Charlie 6 Si Mémoire Vive existe, si elle a le droit d’exister, de se réunir, de prendre la parole, c’est grâce à la Liberté. Cette Liberté pour laquelle les Résistants ont combattu, qui est si difficile à acquér

ir et à préserver : cette Liberté fondement de notre République laïque et démocratique. Ces derniers jours, des cito
yens de tous bords politiques se regroupent, stylos à la main, choqués, horrifiés par la violence des tueries. Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Elsa Cayat, Honoré, Mustapha Ouarrad, Michel Renaud, Frédéric Boisseau, Bernard Maris, Franck Brinsolaro et Ahmed Merabet, ont été tués à coups de kalachnikoff pour des coups de crayons. Mais les idées sont plus fortes que les balles, elles ricochent et sont reprises par d’autres.

 Les 31 000 et les 45 000 ont été les témoins directs du génocide des juifs et des tziganes à Auschwitz-Birkenau. Nous condamnons toutes formes d’antisémitisme et de racisme. Nous ne pouvons tolérer l’assassinat de Yohan Cohen, Yohav Hattab, François-Michel Saada et Philippe Braham commis dans l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes qui vient s’ajouter à la tuerie de Toulouse et à tous les actes antisémites caractérisés et odieux perpétrés ces dernières années. Tuer des citoyens pour leurs convictions religieuses, philosophiques ou politiques, c’est s’attaquer à toute la nation et au fondement même de notre démocratie.

 Robert Badinter nous met en garde contre le piège que nous tendent les djihadistes et nous invite à ne faire aucun amalgame. N’oublions pas que les premières victimes de ces ennemis de la démocratie sont les peuples musulmans eux-mêmes, dont ils n’ont de cesse que de détruire la culture : les mausolées et les livres de Tombouctou, vieux de plusieurs siècles et patrimoine de l’humanité, en sont des symboles. Ainsi, nous exprimons notre solidarité aux intellectuels, écrivains, philosophes et aux peuples qui sont menacés dans leurs pays, et qui sont aussi pour les djihadistes des cibles à abattre, comme l’ont été les journalistes de Charlie Hebdo, les victimes civiles et celles des forces de l’ordre.

 S’attaquer à un Homme, c’est s’attaquer à l’humanité tout entière. Les droits de l’homme sont indivisibles, même s’ils sont encore violés dans maints pays ; comme le disait Marie-Claude Vaillant-Couturier lors du cinquantième anniversaire de la libération des camps : « Le racisme, la volonté d’exclusion et de domination, les tortures et les massacres existent toujours. La démocratie, les libertés, le respect de la personne humaine ne sont jamais gagnés une fois pour toutes, pour aucun peuple. (…) À nous de faire tous les efforts pour qu’un jour, les hommes et les femmes de notre planète soient assez nombreux à agir pour imposer le respect des Droits de l’Homme. »

 Nous défendons le débat démocratique et la confrontation des idées. Comme disait Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire ». Nos stylos et nos convictions sont nos armes, et c’est bien avec eux qu’Éluard nous a invités à écrire partout son nom : Liberté.