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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Abraham Miklichansky, dit Albert, dit Micky, naït le 5 mai 1910 à Novorossijsk (Russie), fils de Pierre Miklichansky et de Sepie Kititze. Il est naturalisé français le 15 mars 1933.

Le 5 mars 1931, il se marie avec Rose Chariton. Ils auront deux enfants : Danièle, née le 28 mai 1934, et Jacques, né le 20 mai 1936.

Au moment de l’arrestation du père de famille, celle-ci est domicilié 48 bis, rue de la Gare de Reuilly à Paris 12e.

Abraham Miklichansky travaille comme ouvrier tapissier chez un maître-tapissier du Faubourg Saint-Antoine qui sera lui-même déporté.

Adhérent du Parti communiste depuis 1933, il est aussi un syndicaliste actif de la CGT. Il participe aux manifestations du Front populaire en 1936.

Le 18 juillet 1941, Abraham Miklichansky est arrêté par la police allemande, surpris en train de faire des graffitis et de coller des papillons. Il est remis à la police française et écroué le 20 juillet à la la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e). Le 19 septembre, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif.

Le 23 septembre, il est condamné à deux mois de prison pour propagande communiste ; peine correspondant à sa détention préventive. Pendant un temps, il est détenu au dépôt de la préfecture de police de Paris (au sous-sol de la Conciergerie, île de la Cité).

Le 9 octobre 1941, il fait partie des 60 militants communistes (40 détenus venant du dépôt, 20 venant de la caserne des Tourelles) transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86) ; départ gare d’Austerlitz à 8 h 25, arrivée à Rouillé à 18 h 56.

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 9 février 1942, Albert Miklichansky est parmi les 52 « communistes » (dont 36 seront déportés avec lui) remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits par des Feldgendarmes à lagare de Poitiers. Enfermés dans deux wagons à bestiaux, ils sont transférés – via Paris – au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager). Là, Albert Miklichansky (n° 3541) est affecté au camp des politiques (bâtiment A8).

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Le quartier “A” de la caserne de Royallieu à Compiègne, 
futur “camp des communistes” du Frontstalag 122 ; 
à droite, sont visibles les bâtiments A4, A5, A6, A7 et A8. 
Carte postale des années 1930. Collection Mémoire Vive.

Pendant cet internement, il peut envoyer des courriers à son épouse. Il suit les cours de françaisorganisés par les détenus.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Sa famille reçoit une petite note d’un camarade qui semble être resté au camp : « Il est parti ce matin 8 juillet [sic]. Il a bon moral ».

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Albert (Abram) Miklichansky est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45881, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée). Il se déclare sans religion (« glaubenslos »), mais l’acte de décès du camp indique qu’avant il pratiquait le judaïsme. Selon le témoignage de Roger Abada, les SS lui font porter l’étoile jaune

Albert (Abram) Miklichansky meurt à Auschwitz le 23 août 1942, d’après les registres du camp, « abattu par un SS, parce qu’il s’était rebiffé » (témoignage de Fernand Devaux). La cause mensongère indiquée par l’administration SS du camp est une « faiblesse cardiaque et circulatoire » (Herz- und Kreislaufschwäche).

Après son propre retour des camps, Roger Abada écrit à la famille (ou signe une attestation de disparition…) en évoquant le typhus.

Il est homologué par la Résistance intérieure française au titre de son action au sein du Front national [1] à compter du 1er juillet 1941, avec le grade d’adjudant.

Il est homologué comme “Déporté politique” en 1963.

Sa veuve, Rosalie, décède le 27 septembre 1979.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 66, 371 et 414. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (dossier individuel). 
- Danièle Miklichansky, sa fille (courrier 09-2013). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 812. 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; acte de décès à Auschwitz (24628/1942), son prénom est orthographié « Abram ».

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 11-09-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante).