il saura qui elles sont…

Le 17 ou 18 mars 1943, Aimé Obœuf fait partie des dix-sept “45000” rescapés de Birkenau conduits àAuschwitz-I (en tout, 24 survivants sur 600 !). Il est alors assigné au Block 22 et affecté au Kommando TWL (Truppenwirschaftslager, ravitaillement des troupes).

En juillet, comme les autres détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”), il est autorisé à écrire (en allemand et sous la censure) à sa famille et d’annoncer qu’il peut recevoir des colis. On ne sait pas si cette autorisation lui est parvenue et s’il a pu écrire.

À la mi-août, il est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Ils sont exemptés de travail et d’appel extérieur.

Mais Aimé Obœuf témoigne s’être alors porté volontaire pour transporter à dos d’hommes des vivres destinés à un sanatorium pour soldats allemands situé dans les montagnes proches (« Les Karpates ») ; il y recevait un supplément de nourriture. C’est dans cette période que « Thomas le tatoueur » (Jean Thomas, de Boulogne-Billancourt) lui dessine sur le bras un panier fleuri et enrubanné entourant son matricule – comme à lui-même et à Georges Gaudray, de La Courneuve.

Au Block 11, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11 : ils entendent et comptent les détonations, ils constatent les traces de sang dans la cour quand ils sont autorisés à s’y rendre pour faire de l’exercice.

De l’autre côté, dans le Block 10, logent, depuis le 3 avril 1943, près de 400 jeunes femmes juives sur lesquelles plusieurs professeurs nazis se livrent à diverses expériences : le Docteur Clauberg notamment y pratique des expériences de stérilisation par irradiation (rayons X). Les fenêtres du bâtiment donnant sur la cour du Block 11 sont aveuglées par des planches. Mais, par une ouverture qu’elles rebouchent soigneusement, les détenues peuvent voir ce qui s’y passe.

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Auschwitz-I. La cour séparant le Block 10 – où se pratiquaient 
les expérimentations “médicales” sur les femmes détenues – 
et le Block 11, à droite, la prison du camp, avec le 1er étage 
de la “quarantaine”. Au fond, le mur des fusillés. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Au cours de leurs “promenades” dans cette cour, les “45000” entrent en contact avec elles et s’efforcent de leur venir en aide. C’est ainsi qu’Aimé Obœuf fait la connaissance de Génia Golgicht, 16 ans.

Déportée de Belgique en 1943 avec sa mère qui, dès son arrivée, a été emmenée vers Birkenau et gazée quinze jours plus tard, Génia a été dirigée vers le Block des expériences (…). Un jeune frère, que Génia reverra à Auschwitz, se perdra dans la tourmente. Son père, résistant comme elle, condamné à la prison, mourra à Varsovie où les SS l’ont conduit pour déblayer les ruines du ghetto insurgé et détruit. (…) Un jour, dans cette cour aux murs tachés de sang, des Français entonnent une chanson. Les SS les ont conduits là “pour faire du sport”, c’est-à-dire ramper, marcher à genoux, courir, ramper à nouveau. Torturés, épuisés, pour montrer qu’ils ne sont pas vaincus, ils se mettent à chanter « Ça sent si bon la France. » Aimé est parmi eux (…). Il a remarqué Génia à la fenêtre et lui a fait signe. Par l’intermédiaire d’un infirmier qui peut entrer et sortir du Block 10, il s’est ensuite risqué à lui passer des petits bouts de papier : « Rendez-vous à Bruxelles ou à Paris. On s’en sortira. » Il trouve le moyen de lui envoyer des vieux bouts de laine récupérés sur les manches trop longues de pull-over en loques. Les femmes du blocks’en servent pour tricoter (…) des chaussettes et des tricots qui s’échangent contre du pain, de la soupe ou des morceaux de savon.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine : Aimé Obœuf retourne au Kommando TWL, avec David Badache (et Jules Polosecki ?).

Lorsque Aimé quitte le Block 11, avec les autres Français, lui et Génia réussissent à maintenir leurs rencontres. Génia et ses compagnes doivent cueillir du plantain et des pissenlits dans des champs proches de l’entrepôt où travaille Aimé. Tout manque se terminer tragiquement le jour où un garde les surprend ensemble. Pour la première fois, ils s’embrassent. Quelques mois plus tôt, c’était à coup sûr la mort pour tous deux. (…) Aimé s’en tire avec vingt-cinq coups de bâton qui ne le rendent pas plus prudent. (…) Il revient la voir : « Tu verras, on s’en sortira. » Ils conviennent de s’écrire dès leur retour : poste restante, gare du Midi à Bruxelles, et rue du Louvre à Paris.

À la fin de l’été 1944, Aimé Obœuf est parmi les trente-six “45000” qui restent à Auschwitz, alors que les autres sont transférés vers d’autres camps.

Lors de l’évacuation du camp, le 18 janvier 1945, il est évacué dans un colonne, Génia dans une autre, dirigée sur le KL [2] Ravensbrück. Il espère pouvoir rejoindre la colonne où elle se trouve (pensant qu’ils pourront s’évader ensemble), mais cela est impossible. Il se retrouve dans un contingent de détenus évacués sur le KL Mauthausen, en Autriche annexée, faisant le trajet à pied puis en chemin de fer :

« Dès la sortie du camp, nous voyons, des deux côtés de la route, les cadavres des déportés exécutés sur place (…). Nous avons marché plusieurs jours à pied jusqu’à la gare de Loslau, où nous avons embarqué sur des plates-formes à charbon, donc tout à fait découvertes. Nous sommes cent par wagon, il fait un froid intense. Impossible de bouger, de s’allonger ou de s’asseoir. Déjà, la longue marche depuis Auschwitz nous a épuisés. Dans le wagon, l’épuisement, le froid, la faim, la soif, le manque de place, déchaînent une véritable folie collective. Les morts sont nombreux. Je suis soutenu moralement par le grondement lointain de l’artillerie que je sais être celle de l’armée Soviétique. Je sens la fin de la guerre proche et rassemble tout ce qui me reste de courage pour tenir. Après un voyage dont le trajet était sans cesse modifié par les bombardements, les encombrements, l’affolement général, la fuite et l’évacuation de tout ce qui pouvait l’être des territoires de la Silésie et de la Haute-Silésie, nous sommes arrivés au camp de Mauthausen. À l’ouverture des plates-formes, il y avait bien plus de cadavres que de survivants. Le qualificatif de train de la mort peut malheureusement être étendu à tous les trains d’évacuation d’Auschwitz. » (lettre à Roger Arnould du 16 novembre 1971).

Le 28 ou 29 janvier, Aimé Obœuf est parmi les douze “45000” qui sont affectés au Kommando de Melk (usine souterraine de roulements à billes pour la firme Steyr).

Le 15 ou 17 avril, le camp est évacué à marche forcée vers le Kommando d’Ebensee, province de Salzbourg, où d’autres usines souterraines sont en cours de creusement. Il s’y trouve notamment aux côtés d’Abel Buisson avec qui il pousse des chariots de terre. Épuisé, il recule devant le suicide, alors même qu’il est « parti aux barbelés ». À un autre moment, il occupe une fonction d’électricien.

Le 6 mai 1945, ce camp est parmi les derniers libérés, par l’armée américaine.

Presque aussitôt, Aimé Obœuf participe à une réunion de cellule du PCF, organisée par Jean Laffitte et les frères Pierre et Roger Gouffaut. Avec Abel Buisson, ils sont ramenés en camion militaire jusqu’à une ancienne caserne de SS à Nuremberg, puis rapatriés à Paris en wagons à bestiaux.

De l’hôtel Lutétia, Aimé Obœuf rentre chez lui en métro.

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L’hôtel Lutetia, à Paris 6e. Siège de l’Abwehr (service de renseignements de l’état-major allemand) sous l’occupation. 
Centre d’accueil des déportés au printemps-été 1945. 
Carte postale, années 1940-1950. Collection Mémoire Vive.

Au cours de sa déportation, il a déjà appris que sa femme a été arrêtée, sans en connaître la raison. Ce jour-là, il ne retrouve pas non plus ses parents (?). Il part aussitôt chez une de ses sœurs, plus jeune, domiciliée à Paris. Plus tard, à l’occasion d’une manifestation, il est filmé par les “actualités” cinématographiques parmi les déportés récemment rentrés qui défilent devant le Mur des Fédérés au cimetière du Père Lachaise à Paris.

Il divorce assez rapidement de son épouse.

Il reste un an sans pouvoir travailler, touchant une allocation de la Préfecture, puis est il est engagé au Ministère de la Reconstruction, dirigé par le communiste Raymond Guyot, comme chauffeur de l’Inspecteur principal (?) des Finances qu’il conduit dans ses tournées en province. Dépisté porteur du bacille de la tuberculose, il fait un séjour dans sanatorium de Seine-et-Oise… où il s’oppose politiquement au directeur, socialiste.

Licencié du Ministère de la Reconstruction pour compression de personnel, il est engagé comme chauffeur à l’ambassade d’Union soviétique. Puis, un temps à la Banque pour l’Europe de l’Est.

Ensuite, il devient permanent au siège du Parti communiste (au 44, rue Lepelletier), comme garde du corps auprès d’André Marty, d’Auguste Lecoeur, puis de Jacques Duclos.

En 1947, il est opéré pour l’ablation d’un rein. Cette année-là, Génia revient à Paris pour la deuxième fois. L’année suivante, il l’épouse. Les irradiations stérilisantes du Docteur Clauberg ont été heureusement inefficaces en ce qui concerne Génia. Ils ont deux garçons : Michel, né à Paris 12e le 15 octobre 1947, et Daniel, né également à Paris, le 23 mai 1952.

Cette année-là (?), Aimé prend sa retraite professionnelle et s’installe à Brinon-sur-Beuvron (Nièvre – 58), mais reste très actif sur le plan politique : il y est candidat comme Conseiller général (quelle date ?).

En 1960, il est secrétaire départemental et membre du Comité national de la FNDIRP.

En 1966, la famille s’installe à Saint-Parize-le-Châtel, au sud de Nevers (58).

D’abord seulement homologué comme « Déporté politique”, Aimé Obœuf est finalement reconnu comme Déporté Résistant. Il reçoit la Médaille de la Résistance, la médaille de Combattant volontaire de la Résistance (CVR), la Médaille militaire qui donne droit à la Croix de Guerre, puis la Légion d’Honneur en 1987.

Aimé Obœuf décède au cours du 1er semestre 2004.

Génia Obœuf continue à militer pour la Mémoire au sein de la FNDIRP de la Nièvre.

Sources :

- Aimé Obœuf, témoignage filmé par Gilbert Lazaroo, avec Claudine Ducastel, transcription de Renée Joly (4-10-1997). 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 252-253, 359, 389 et 415. 
- Questionnaire biographique de la FNDIRP (25 janvier 1975). 
- Correspondance avec Roger Arnould (1971/1972). 
- Roger Arnould, Les témoins de la nuit, volume de la collection L’enfer nazi éditions de la FNDIRP, 2e édition avril 1979, page 88 ; témoignage de Génia Obœuf. 
- Ady Brille, Les techniciens de la mort, volume de la collection L’enfer nazi, éditions de la FNDIRP, Paris 1976, 4e partie, L’intelligence au service du crime, pages 263 et 264, témoignage de Génia Obœuf. 
- Témoignage : Birkenau, les transferts (novembre 1971). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA ? (…). 
- Ville de Vincennes, Service Archives et Patrimoine ; recherches menées par Christine Kauffmann (02-2007).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 6-11-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Fontenay-sous-Bois : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] KL : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilise l’abréviation “KZ”.